Digimon Story Cyber Sleuth : c’est bon mais c’est long

Attention, vous allez lire une phrase choquante pour beaucoup. Ne tentez pas de reproduire cette même phrase, sous peine de créer un débat inutile au sein de vos blogs, réseaux sociaux et autres conversations mondaines un dimanche de brunch. Peut heurter la sensibilité des adolescents. Les propos de ce blog ont été revérifiés par madame Michelle Moulin, avocate du barreau, pour certifier de leur entière légalité. Ceci n’est pas un exercice. Interdit aux plus de 18 ans.

Je préfère Digimon. C’est dit. Ou du moins ai-je toujours préféré l’animé Digimon à celui de Pokémon étant enfant, puisqu’il me semblait avoir un véritable fil rouge contrairement à ce dernier, une histoire qui avait du sens et des personnages qui évoluent vraiment. Cela ne m’empêchait évidemment pas de suivre les deux, et d’apprécier les deux, mais quand vint le temps d’avoir mon premier “tamagotchi”… Le Digivice remporta mon vote, contrairement à ma soeur qui lui préféra la mini Gameboy Jaune renfermant un Pikachu.

Cette membre chérie de ma famille étant en passe de devenir une responsable RH brillante, possédant un Master à double spécification, tandis que j’ai arraché bon gré mal gré un DUT de l’éther pour être bloqué depuis 4 ans dans un statut auto-entrepreneur précaire, je vais souligner une évidence qui transpire à la lecture de ce texte : depuis ma naissance, et jusqu’à maintenant, mes choix ont toujours été les meilleurs. Désolé, Ryon. Mais à la minute où tu as eu le camion LEGO que je voulais pour Noël, j’ai compris qu’il fallait que je sois plus malin que toi pour m’en sortir dans la vie.

Un retour difficile à mettre en place

Depuis, j’ai vieilli. J’ai maigri, et regrossi. J’ai mué, ai constaté la pousse de mes poils en d’étranges endroits de mon corps. Et la licence Digimon a tiré sa révérence en France face au mastodonte Pokémon, dont les jeux sont toujours bien supérieurs il faut le reconnaître. Bien que celle-ci reste une certaine addiction dans ma psyché de joueur, j’ai toujours rêvé au retour de Digimon. Une obsession qui est en partie motivée, je dois l’avouer, par le fait que je n’ai guère d’affection pour les consoles produites par Nintendo… auxquelles sont irrémédiablement rattachées les productions de la franchise Pokémon.

Digimon Cyber Sleuth, sorti exclusivement sur PS Vita au Japon, a vite ravivé ma passion pour la franchise tout autant que mes espoirs de voir un concurrent viable à Pokémon naître. Et quel espoir, puisque celui-ci avait également attaché à lui de beaux noms de créateurs japonais : Suzuhito Yasuda au character design, qui a déjà oeuvré pour Shin Megami Tensei Devil Survivor, et Oh!Great au monster design m’assuraient déjà d’aimer un minimum la tournure qu’allait prendre le jeu.

L’exclusivité fut qui plus est extrêmement bien accueillie au Japon, occasionnant de belles ventes dans la continuité de la série et recevant un accueil critique très positif. En somme, nous sommes arrivés au point où… il me fallait. Il aura fallu des mois et des mois pour convaincre les producteurs du jeu de tenter leur chance en Amérique et en Europe, mais nous avons bien eu le droit à une sortie de celui-ci : rien que pour cela, Bandai Namco reçoit ma gratitude.

Comme prévu, le jeu est magnifique

Avec d’aussi grands noms rattachés à son univers graphique, et un éditeur connu pour traiter avec brio les univers graphiques des licences qu’il exploite, il aurait été plus que décevant que Digimon Story Cyber Sleuth ne soit pas au point graphiquement. Mais il n’en est rien : les lieux visités sont sublimes, quoique manquant quelque peu d’interactions, et l’univers Digimon est parfaitement retranscrit.

Le character design rappelle un SMT plus pop et entraînant, tandis que la modélisation des monstres et leurs animations ont assez de caractère pour que l’on élise bien vite son préféré. Le jeu est parmi les plus belles productions de la PS Vita, considérant ce que la console portable est capable d’envoyer simultanément en termes de décors et de personnages affichés.

Le tout est très cohérent, faisant que la production a réussi facilement à me rappeler toutes ces heures passées devant la télévision à rêver de voir Gabumon apparaître devant moi, pleurant face à la mort tragique de Wizardmon (le meilleur des Digimon, cela va sans dire) et vibrant au rythme de l’affrontement contre Devimon. Décidément, petit monstre, tu es le champion.

Capture lente pour évolution rapide

C’est dans son gameplay que le titre a commencé quelque peu à me perdre. A commencer par la capture, qui s’effectue bien plus lentement que dans Pokémon. Là où il suffit de croiser un monstre, l’affaiblir et tenter sa chance chez son concurrent, Digimon Story Cyber Sleuth impose de rencontrer plusieurs fois une bête pour l’analyser avant de pouvoir le “recréer” de toute pièce grâce aux pouvoirs spéciaux du héros.

Evitons donc de la comparaison très facile avec la série de Game Freak pour se concentrer sur le jeu en lui-même. En soi, cette capture lente n’est pas un mal puisqu’elle force une exploration assez poussée des environnements, et le rythme des rencontres est assez bien maîtrisé pour que la frustration ne devienne pas facteur trop important dans la capture.

Le problème arrive dans le fait de faire évoluer ses bestioles. Ou plutôt, dans le rythme d’évolution de celles-ci. Ce genre de jeu basé sur la collection de monstres fonctionne pour moi du fait que j’ai le temps de m’attacher (oui, m’attacher, émotionnellement) aux monstres que j’attrape et que ceux-ci atteignent un stade supérieur au moment où la lassitude pourrait l’emporter.

