Valorant va réussir là où CS:GO est condamné à échouer

Difficile d’ignorer un acteur comme Riot Games dans le monde des jeux vidéo. Le créateur de League of Legends est vite devenu un mastodonte similaire à Blizzard grâce au succès de son MOBA. Mais non content de s’en mettre plein les poches en capitalisant sur le succès de son unique jeu, ce dernier a plutôt décidé d’investir dans une vision à long terme promouvant l’esport et le free-to-play. Dans cette optique, le studio a récemment dévoilé plusieurs nouveaux projets, tous cherchant à prendre part à un pan complet de l’esport. Blizzard a HearthStone ? Riot Games aura son propre jeu de cartes avec Legends of Runeterra. Et Diablo ?! Riot dévoile Project F. La baston se popularise dans l’esport ? Riot travaille sur Project L.

Le dernier sorti en bêta, Valorant, s’attaque directement à un autre géant, Counter Strike : Global Offensive, développé et édité par Valve. On ne peut faire plus dantesque que ce duel annoncé mettant en scène deux mastodontes de l’univers esport PC. Pour s’assurer un maximum de visibilité, Riot Games a sorti le chèque et la campagne massue : tous les streamers FPS populaires ont été mis sur son jeu, et plus le spectateur restait fixé sur une partie, plus il avait de chance de débloquer son accès à la bêta. Du génie de communication qui a fait de Valorant le jeu record de la plateforme au 7 avril dernier, avec 34 millions de vues et plus d’1,7 million de spectateurs en simultané.

L’arrivée de Valorant s’est faite sous les… néons

Enemy spotted

“De la poudre de perlimpinpin !, s’exclame alors le jeune macroniste. Le jeu n’a aucune chance de s’en sortir sans que Riot ne sorte son gros chèque !” Et alors que la date de lancement officielle a été présentée, et que Valorant deviendra accessible à tous dès le 2 juin, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour annoncer qu’il n’est… tout simplement pas prêt. Morceaux choisis : nous avons eu cette vidéo qui parle du level design trop simpliste du jeu. Nous avons eu DrDisrespect qui a fièrement affiché sa désinstallation du jeu. Nous avons eu Shroud qui a souligné que Valorant n’était pas en état de sortir. Un bon condensé de tout ça est assez simple à réaliser : le jeu n’est techniquement pas assez stable, l’absence de SoloQ/DuoQ est un fardeau, l’anti-cheat Vanguard n’est pas encore assez bon, et le gameplay n’est pas assez profond comparé à CS:GO… Certaines choses sont déjà prévues pour le lancement, mais tout n’est pas réglé.

Loin de moi l’idée d’aller contre l’opinion de nombreux joueurs professionnels très respectés du milieu, surtout sur un jeu auquel je n’ai joué que quelques heures. Toutefois, je ne peux m’empêcher de me dire… que tout le monde se goure d’angle sur ce sujet. Valorant est au contraire en train de réussir quelque chose que Counter Strike est tout simplement incapable de faire. Et Riot a bien raison de sortir le jeu aussi vite pour profiter de son élan.

Moi d’mon temps, on jouait à CSS et se faisait insulter parce que c’était pas 1.6

Hold this position

Pour expliquer le fond de ma pensée, laissez-moi tout d’abord vous parler de Counter Strike. La première bêta du jeu (qui a modestement débuté comme un mod pour Half Life) date de juin 1999. Il a bien sûr connu beaucoup de versions (1.5, 1.6, Source), de refontes (Global Offensive), mais est resté sensiblement le même tout au long de son histoire. Et c’est quelque part ce qui a fait sa force : son gameplay, qui fait s’affronter une équipe de 5 terroristes cherchant à poser une bombe contre 5 anti-terroristes cherchant à les stopper, sur des maps resserrées qui prônent la tactique, le silence et la surprise, est inimitable. Beaucoup ont essayé au fil des ans, mais personne n’a jamais réussi à proposer une formule aussi efficace.

