E3 2019 : une année de transition

par Menraw

Le plus grand rendez-vous annuel du jeu vidéo, l’E3 (pour Electronic Entertainment Expo) vient de s’achever à Los Angeles. Une semaine de conférences et de salon où les principaux acteurs du milieu se donnent la réplique en une grande pantomime savamment orchestrée. Un rendez-vous immanquable qui donne la température d’une industrie et dessine les mois à venir de tout un secteur. Mais la guerre d’E3 n’a pas eu lieu. Punchline éculée de journaliste jeux vidéo en mal d’inspiration qui resuce à plus soif les mamelles de la référence littéraire et historique… Une année de transition où la maxime inspirée de la pièce de théâtre ne pouvait mieux s’appliquer, si ce n’est tant d’années d’utilisation galvaudée. La guerre d’E3 ne pouvait pas avoir lieu cette année. Et c’est en ça qu’elle est historique. Mais si la guerre n’a pas eu lieu, les germes de la bataille à venir, grandiose et inévitable, sont eux déjà bien enracinés.


Take my breath away

Une année de respiration donc. Avant le choc des armes et la tempête. Une année de tranchée diront certains, mais qui ne s’est pas privée de fixer de nombreux rendez-vous. Des absences et de l’attente oui, mais certainement pas une année blanche non plus. L’échiquier est en place. Les pièces se déplacent… mais il faudra encore attendre pour observer la grande bataille de notre temps. Cet E3 2019 s’est déroulé tandis que le décor était branlant. Entre un rapprochement historique entre les tauliers Microsoft, Sony et Nintendo, l’arrivée de nouveaux entrants aux moyens colossaux (Google, Amazon, Apple…) et de nouvelles technologies (Cloud Gaming, services d’abonnement) qui peuvent modifier l’ensemble de l’écosystème sur lequel toute l’industrie s’articule depuis les années 70, c’est dire si le terrain est mouvant. Et devant ces changements, les principaux acteurs ont décidé de prendre leur temps, se regardant en chiens de faïence pour voir qui dégainera le premier, comme dans le meilleur des Sergio Leone, la musique de Morricone et les cache-poussières en moins.


Et tu n’es pas là…

Avant de nous lancer dans le vif du sujet, faisons déjà l’appel. Sony ! Absent. Beyond Good and Evil 2 ? Absent ! The Elder Scrolls 6 ? Absent ! Metroid ? Absent ! Splinter Cell ? Absent ! Wild ? Absent ! XCloud ? Absent ! Scarlett ? Absente ! Skull & Bones ? Starfield ? Bayonetta 3 ? Dragon Age ? Call of Duty ? Absent, absent et absents ! On l’a vu, on le savait. Ce n’était pas une surprise. Les éditeurs avaient choisis en amont de faire leurs mots d’excuse, mais ces absents ont quelque peu gâché la fête, comme tous ces faux amis qui se désistent la veille d’un event Facebook, entraînant avec eux les derniers indécis. Beaucoup d’absents c’est incontestable, auxquels s’ajoutent ceux qui ne viennent jamais aux soirées : Rockstar, Blizzard and Cie. À la veille de ce cru 2019, les espoirs d’assister à un grand spectacle étaient balayés.


Something Wick this year comes

Conséquence de ces désistements, les hôtes ont fait des courses plus légères, histoires de pas se taper les restes toute la semaine. Comprenez par là que même ceux qui sont venus ont préféré partir tôt. C’était une belle soirée, mais personne n’a dansé. Au lieu de profiter de l’absence de son rival de toujours PlayStation, Xbox a joué petits bras, signant une copie acceptable mais pas mémorable. Élève appliqué et volontaire ; peut mieux faire. “Peut mieux faire”. Voilà la meilleure critique de cet E3 2019. On attendait Microsoft au tournant. On espérait une — voire deux — nouvelle(s) console(s). On espérait une réponse à Google Stadia. On espérait du gameplay. Nous aurons eu des spécificités techniques qui se calquent sur celles de la future PS5, un Game Pass certes intéressant mais pas révolutionnaire et des cinématiques…

