Comprendre le jeu de combat : vaincre la peur d’apprendre

L’esport le plus simple à regarder pour n’importe quel néophyte n’est autre que celui des jeux de combat. C’est un fait : vous n’avez pas besoin de comprendre les tenants et aboutissants de chaque titre présent en tournoi pour apprécier le fait qu’un personnage se mange des mandales jusqu’à ce que sa barre se vide complètement. Mais ironiquement, ils ont aussi la réputation d’être les plus durs à apprendre, entraînant beaucoup d’aspirants joueurs à rester spectateurs. On ne compte plus le nombre d’abandons alors que certains ont acheté un titre avec l’espoir de reproduire les plus beaux coups de leurs professionnels préférés… pour se prendre un énorme mur dans le nez.

Les jeux de combat sont difficiles à apprendre. Vraiment ? Après vous avoir parlé de game design et de la mentalité des joueurs professionnels, il est temps de plonger dans l’esprit d’un joueur débutant avec pour objectif de tordre le cou à ce fait présumé. Car les jeux de combat ne sont pas vraiment compliqués à apprendre : ils affrontent simplement des présomptions erronées de la nature humaine et font beaucoup trop rarement l’effort d’accompagner leurs joueurs. Ne vous inquiétez pas, je vais vous expliquer ce que j’entends par là.

Baston ? Bastoooon

La première difficulté d’apprentissage du jeu de baston vient… de vous. Ou plutôt de la nature humaine d’ordre général. Dès lors que l’on parle d’échanger des coups, nous sommes tous tellement habitués au fait que le plus fort l’emporte que nous apportons avec nous cette mentalité sur le jeu de combat. Vous l’avez déjà entendu auparavant : “pour gagner, il suffit d’appuyer sur tous les boutons“.  Mais si c’était vrai, je pourrais vaincre Mike Tyson en m’entraînant à faire des ronds avec mes bras façon Astérix et Obélix à l’infini. Cette même loi s’applique aux jeux de combat : tout n’est pas qu’une question de force, loin de là.

Votre seule et unique chance de vaincre Mike Tyson

Pourtant, n’importe quel débutant face à un jeu de combat aura le même réflexe. La meilleure option est le gros poing et le meilleur coup est le shoryuken ? Très bien, je vais tout faire pour les placer autant que faire se peut. Tous les autres boutons, toutes les autres options passent à la trappe puisque notre cerveau fait un lien beaucoup trop simple : le plus fort l’emportera toujours. Cette même mentalité nous fait avoir un énorme sentiment d’injustice dès lors que l’on perd. Admettez : vous avez entendu un nombre incalculable de fois “c’est d’la triche” en jouant contre d’autres personnes sur n’importe quel jeu vidéo. Dans les jeux de combat, ce sentiment est décuplé par le fait que l’on a trop vite l’impression de savoir quoi faire, et que la défaite survient tout aussi rapidement.

Ce jeu vous aidera vite à comprendre la cruauté de la baston

Les jeux de combat sont brutaux, oui, mais pas dénués d’intelligence. Au même titre que les sports de combat traditionnels, comme la boxe à titre d’exemple, la puissance n’est rien sans l’intelligence de jeu. Savoir se placer convenablement face à son adversaire, lire ses mouvements, le pousser à adopter son rythme et pouvoir prédire ainsi ses mouvements sont la véritable clef d’une victoire. Les coups les plus puissants, comme un bon gros uppercut dans la mâchoire, ne peuvent être placés qu’après tout cela. Les nouveaux joueurs doivent apprendre cette leçon seuls, à la dure, puisqu’il est tout simplement impossible pour un jeu vidéo de changer la nature humaine. Si vous voulez être un bon joueur de jeux de combat, vous allez devoir vous faire casser le nez et apprendre une leçon d’humilité. Mais si vous passez cette étape, la satisfaction de la victoire n’en est que décuplée. C’est là la nature profonde d’un combat, qu’il soit virtuel ou non.

Qu’est-ce qu’un combo, vraiment ?

Une fois surpassée cette mentalité, on a tendance à se diriger tout de suite vers… les combos bien sûr. La base même du jeu de combat quelque part : l’art d’enchaîner un bouton avec tant d’autres pour faire un maximum de dégâts à l’adversaire dès lors qu’on ouvre sa garde. C’est ici que les développeurs sont majoritairement assez… stupides, en vérité. Car pour tout ce qu’ils peuvent donner de tutoriels et de défis à remplir, ils n’aident pas les joueurs à comprendre la simplicité derrière la difficulté d’exécution de ces commandes. Pour l’anecdote autant que l’exemple, j’ai moi-même affronté ça sur Street Fighter IV à l’époque. Le jeu me disait : tu veux jouer tel perso ? Très bien : voici une liste de combos que tu peux faire avec lui. Superbe ! Et pourtant, impossible de les sortir. J’appuyais pourtant sur les bonnes touches dans l’ordre, mais rien n’y faisait. Il a fallu que je comprenne moi-même, alors que je démarrais de zéro la discipline, qu’il y avait tout un tas de subtilités à prendre en compte : une même touche peut lancer deux coups différents selon la distance, et il faut parfois attendre légèrement avant d’appuyer sur un autre bouton.

La seule “explication” disponible à l’époque

J’ai mis des mois avant de comprendre cela, à force de me casser la tête sur les tutoriels et tout essayer. Tournez-vous vers les explications détaillées des jeux, et elles passeront parfois quelques temps à vous parler de frames (points clefs d’animation), de cancel et tous ces termes qui sont extrêmement rebutants lorsqu’on veut simplement jouer. Certains développeurs ont même simplifié leur système de jeu dans l’espoir de rendre tout cela moins opaque, avec généralement pour seul résultat de ternir le fun prodigué par leur titre.

