Watch Dogs 2 : connexion impossible

A force de lire mes chroniques, vous avez sûrement compris que je n’étais pas nécessairement un grand fan des nombreux titres AAA qui font l’actualité du jeu vidéo grand public. Bien que ceux-ci ont l’air intéressants et bien construits, ils ne savent pas chatouiller ma curiosité au même titre que les jeux qui m’attirent. A titre d’exemple, Danganronpa 3 attise bien plus ma curiosité que le futur Red Dead Redemption 2.

Les goûts et les couleurs que voulez-vous, vous n’attendez pas non plus nécessairement de moi que je vous parle de ces titres qui sont déjà omniprésents sur d’autres vecteurs d’information. Mais alors que Mr Robot a réveillé le petit hacker dormant dans mon subconscient, je me suis mis à regarder Watch Dogs 2, développé par Ubisoft, avec énormément d’intérêt.

Le but pour moi était de pousser le vice un peu plus loin avec une aventure totalement barrée digne d’un fantasme adolescent, contrastant le sérieux de la série de USA Network dans mon envie d’explorer l’univers du piratage. J’ai donc replongé dans un titre AAA, pour la première fois depuis bien longtemps, en quête de ce petit plaisir coupable.

Testé sur PS4 Pro à partir d’une version commerciale

Monde ouvert rébarbatif

Je préfère vous donner du contexte tout de suite : les titres Ubisoft attirent rarement mes faveurs. Si ce n’est les créations de Michel Ancel, je dois avouer qu’aucun titre ne m’a particulièrement intérêt chez eux. Attention, propos choquant : je fais partie de ces gens qui ont préféré Assassin’s Creed au deuxième épisode, qui m’a très vite ennuyé. De là, il me semblait que tous les jeux du développeur adoptaient une même formule éprouvée, ne me donnant en aucun cas envie d’y toucher.

Watch Dogs 2 est du même acabit. Le gameplay tiré du piratage est relativement sympathique, mais la construction du jeu reste typique de tous les mondes ouverts : points d’intérêts divers et missions instanciées mélangées pour laisser libre le joueur de construire son aventure à sa manière. Ou plutôt de faire une pause dans la narration avec diverses missions n’ayant pas nécessairement grand intérêt.

Ce n’est pas nécessairement le cas de Watch Dogs 2 toutefois, qui a fait tout de même un bel effort de scénarisation de ses quêtes annexes. Le tout s’implante bien dans l’expérience globale, donnant généralement plus de contexte sur les personnages principaux ou leur philosophie. Au niveau du gameplay toutefois, elles n’ont véritablement rien à envier à l’aventure principale, donnant un ensemble cohérent mais rébarbatif sur la longueur.

On se retrouve vite à identifier 4/5 situations similaires se répétant constamment, puis 2/3 stratégies pouvant être utilisées pour les contrer. Aussi, jouer ne devient plus une découverte de divers chemins, comme le jeu offre généralement, mais surtout un réflexe mécanique : faire constamment la même chose, mais par des voies différentes. Je ne tire donc rien de particulier de l’expérience ; elle fonctionne, est intéressante dans l’absolu, mais n’acquiert aucune de mes faveurs.

Les rebelles s’habillent en fluo

Le changement le plus remarqué entre le premier et le deuxième épisode est bien sûr celui du ton : fini l’histoire de vengeance éculée, et place à une bande de jeunes biberonnés aux réseaux sociaux et aux mèmes, qui veulent changer le monde en s’amusant. Ce ton est ce qui peut défaire le jeu pour bon nombre de joueurs. Pour ma part, il fut exactement ce que je recherchais : une aventure qui ne se prenne pas la tête, et s’amuse du contexte actuel des nouvelles technologies tout en soulignant ses problèmes.

Pour porter celle-ci, nous avons donc le droit à énormément de clichés bariolés : l’adolescent au casque étrange souhaitant la destruction avant toute chose, la jeune fille s’occupant de la direction artistique du groupe et aimant particulièrement les mèmes et le fluo, le monsieur Tout-le-Monde respectueux de tous et bien évidemment… l’éternel cliché du pirate prodige atteint d’autisme. On ne l’effacera de toute évidence pas celui-ci, mais je ne suis pas certain de ce qu’il envoie aussi bien pour les hackers classiques que les personnes réellement atteintes de cette affliction.

Bref, on ne partira pas sur ça puisque je n’ai rien à reprocher en tant que tel à l’histoire, à ceci près qu’elle ne semble pas véritablement avoir grand-chose à dire. Un tel setting pouvait permettre de pousser des questions de société très importante de nos jours, mais le jeu les taquine sans jamais trouver un message à faire passer à ses diverses quêtes.

Le pire étant l’antagoniste du jeu, qui semble n’être finalement qu’une source facile de quolibets “anti hipsters” tout droit tirés des réseaux sociaux, mais n’ayant aucune consistance. On ne sait pas vraiment pourquoi chercher l’affrontement avec celui-ci, étant certes détestable mais pas au point de sortir un fusil-mitrailleur pour le calmer.

