Hi Score Girl : donnez du crédit à l’arcade

par OtaXou

Sur Le Grand Pop, la catégorie jeux vidéo est bien évidemment importante dans notre couverture de la pop culture. Le média est aujourd’hui une énorme industrie avec ses propres codes, et le nombre de joueurs ne cesse de grandir d’années en années.

Pour autant, ce n’est pas qu’un simple produit de consommation ; le jeu vidéo a sa culture propre. Et pour beaucoup de joueurs, elle découle avant tout de l’arcade et son ambiance si particulière. Que vous soyez nostalgique de cette époque bénie ou voudriez en découvrir les us et coutumes, l’anime Hi Score Girl saura vous plonger dans cette époque bénie.

Un style naïf mais plein de rage

À l’origine, Hi Score Girl est un manga dessiné et scénarisé par Oshikiri Rensuke. L’auteur est encore relativement inconnu sur le circuit, s’étant fait remarquer avec Bip-Bip Boy, une œuvre autobiographique mettant en scène ses jeunes années passées à favoriser les jeux vidéo plutôt que ses études. Le mangaka a un style très particulier : ses dessins très ronds et naïfs intègrent une forte expressivité, mais son trait est très agressif, comme un March Comes in Like a Lion dont la douceur aurait été engloutie par la rage.

Remarqué par Warner Bros Animation au Japon, il a eu le droit à une adaptation en animé par le studio J.C. Staff (One Punch Man saison 2). En France, elle est distribuée exclusivement sur Netflix. La plus grande particularité de cette adaptation, qui saute définitivement aux yeux, et qu’elle est intégralement réalisée en 3D.

Il s’agit d’une série suivant la vie de Yaguchi Haruo, enfant peu athlétique, pas très intellectuel, mais dont le talent pour les jeux vidéo en arcade est respecté dans sa communauté locale. Un véritable otaku pur jus, focalisé sur le fait de devenir le meilleur à Street Fighter II en utilisant son fier Guile. Très orgueilleux, il va à sa salle locale en étant toujours persuadé d’en sortir vainqueur… jusqu’au jour où il croise le fer avec Ono et son Zangief, et se fait salement rouler.

La jeune fille est son exact opposé : douée en tout grâce à une éducation très stricte et extrêmement introvertie, le jeu vidéo est son seul moment de repos dans une vie réglée comme du papier à musique par ses parents. La série nous permet de suivre l’évolution de leur relation, mais nous fait aussi arpenter le monde de l’arcade dans les années 90 alors que Yaguchi brûle son cosmos pour maîtriser toujours plus les jeux de combat qu’il affectionne.

De la 3D pour magnifier la 2D

Mais pourquoi faire ce choix de la 3D ? On ne va pas se mentir : il est probablement économique, la 3D coûtant moins cher à produire que la 2D. De plus, l’adaptation animée reste très statique et ne demande pas énormément d’efforts à ses animateurs. En purs termes techniques, il s’agit-là d’un “petit animé”, dont l’adaptation aura très probablement été commandée à moindre coût pour séduire facilement les otakus et empocher leurs deniers. Mais d’un autre côté, il s’agit aussi d’un des rares animes à montrer la culture arcade… littéralement comme elle l’était. Ce genre de sujet pose en effet souvent de nombreux problèmes de droits, faisant que nombreuses sont les œuvres à esquiver le fait de parler d’un jeu précis pour plutôt vaguement y faire référence.

Dans Hi Score Girl, c’est loin d’être le cas. Nous voyons bien des images de Street Fighter II, Yagushi a un dialogue interne avec son Guile, et même des éditeurs comme SEGA sont représentés en confrontation avec Capcom, comme ce fut le cas à l’époque dans les salles d’arcade, sans cacher cet aspect historique. La 2D s’intègre donc à une 3D statique pour mieux ressortir du lot.

L’histoire de l’arcade, la vraie

Car oui : Hi Score Girl est avant tout un animé parlant de l’arcade dans les années 90. L’obsession de son personnage principal pour cette culture n’est qu’une excuse pour la décortiquer, et montrer par ses yeux les grands événements qui l’ont traversé comme la sortie de Mortal Kombat 2 ou les duels sanglants de Samurai Shodown. Nous prenons la perspective d’un joueur compétitif avant que ces derniers ne soient décrits de la sorte : l’obsession de la performance, l’entraînement et l’abnégation, la rivalité.

Hi Score Girl est une véritable lettre d’amour à cette culture importante du jeu vidéo, dont les répercussions influencent même aujourd’hui les plus grands titres de ce monde. Assez précise pour être importante, la description historique du jeu vidéo d’arcade et particulièrement de la baston décrite ici n’en oublie pas non plus le sentimental. Par Yaguchi, on comprend ce qui était important aux yeux des joueurs de l’époque, comme la rivalité entre la PlayStation et la Saturn ou la sortie de Street Fighter II sur console.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Si c’est là l’aspect le plus intéressant de Hi Score Girl, ce n’est pas non plus un documentaire. Comme vous l’avez sûrement deviné en lisant le synopsis, il s’agit également d’une comédie romantique. La relation entre Yaguchi et Ono est explorée en parallèle de cette culture, y étant intrinsèquement liée. Ni un point faible ni un point fort, elle se base tout bêtement sur des poncifs longuement explorés, particulièrement dans le cas d’Ono et de la pression des familles japonaises traditionnelles choisissant le meilleur pour leurs enfants… à leur détriment.

Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est mauvaise : elle est simplement convenue, même si assez bien écrite pour ne pas sembler forcée. Hi Score Girl compte très clairement sur le fait que vous résonniez avec la culture qu’il présente pour cacher son manque d’originalité sur les autres aspects de l’œuvre, mais je ne peux nier que ça a marché pour moi.

Mais peut-être n’est-ce qu’une histoire d’arc. Car oui : Hi Score Girl fait grandir ses héros, lui permettant de toucher à d’autres âges de la culture arcade du même temps. On sent vers la fin de saison qu’il tente d’approfondir ses personnages pour ne pas les enfermer dans les clichés du héros, de la demoiselle en détresse ou de la rivale amoureuse. Si ce n’est pas tout à fait réussi, la progression est bien là et donne espoir sur la prochaine saison à venir.

Si vous aimez la culture vidéoludique, Hi Score Girl est plus que facile à recommander pour ce qu’il en raconte. En dehors de cela, il n’est pas certain que l’œuvre à la 3D minimaliste et aux personnages archétypaux ne vous convienne. Mais qui sait, elle pourrait peut-être faire naître en vous une curiosité pour le jeu vidéo que vous ne soupçonniez pas.

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