Counter Strike est unique, et le reste de nos jours avec CS:GO. De même, Counter Strike a été l’un des titres les plus populaires des LAN party, avant de devenir un jeu étalon de l’esport. Il reste complexe bien sûr, et donc pas nécessairement le plus populaire, mais il n’existe pas vraiment de grand tournoi PC sans lui. C’est tout bête : c’est un absolu marronnier, un pilier qui sera toujours présent et ne sera jamais oublié, tant différents titres s’en sont inspirés pour trouver leur propre voie.

Mythique ? Oui ! Un peu chiante à force ? Heyyyyyy

Stick together

Mais Counter Strike, de mes années collège à maintenant, a toujours été considéré comme… vieux. Pour moi, il est un peu l’équivalent des échecs dans l’histoire du jeu vidéo : un gameplay si bon qu’il n’a besoin de rien de plus, un impact si important qu’il reste à jamais respecté, une communauté si tenace qu’il est à jamais joué. Tout le monde a déjà entendu parler de CS, de la 1.5 à CS:GO. Tout le monde ou presque l’a déjà essayé. Et de mes jeunes années à maintenant, le problème est toujours le même : dès le lancement du jeu, le mur de compétences à connaître est si haut qu’il est effrayant, pour ne pas dire rebutant.

Personne n’a jamais osé véritablement s’approcher du jeu pour tenter de le renverser, car l’addition de sa boucle de gameplay et de son aura dans l’esport le rendait imprenable. Valve l’a toujours su, et n’a pas fait grand effort pour tenir à jour CS:GO (qui est un jeu souffrant de nombreux bugs connus depuis maintes années) tant la machine fonctionnait très bien toute seule… jusqu’à maintenant.

CS:GO deviendra-t-il pour Valorant ce que PUBG est à Fortnite ?

Fire in the hole

Aux 20 ans de Counter Strike, la nouvelle génération de joueurs a prouvé l’impact qu’elle pouvait avoir sur l’industrie entière. De mon humble point de vue, il suffit d’observer Fortnite pour le déterminer. D’abord le modèle free-to-play et un titre pouvant tourner sur une config légère, permettant à n’importe qui d’y jouer. Puis la montée en flèche de la popularité, les jeunes talents pouvant se saisir de ce titre pour trouver leur oasis dans le monde du streaming. Et enfin, un soutien compétitif fort pour donner du rêve aux meilleurs joueurs tout en attirant les vieux loups qui fraggent pour vivre.

Or dans ce contexte, si comparer Valorant et CS:GO est parfaitement naturel, il me semble devoir rappeler que… le premier n’a pas besoin du second pour réussir. Bien au contraire. Le fait que CS:GO ait été payant très longtemps joue en sa défaveur, car il le reste bien souvent dans l’imaginaire collectif. Le fait que CS:GO soit historique joue en sa défaveur, puisqu’il ne profite pas de l’attrait du neuf et peut au contraire être dédaigné par une nouvelle génération en quête d’une identité propre. Et un dernier point me paraît tout aussi crucial : le fait que CS:GO manque de saveur dans ce nouveau monde.

Jouer aux terroristes contre les anti-terroristes n’est plus aussi intéressant que naguère. Plus que jamais, le jeu vidéo est une manière d’oublier les atrocités du monde qui nous entoure, et cet environnement marron/vert ne fait que rappeler à la triste réalité. En prime, le contexte de la guerre est toujours difficile à justifier aux parents… et aux annonceurs, ne les oublions pas. Mais surtout, il va à l’encontre d’un principe fort : celui de pouvoir exprimer son individualisme dans le virtuel, un principe que les générations ayant grandies avec les réseaux sociaux maîtrisent et réclament.