Guerillhacking

C’est surtout ça l’énorme problème de Watch Dogs 2 : aussi exécrable que puisse être son antagoniste, il ne menace jamais à grand coup d’armes à feu… contrairement aux “héros” que l’on incarne, et qui ne mettent jamais en cause les moyens utilisés pour libérer le peuple fictif du jeu du joug de son système omniscient.

Le ton du jeu est donc constamment en affrontement avec les actions du joueur, alors que Dedsec se félicite d’ouvrir les yeux de la société quand le joueur est libre de tuer n’importe quel piéton des pires manières possible. Les manipulations politiques et méfaits de son antagoniste, des divers gangs ou des autres “méchants” composants le jeu semblent toujours bien moins gratuits que ce que le joueur est capable de réaliser.

On pourrait alors considérer qu’il s’agit d’actions de guérilla, ce qui en soi pourrait lancer un débat interne au jeu permettant une réflexion plus importante sur le soulèvement du peuple et la place du hacktivisme dans la société. Mais celui-ci abandonne bien vite la moindre volonté de dire quelque chose pour simplement se contenter de rabâcher une collection de mèmes et de clichés sur la jeunesse moderne.

Tout cela reste amusant, et j’ai passé un bon moment sur la dizaine d’heures que m’a offert le titre en ligne droite. Mais je n’en tire rien de plus qu’un produit amusant. C’est loin d’être un défaut pour un jeu vidéo, bien au contraire, mais le contexte me donne envie de bien plus. Un commentaire, une critique, une réflexion auraient été bienvenus.

Tuer ou ne pas tuer, telle est la question

Lorsqu’un jeu vidéo ne dispose pas d’un message fort dans son scénario, mais met en avant un aspect très fun, il vaut mieux alors que son gameplay suive. Watch Dogs 2 fait un sans-faute de ce point de vue : son gameplay mettant le hacking est très fun à jouer, et permet d’appréhender les diverses situations du jeu avec beaucoup d’amusement.

Selon les scénarios, on s’amusera à lancer la police sur une cible, puis les gangs sur la police, puis la police sur les gangs. Ou encore tout faire de très loin avec ses gadgets sans jamais se mettre dans une situation difficile, manipulant l’attention des NPCs à sa guise. Sur cet aspect, le jeu est une réussite.

Un énorme problème apparaît dès lors que l’on joue… trop gentiment. Je vous explique : pour moi, un pirate n’utilise pas la violence pour l’emporter, mais l’intelligence. Il était donc pour moi inimaginable que mes héros fassent le moindre meurtre, même justifié au cours de l’aventure. Je ne me serais donc pas intéressé au jeu si son développeur n’avait pas promis qu’une run entièrement non létale était totalement possible.

Jouer sans jamais faire appel au meurtre est effectivement totalement possible, j’en veux pour preuve ma partie. Mais cela se fait au détriment d’une bonne partie du plaisir de jeu. Il n’est pas choquant que Watch Dogs 2 soit plus difficile sous cet angle, les runs non létales étant généralement réservées aux expérimentés, mais limite énormément son gameplay.

Qui plus est, le monde ouvert offert par le jeu n’est pas organisé de la sorte, et ça se ressent. Il est possible par exemple de n’utiliser que les transports en commun, ou ne voler que les voitures en stationnement, mais la conduite appelle naturellement à se prendre un ou deux piétons dans le nez même en cherchant impérativement à ne tuer personne. Pour rester réellement en non létal, il faut sacrifier une bonne partie du plaisir de jeu.

Merci pour ce moment

Dans ce contexte, Watch Dogs 2 m’est apparu être un titre en constante demi-teinte. Son histoire ne se permet jamais de transcender le simple cliché de geek, quand son gameplay très amusant et immédiat ne semble pourtant pas assez travaillé pour permettre l’accès à ses mécaniques à tout type de joueurs.

Aussi, le titre entier apparaît être une idée sur laquelle a été forcée une formule de gameplay qui n’y avait pas pour autant sa place, donnant un jeu intéressant mais avec et pour lequel il est difficile de ressentir quoi que ce soit. Je ne regrette pas mon achat, mais ne tire rien de celui-ci que j’ai fini par faire en ligne droite, curieux d’en connaître la fin sans pour autant vouloir creuser l’expérience sur le multijoueur ou les quêtes secondaires.

Cela faisait au final bien longtemps que je n’avais pas joué à un jeu qui m’a simplement amusé, sans plus à offrir que cela. Et le jeu vidéo peut être ceci sans le moindre problème, je ne me vois donc pas lui reprocher. Sachez simplement à quoi vous attendre : un petit délire de piratage sympathique, qui ne va pas nécessairement plus loin que cela.

Pensée bonus : peu de screenshots, puisque tout le monde connait ce jeu après tout et… accessoirement, j’ai oublié d’en faire.

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