Persona 5 Strikers : comme si on ne s’était jamais quittés

L’aventure Persona 5 ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Après la claque de l’épisode principal, il était temps d’offrir aux fans anciens comme nouveaux une nouvelle expérience dans cet univers. Et pour cela, Atlus s’est tourné vers Omega Force pour créer Persona 5 Strikers, connu sous le nom de Persona 5 Scramble au Japon et prévu sur Nintendo Switch, PS4 et PC chez nous. Encore un énième musou à thème comme on ne cesse de voir sur le marché ? Très loin de là.

Avec Persona 4, Atlus et le P Studio ont choisi de commencer à se diversifier. De là est né toute une galaxie de spin-offs autour de la licence, du jeu de rythme Dancing All Night au jeu de combat Arena en passant par quelques donjons RPG comme Persona Q. Au centre de ces spin-offs, des collaborations avec divers autres développeurs : Arc System Works pour la baston, la team Etrian Odyssey pour Q, Dingo Inc de Project Diva pour Dancing All Night… Mais toujours sous le regard protecteur des créateurs originaux, loin de vouloir confier leur bébé à n’importe qui.

Dit-il, innocemment

Et pourtant. Lorsque j’ai vu l’annonce de Persona 5 Scramble au Japon, j’ai cru à un énième musou. Il faut dire qu’Omega Force semble avoir trouvé son filon absolu, puisqu’il est le développeur que l’on appelle désormais pour un petit titre sans forcément grandes prétentions qui fera plaisir aux fans. Hyrule Warriors, Pirate Warriors, Fire Emblem Warriors, Dragon Quest Heroes, Ken’s Rage, Berserk Musou… La liste se fait toujours plus longue au fil des ans, pour des jeux qui suivent une philosophie simple : c’est toujours marrant de taper dans le tas en incarnant ses persos favoris des grandes séries de ce monde. Et c’est pour ça que je voulais à l’origine jouer à Persona 5 Scramble, devenu Strikers pour sa sortie occidentale : pour taper dans le tas avec mes persos préférés.

Feels good man

Mais après quarante heures de jeu pour enfin voir le générique de fin, je suis à même de vous le dire maintenant : Persona 5 Strikers n’est pas ce que j’imaginais. Du tout. On tape dans le tas avec nos persos préférés, bien sûr… mais au sein d’une expérience toute en finesse qu’aucun joueur ayant goûté au JRPG Persona 5 ne devrait manquer. Et qui pourrait même convenir à ceux qui n’apprécient pas le jeu de rôle au tour par tour, mais adorent l’univers que le P Studio a créé pour son dernier épisode. Bien plus qu’un spin-off, Persona 5 Strikers est la suite directe de Persona 5 et incarne tout ce que l’on attend d’un épisode canonique. À quelques détails près.

Hit the road Joker

Premier choc pour moi après toutes ces années à jouer à la série : Persona 5 Strikers est lui aussi intégralement traduit en Français, au même titre que Persona 5 Royal avant lui. Et je dois bien avouer que ça fait plaisir de voir Atlus prendre confiance et investir pour toucher plus de joueurs en Europe. Mais ce point seul fait comprendre une chose d’entrée de jeu : ce n’est pas un petit jeu pour les fans. C’est une véritable expérience complète en plein cœur de Persona. Et le scénario… suit exactement les mêmes lignes. Pour ceux qui ne connaissent pas la série : la tradition de Persona est de vous mettre dans la peau d’un lycéen sur toute une année scolaire. Celui-ci se trouve être au centre d’une histoire d’univers parallèle où la psyché des héros prend littéralement forme sous le nom de Persona, des héros mythologiques représentant leurs plus grands espoirs. Le monde réel est manipulé par ce monde alternatif, et il ne tient qu’à vous de le sauver en affrontant là-bas les Shadows, des êtres corrompus par leurs plus bas instincts et manipulés par des forces obscures… sans oublier de vivre pleinement votre vie de lycéen, sortis entre potes et examens compris.