Faute d’autre terrain d’expression, les polonais de CD Projekt RED ont choisi d’enfin lever le voile sur la date de sortie de leur prochain hit. Cyberpunk 2077 sortira au printemps prochain. Et c’est Keanu Reeves, auréolé du succès mondial de John Wick 3 qui est venu l’annoncer, révélant au passage sa participation au jeu. Parterre de journalistes et d’influenceurs en délire, et un Keanu moins à l’aise dans l’exercice que dans le claquage de bouches chorégraphié. Mais l’image était plaisante, et le jeu — qui sortira aussi sur PS4 et PC — promis à un avenir certain. Il sera d’ailleurs sacré Jeu du Salon, en dépit d’une présentation encore une fois en hands off : ce sont les développeurs du jeu qui montrent le gameplay, mais les visiteurs ne peuvent pas l’essayer. Conférence néanmoins réussie pour Microsoft qui présente enfin des titres exclusifs inédits en parallèle de ses licences habituelles, et quelques bijoux multisupports très attendus comme Elder Ring, le prochain From Software écrit par George Martin, l’auteur de Game of Thrones. Le géant américain a fait le job, mais malheureux perdant de la génération de consoles actuelles, ses yeux sont déjà tournés vers l’avenir.


Chacun fait fait fait c’qui lui play play play

Les autres conférenciers ont joué leur jeu sans risques, préférant les passes courtes et évitant les accrochages. En restant sur leur terrain et proche de leur virage de supporters, ils s’assurent les vivats d’un public déjà conquis sans faire montre d’aucune envie et sans sueur. On a suivi le plan. Pas de débordement, pas de geste technique. On est venu chercher la match nul, et le contrat est rempli. Tout le monde au vestiaire sans arrêts de jeu, on sera à l’heure pour la soupe. Electronic Arts déroule ses licences sportives et la nouvelle extension des Sims dans un no care général, et dévoile son nouveau Star Wars. Après je ne sais plus combien de tentatives (et j’ai franchement la flemme de faire la recherche au vu de la tristesse de ces annulations en série), un jeu Star Wars qui n’est pas un Battlefront se dessine… mais c’est un dessin grossier et terne.

Fallen Order sera un TPS Action-Aventure où l’on incarnera un Jedi en exil. L’action se passera entre les Épisodes III et IV de la saga cinématographique Star Wars. Avec une réalisation datée et des environnements vides, la présentation du jeu a déçu, malgré la participation de Forrest Whitaker qui reprend son rôle de Saw Gerrera, et Cameron Monaghan, embryon de Joker et seul point positif de la série Gotham.


Make FFVII Great Again

Autre déception notable, le projet Avengers de Crystal Dynamics porté par Square-Enix qui, bien que n’ayant pas été complètement dévoilé s’est déjà attiré la haine des fans des super héros Marvel, la faute à un chara-design discutable qui prend ses distances avec le MCU, les films donc. Ici pas de Chris Evans ou de Robert Downey Jr., les Avengers du jeu sont ceux des comics…

Chez l’éditeur japonais toutefois, on refait surtout le match. Beaucoup de portages, et certains plus que potables ; ne crachons pas trop dans le potage. Outre un Final Fantasy VIII sans ampleur, saluons la redécouverte d’un code source trop longtemps perdu et l’arrivée après presque 25 ans d’attente de Seiken Densetsu 3, la suite de Secret of Mana. Le reste de la conférence Square Enix se fait dans la demi-teinte, exception faite pour son moment de gloire.

Final Fantasy VII Remake est enfin daté. Il sortira lui aussi au printemps prochain, et Kitase, son Producer, a rassuré les fans en montrant une longue session de gameplay. L’assistance a pu souffler et reprendre sa respiration : le système de combat ne sera pas du bête button smashing à la FFXV mais une hybridation action/stratégie à mi-chemin entre l’âge d’or du tour par tour et 2019. Le découpage en épisodes ne parviendra pas à entacher la joie des fans, et le prix du collector les précommandes. Cloud, Bareth, Aerith, Tifa, Sephiroth and Cie vous donnent rendez-vous début mars 2020 !