Armé de mes connaissances actuelles, je peux pourtant vous expliquer cet art d’une manière extrêmement simple et intuitive : les combos sont un jeu de rythme. Ni plus, ni moins. Il faut appuyer sur la bonne touche, oui, mais aussi au bon moment. Et plutôt que d’avoir une musique pour vous guider, c’est à vous de la trouver. Pour cela, il ne suffit que de prendre le réflexe de décaler une ou deux pressions de touche, ou regarder quelques vidéos de combos, pour réussir n’importe quel enchaînement. Une fois que vous l’avez, cette rythmique si particulière qui vous permet d’enchaîner les boutons correctement, il vous suffit de la jouer à répétition suffisamment pour que votre mémoire musculaire la ressorte instinctivement en match. C’est littéralement tout. Si vous voulez apprendre proprement à faire des combos, focalisez-vous sur cette notion avant toute chose : le reste suivra très rapidement. La vidéo faite par Starsky ci-dessus vous montre véritablement tout ce qu’il y a à savoir. Petite note au passage : votre manette n’importe pas. Stick, hitbox, PS4, Xbox One… Prenez ce que vous voulez, tant que vous êtes confortable.

Reste un travail mental à faire de votre côté : réussir à résister à l’envie d’appuyer vite et fort sur vos boutons, pour garder la maîtrise de votre rythme. Comme dit précédemment, les jeux de combat font appel à une part non-négligeable d’instincts naturels assez bestiaux et belliqueux. Aussi, résister à cette tentation demande une grande discipline, mais l’état de détachement que vous atteindrez en vous entraînant vous permettra de devenir bien plus fort. C’est une fois cet état atteint que le jeu de combat ne sera plus pour vous “la baston“, mais un jeu de réflexion.

C’est très bien, mais c’est chiant

Amis développeurs : faire comprendre les termes techniques qui régissent les jeux de combat, c’est très bien, mais la grande majorité des joueurs ne veulent que… jouer. Purement et simplement. Aucun tutoriel n’est suffisamment ludique dans ce genre si particulier. La majorité a au contraire tendance à être très paternaliste et beaucoup trop verbeux, expliquant même pour rien les choses les plus instinctives comme aller à droite ou à gauche. Vous pensez vraiment qu’une personne prenant la manette devant un jeu de baston a dans l’idée de lire ?

De la personnalité que diable !

Surprise : si vous avez dépassé les deux points précédents, vous ne pouvez plus jouer avec vos amis. C’est en effet en allant au-delà de ces réflexes très naturels que l’on se surprend à ne plus voir les jeux de baston de la même manière que ceux qui nous entourent. Vous vous sentirez comme Neo venant d’apprendre le kung-fu lorsque vous observerez vos amis balancer des shoryuken à l’emporte-pièce. Pas même besoin de connaître les combos les plus optimisés pour les violenter allégrement en profitant simplement de leurs grossières erreurs. Cependant, il reste une dernière chose à mettre au point dans votre mentalité : le fait de vous exprimer.

Je ne compte même plus le nombre de joueurs croisés en ligne qui impressionnent pour leur capacité à sortir les plus gros combos du monde… mais sont lisibles au possible. Et ainsi deviennent très faciles à vaincre. La nature même du genre veut en effet qu’une fois avoir appris la symphonie par cœur, il est désormais temps de savoir improviser. Sortir du cadre scolaire pour trouver votre propre personnalité. Car être capable de réaliser des combos est la partie facile de n’importe quel jeu de combat. Savoir s’adapter à toutes les situations dans lesquelles un adversaire vous met pour pouvoir trouver les opportunités de placer vos combos est la véritable clef de votre talent.

Pour cela, il n’y a pas de mystère : il faut jouer. Énormément. Avec beaucoup d’adversaires différents. Et le faire intelligemment, en prenant note des situations qui vous posent problème pour tester diverses solutions. Devrais-je mieux tout garder, ou y a-t-il un trou dans ce combo qui me permettrait de placer un dragon pour me dégager ? S’il garde constamment ce combo, en ai-je un autre pour le surprendre ? Il s’évade constamment, où devrais-je placer ma prochaine prise ? Pour tout ça, vous pouvez généralement compter sur le mode entraînement, qui vous permettra de reproduire la situation et tester diverses solutions. Mais en vérité, une seule chose prime : l’expérience. La beauté des jeux de combat est après tout de nous mettre seul face à un autre esprit, qui pense et agit différemment, et de tout faire pour qu’il se comporte exactement comme on le souhaite. Rien d’autre que le combat direct, et l’expérimentation au sein de celui-ci, n’apportent vraiment ces connaissances.

Je l’ai dit et le répète : il n’y a pas meilleure sensation que de dire à haute voix “il va sauter” et voir son adversaire s’exécuter immédiatement. Mais avant tout cela, il vous faut surpasser l’idée qu’un jeu de combat est relatif à la baston ; c’est un jeu de rythme doublé d’un jeu d’échec. Pour bien apprendre le jeu de combat, il vous faut obligatoirement vaincre votre premier ennemi : vos réflexes naturels. C’est après cela que vous profiterez de l’essence-même de la pratique : le mind game.

Crédit photo de une : Shutterstock

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2 commentaires

Kazuya Player 4 novembre 2020 - 5 h 08 min

Merci beaucoup Otaxou

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OtaXou 5 novembre 2020 - 13 h 40 min

Merci à toi de m’avoir lu 🙂

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