Ne passez pas par la case départ

Dans Persona 5 Strikers, un univers alternatif semblable au Mementos refait surface alors que les Voleurs Fantômes s’apprêtent à profiter de deux mois de vacances scolaires ensemble. Les métanoïas reviennent toujours plus fortes, poussant la Sécurité Publique (comprenez la police du monde réel) à avoir la bande directement dans le collimateur suite aux événements de Persona 5. Qu’un seul choix possible pour Joker, Mona, Skull, Panther, Fox, Queen, Noir et Oracle : aller au bout de l’affaire eux-mêmes afin de laver leur nom et sauver toutes ces victimes. C’est ainsi qu’ils découvriront que derrière EMMA, la nouvelle intelligence artificielle qui fait fureur sur les smartphones du pays, se cache un étrange complot.

OK Google, fais de moi ton esclave

Sur ce synopsis ô combien cliché qui est loin de représenter proprement l’histoire du jeu, vous retrouvez bien sûr tout ce qui fait un Persona : les discussions légères entre amis, les différentes mythologies du monde représentées, l’ésotérisme qui entoure chacun de vos choix, la culture japonaise mise en avant… Toute cette profondeur dont Persona nous a habitué est bien présente dans Strikers. Avec un twist absolument parfait dans le cadre de l’univers du cinquième épisode : cette fois-ci, nous ne sommes pas limités à Tokyo et ses différents quartiers. Puisque la création du groupe est le cœur de l’expérience d’un Persona, le fait qu’il soit déjà formé ici aurait pu forcer des redites plutôt banales. Alors qu’ont décidé de faire les scénaristes ? Faire partir tout ce beau monde en road trip à travers tout le pays !

Wherever I may roam

Une idée de génie, il n’y a pas d’autres mots. Le scénario de Strikers marche grâce à cela sur plusieurs niveaux. Ceux qui n’ont pas fait Persona 5 peuvent arriver à ce point de l’histoire et apprécier l’expérience, sans forcément comprendre d’où viennent ces vannes que les protagonistes se lancent ou les détails du fonctionnement de l’univers. Ceux qui ont fait Persona 5 peuvent voir leurs personnages favoris découvrir de nouveaux environnements, permettant de mettre en avant de nouveaux aspects de leurs personnalités. Et tout le monde prend une bonne dose de culture japonaise au passage qui donne terriblement envie d’aller visiter le pays aussi vite que possible. Malgré cette polyvalence, Persona 5 Strikers ne lésine pas sur les twists habituels de la série, et ce qu’il ajoute au canon de l’univers du 5 est toujours très juste et pertinent. Il n’y a rien à jeter, rien que l’on doive excuser par le fait qu’il s’agisse d’un spin-off et pas de l’œuvre principale. Nous avons droit à la même qualité d’écriture et de réalisation qu’un épisode classique, cinématiques animées comprises. Et pour cause : le P Studio s’en est chargé lui-même.

On en a bien besoin en plein confinement

Laissez-moi vous l’expliquer plus simplement : j’ai eu une semaine pour réaliser ce test d’un jeu de 40 heures sur mon temps libre, alors que j’anime également un stream le mardi soir et tourne puis monte une émission complète le jeudi soir. J’ai donc dû jouer intensivement, sous le prisme professionnel qui convient et avec peu de sommeil pour vous fournir ce test. Et malgré cela… Les deux premières heures très pros se sont vite transformées en dizaine d’heures les yeux en forme de cœur. Je suis à même de l’affirmer : même si j’avais eu ce jeu à sa sortie sans test à réaliser, j’aurais joué avec la même dévotion malade. Comme pour chaque épisode de Persona, l’univers m’aspire et m’absorbe, et je ne pense plus qu’à cela jusqu’à ce que le générique de fin me ramène au monde réel. C’est pour moi la meilleure preuve du fait que Persona 5 Strikers est scénaristiquement au même niveau qu’un épisode classique.