Ici, j’ai retrouvé mes monstres préférés de l’animé en un temps record. Et bien qu’il soit quelque part assez jouissif de pouvoir se constituer une équipe de brute assez rapidement, l’attachement qui en découle fut bien moindre puisque j’eus à peine le temps de côtoyer la version mineure d’un monstre avant de pouvoir atteindre ses formes les plus évoluées. De ce fait, les sentiments d’impatience, de persévérance et de curiosité n’étaient pas présents, d’autant plus que ces évolutions se font dans des menus rébarbatifs et manquent ainsi de spectacle et de grandiloquence.

Digimon Story Cyber Sleuth semble favoriser la quantité à la qualité, à l’image de ses îles Digimon pouvant être remplies de monstre s’entraînant d’eux-mêmes et pouvant chercher des quêtes secondaires à effectuer pour vous. Mais cette construction force un détachement qui n’est pas bienvenu dans un jeu de collection de monstres. Même si le but final officieux de tous les collectionneurs est d’entreposer ses acquisitions quelque part sans les utiliser réellement, cela n’en fait pas pour autant un bon gameplay. Cela fonctionne, mais manque définitivement de panache.

Détective ? Plutôt coursier

La plus grande différence que l’on peut noter entre la licence Pokémon et Digimon Story Cyber Sleuth est l’emphase mise sur l’histoire du titre, qui démarre sur les chapeaux de roue. Dans l’ensemble, les personnages sont très bien écrits, les quêtes principales sont très intéressantes et les dialogues des personnages principaux comme des secondaires ont bénéficié d’une attention particulière.

On sent que les créateurs savaient ce qu’ils faisaient, à qui ils parlaient, et comment réussir leur vision. Bien que le jeu soit ciblé sur la jeunesse, il bénéficie d’une double lecture assez intéressante pour ne pas tomber dans la niaiserie nauséabonde entourant souvent Pikachu et ses amis.

Son gros problème est encore une fois… un problème de rythme. Il est désastreux de constater que bien que démarrant sous les meilleurs augures, la consistance du scénario est à pleurer. La faute à une histoire forçant trop “l’esprit mobile”, qui veut que chaque quête soit facilement faisable en un cours trajet de transport en commun, et une durée de vie rallongée artificiellement par une surabondance de quêtes dites de “coursier” où l’on se contente d’aller chercher un objet et le ramener sans autre forme de procès.

En 12 heures de jeu, sans forcément insister sur les quêtes secondaires, la trame principale du titre s’est vite mise à stagner au profit d’histoires secondaires inintéressantes se terminant sur des petits teasings d’événements majeurs que l’on ne retrouvera que plusieurs quêtes additionnelles plus tard. C’est lent, très lent, trop lent. Toute la bonne volonté qu’affiche le titre à ses débuts s’essouffle trop vite, au point qu’il devient une corvée quand son scénario a pourtant beaucoup à offrir.

Digi-moins long la prochaine fois

Et c’est là tout le problème du titre : en forçant une durée de vie plus longue que nécessaire, celui-ci réussit à diluer ses nombreux bons points au point de vite devenir lassant. Son univers est parfait, ses graphismes saisissants, son histoire réussit à captiver dès les premières lignes et son gameplay est assez efficace pour y revenir aisément.

Jusqu’à ce qu’il se perde. Qu’il étende l’expérience jusqu’à ce qu’elle devienne un fil sur lequel il est difficile de tenir en équilibre, toute la nostalgie du monde n’aidant pas à oublier les périodes de vide, de flou, d’inaction qu’il force. Il m’est impossible de comprendre ce qui est passé par la tête des développeurs pour en arriver là.

Mais cela ne devrait pas pour autant vous refroidir dans l’idée de tester ce jeu, qui vaut vraiment le détour. Sachez seulement à quoi vous attendre : une belle expérience visuelle et un univers attachant, s’étirant un peu trop en longueur mais ne restant pas moins intéressante. Merci d’avoir fait revenir la licence Digimon en France avec un jeu qui prouve que celle-ci a du potentiel : il sera du sort d’une suite, Next Order par exemple, de prouver que celle-ci peut se concrétiser en un excellent titre. Digimon Story Cyber Sleuth est bon; son univers ne demande qu’à être véritablement exploité pour devenir excellent.

Testé sur PS Vita, en version commerciale

Pensée bonus : je n’ai jamais trouvé Wizardmon dans le jeu. Je suis dégoûté.

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3 commentaires

Belmont1 18 novembre 2016 - 13 h 12 min

Y a moyen que ce qui soit passé par la tête des développeurs c’est cette espèce de règle d’or qui traîne dans l’inconscient collectif des éditeurs et du grand public, selon laquelle plus un jeu est long mieux c’est. Ca a déjà pété le rythme et donc l’intérêt de tellement de jeux. J’aimerais bien que cette idée disparaisse >.<

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OtaXou 18 novembre 2016 - 13 h 17 min

Oui ça clairement et je n’aime pas l’idée qu’un jeu mobile doit forcément être tranché en petites pièces de 10min de gameplay max. Mais ça je crois que c’est bien apparent dans mon article xD

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Clara 1 décembre 2016 - 7 h 35 min

Bonjour ! Maintenant que Digimon Masters est disponible sur Steam, je suppose qu’il va éclipser Pokémon pendant un moment ! Je ne pense pas y jouer, cela dit. Je trouve personnellement que le cash shop du jeu est plutôt envahissant. Ce système est assez abusé selon moi 🙂

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