Et c’est la même chanson

Du côté d’Ubisoft ou de Bethesda ou du PC Gaming Show, même constat : tout le monde joue sa partition sans écart. Sur PC, on retiendra surtout Man Eater, un RPG peu commun où vous incarnerez un requin géant. De son côté, Bethesda corrige Fallout 76 de ses erreurs de 2018, dévoile Deathloop, le nouveau jeu d’Arkane Studio ainsi que le nouveau jeu d’horreur signé Shinji Mikami, le papa de Resident Evil. Ce sera à peu près tout, l’éditeur se contentant par la suite d’aligner ses licences une à une, avec un accent certain porté sur Doom Eternal, sa prochaine grosse sortie.

Ubisoft fait lui une année en marque blanche, préférant mettre en avant toutes ses IP estampillées du logo “Tom Clancy”, l’arlésienne Splinter Cell mise à part. Le nouveau Ghost Recon se paiera même le Punisher de Netflix, Jon Bernthal, en guise de bad guy, mais rien n’y fera. Les productions Tom Clancy, bien qu’elles restent solides, ont tendance à toutes jouer dans la même cour, celle du Pan-pan/politique-fiction/thriller-anticipation. Sympa au demeurant, mais vite redondant.

Passé la gêne du numéro Just Dance, malgré un Roller Champions très coloré et un Watch Dogs Legion plus original qu’il n’y paraît, l’éditeur a enchaîné sur ses annonces de contenus pour ses jeux à service. Il ne restait à Ubisoft qu’un dernier one more thing : un clone de Zelda mâtiné de mythologie grecque qui sera trop vite expédié…


Every Breath’ you take

Il aura fallu attendre le Nintendo Direct pour être vraiment surpris. Chez Big N, on commence par faire de la vanne à rallonge sur le nom du nouveau responsable US. Oh la la c’est rigolo il s’appelle Bowser… comme le méchant de Mario ! Faisons donc des jeux de mots. Clin d’œil-clin d’œil. Enfin. Il fallait bien remplacer ce cher Reggie. Nintendo a choisi la simplicité avec un repas en cinq plats : entrée, amuse-bouches, plats et assortiments de légumes, fromages et surprise du chef en dessert.

On déroule la carte. Luigi’s Mansion 3 verra le retour du chasseur de fantômes et son célèbre aspirateur à spectres, le remake du Zelda de la Game Boy sur Switch embarquera un éditeur de donjons, et Animal Crossing se précise. Pour le reste, le roster de Smash Bros. Ultimate accueille Banjo et Kazooie ainsi que les héros des principaux Dragon Quest, et toute une série de jeux sont portés sur la dernière console du fabricant, avec plus ou moins de goût, de réussite ou d’opportunisme, c’est au choix. Mélangez les saveurs comme il vous plaira. Clou du spectacle, sorti de nulle part, Nintendo clôt sa prise de parole en révélant au monde une suite à l’excellent Zelda : Breath of the Wild, jeu de l’année 2017. Drop the mic’.


Au suivant !

2019 aura été une année charnière. Celle de la fin d’un cycle. Dans l’attente de la nouvelle marée. Les seuls qui n’ont que faire des cycles sont d’ailleurs ceux qui n’y sont pas soumis. On notera ainsi un retour du jeu indé par la grande porte, avec quelques petits bijoux dans la besace du côté de Devolver et consorts, Superliminal et Carrion en tête. Les grands éditeurs quant à eux ont joué à domicile. 2020 s’annonce chargé. Gardez vos étrennes à Noël et vos congés pour Pâques.

Gods & Monsters, Ori and the Will of Wisps, Watch Dogs Legion, Animal Crossing, Roller Champions, Marvel’s Avengers, Cyberpunk 2077 et FFVII Remake ont décidé de se faire un Battle Royale, et on ignore toujours à l’heure qu’il est quels seront les plans de Sony, qui rajoute Ghost of Tsushima et The Last of Us 2 à la liste… Et il ne peut en rester qu’un, rappelez-vous l’adage. Des sorties qui ne seront que les coups de semonces de la guerre à venir, avec un E3 2020 qui promet d’être dantesque. Le choc des titans est prévu pour le printemps prochain.

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1 commentaire

Maxildan 18 juin 2019 - 3 h 14 min

Pas mal les titres 😉

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