Brax (Swag), le prodige banni de CS:GO, compte bien revivre sur Valorant

Taking fire, need assistance

Vous pensiez que les héros et habilités de Valorant étaient un moyen de faire face à Overwatch ? Absolument aucun rapport. Il a été démontré plus d’une fois qu’il ne s’agissait ici que d’intégrer des principes de gameplay classiques de Counter Strike, notamment les grenades et les flashs, et que les capacités ultimes ou originales sont loin d’être aussi puissantes que dans le titre de Blizzard. Vous savez ce que tout ça apporte par contre ? La possibilité de se transposer dans son perso, d’en faire son identité, et de créer des retournements de situation qui mettent en avant un seul et unique joueur malgré la coopération promue en jeu. Pour quelqu’un qui pourra le lendemain se vanter à la récré d’avoir fait un pentakill et carry tous ses potes, c’est de l’or brut.

Ces mécanismes fonctionnent d’autant plus que Valorant, “c’est très CS. Une faiblesse ? Une force incroyable ! C’est assez proche de Counter Strike pour que les pros s’y adaptent extrêmement rapidement et puissent montrer du niveau dès leurs premières vidéos, leurs premiers streams, leurs premiers affrontements majeurs. Assez pour que des équipes se forment en un éclair, que des pros en manque de liberté ou d’opportunités sur CS:GO s’y consacrent immédiatement. Mais ça ne l’est pas assez pour que les nouveaux joueurs se sentent écrasés par la méta perfectionnée sur des dizaines d’années de CS:GO. Qu’ils puissent au contraire lancer nonchalamment le jeu sans trop réfléchir à l’esport, au skill, à ce qu’ils doivent apprendre avant d’être bons. Qu’ils se rêvent à créer des tactiques plutôt que chercher des tutos.

En bien ou en mal, Valorant a objectivement plus de personnalité

Get out of there, it’s gonna blow

Valve en est très certainement conscient. Ce n’est pas pour rien si CS:GO a connu bien des patchs depuis la sortie de Valorant, et que le moteur Source 2 semble toujours plus se rapprocher. Le temps de la complaisance est terminé pour lui désormais : il se doit de réagir à une concurrence qui a toutes ses chances de son côté. Mais il est très certainement conscient aussi qu’il ne peut tout simplement pas répondre aux assauts de Riot, enfermé dans le prestige de CS:GO comme il est.

Pourquoi sortir Valorant maintenant ? Pour pouvoir étouffer dans l’œuf la moindre possibilité que Valve puisse stopper son élan, bien sûr. Mais aussi parce qu’il n’a pas pour but de répondre aux attentes des joueurs pro de CS:GO. Riot Games a déjà annoncé qu’il ne ferait pas de circuit professionnel Valorant immédiatement, et se contenterait de soutenir les initiatives locales comme il l’a fait à l’époque de League of Legends. L’éditeur a justifié cela par l’idée de faire croître naturellement sa communauté et de trouver par l’expérimentation ses attentes en termes de visionnage (tout en prenant note tranquillement de leurs erreurs sans dépenser un sou, soit dit en passant).

Valorant ne cherche pas à plaire aux joueurs de CS:GO. Il veut créer des joueurs de Valorant.

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2 commentaires

Batstak 1 juin 2020 - 23 h 53 min

Article intéressant. Mais la conclusion contient des choses complètement fausses. Valve n’a jamais annoncé Source 2. Et le jeu n’a pas davantage de mises à jour depuis la beta de Valorant. A aucun moment. On a des mises à jour régulières du jeu depuis au moins 2016… Bref j’adore Valorant et il y a des chances pour que je lâche CSGO. Mais ça n’empêche pas.

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OtaXou 2 juin 2020 - 22 h 21 min

C’est vrai que pour Source 2, c’était mal formulé vu que je parle des leaks et non d’une info officielle. J’ai reword, merci pour ça 🙂 Pour les updates correctrices, je me base sur des déclarations récentes de Shroud concernant le duel Valorant VS CSGO, qui indiquait que Valve faisait de meilleures maj depuis la sortie du jeu.

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