Baby you can drive my car

C’est sur le gameplay que reste la plus grande interrogation, puisque c’est ici que les clefs du donjon sont données à Omega Force. Alors, est-ce vraiment un musou où l’on défouraille des centaines d’ennemis en même temps avec 2/3 fois le même combo pour aller à l’objectif suivant faire exactement la même chose ? Pas intégralement, mais ce n’est pas totalement faux non plus. Persona 5 Strikers n’est pas aussi lié à cette formule, mais on en ressent tout de même ses implications. La boucle classique subsiste : on se balade entre amis dans un gameplay proche des visual novels, un quartier libre s’enclenche pour réaliser une petite mission scénarisée en mode FedEx, faire une quête secondaire ou tout simplement des emplettes, le scénario demande de s’infiltrer dans le monde alternatif où l’on défouraille à tout va, et rebelote. Avec une spécificité pour Strikers : nous n’avons plus affaire à un RPG au tour par tour, mais à un hack’n’slash.

On est là pour claquer de multiples perruques tout de même

Qu’y a-t-il de réussi ? On retrouve les huit Voleurs Fantômes, leurs affinités de type, leurs Persona, leurs magies, et on peut les intégrer librement dans notre groupe de quatre personnages pour traverser des donjons intégralement en 3D. Parfait. On retrouve le bestiaire phénoménal de la série — bien que je n’ai tristement pas croisé de gros Mara dans ma partie — avec les mêmes affinités, forces et faiblesses que l’on connaît bien désormais. Le gameplay action fonctionne bien mieux que je ne l’imaginais pour la série, et permet aussi de mettre plus en avant les spécificités de chaque membre des Voleurs Fantômes — pour toujours plus de place au fanboyisme. Une fois que vous avez compris comment proprement utiliser les All-Out Attacks, les magies, les éléments du décor, les coups spéciaux et autres, le flow des combats est véritablement jouissif. Et si personnage par personnage, la variété peut manquer, le rythme du jeu vous force à en changer régulièrement, ce qui permet d’éviter de ressentir la répétitivité.

Y clique, y clique, y clique, et après il arrive au boss

Seule tache au tableau : les “énigmes”. Chaque donjon du jeu vous demande de débloquer trois/quatre éléments gardés par des mini-boss pour pouvoir accéder au véritable boss puis au chapitre suivant. Et c’est là que la formule Omega Force s’active, puisque justement… on ressent la formule. Il n’y a que trop rarement des surprises dans la boucle de gameplay de Persona 5 Strikers, dont les donjons sont tous très similaires sur le papier. L’ambiance change, mais les grosses lignes de gameplay restent et sont plus que visibles. Un élément quelconque gêne votre progression, vous devez désactiver quelque chose, puis grosse vague d’ennemis, une séquence de plateforme assez banale, puis grosse vague d’ennemis, puis mini boss. Et on recommence jusqu’à arriver aux boss de fin de donjon. Ceci étant, ces derniers sont tous très réussis, avec chacun un gimmick qui redonne un peu de fraîcheur à l’expérience pour aller au chapitre suivant avec entrain.

In a brand new Cadillac

Quelque peu ironiquement, cette petite faiblesse souligne à quel point la formule de Persona est si particulière. Les donjons des jeux principaux ne sont pas si inventifs que cela, mais font partie d’une expérience qui invite à faire des choix très variés aux répercussions bien réelles. Persona 5 Strikers ne peut pas se permettre cette fantaisie et reste plus linéaire que ses frères. La plus grosse marque de cela ? Quitter un donjon ne vous fait pas passer une journée. Aussi, vous pouvez très facilement vous soigner et y retourner, faire du pognon et aller acheter un objet pour vous aider, participer à un petit événement scénarisé avec l’un de vos compagnons et reprendre comme bon vous semble votre progression. Mais puisqu’il n’y a pas cette pression du choix et très peu d’activités en dehors des quêtes secondaires se déroulant dans les donjons eux-mêmes… on ressent bien plus ici le game design que sur un Persona classique.

Omega Force a su restituer le style inimitable de Persona 5

Mais c’est aussi quelque part… une force ? Les Persona peuvent rebuter les joueurs pour leur durée de vie colossale et cette incroyable diversité. Sans compter bien sûr le RPG au tour à tour, parfois vu comme passéiste par certaines franges de joueurs. Persona 5 Strikers est plus court, plus linéaire et plus simple à la fois, faisant que ces joueurs-là pourraient apprécier bien plus son expérience face à un Royal par exemple. J’aurais été le premier à crier si je n’avais pas pu aller manger des ramens avec Ryuji, mais c’est bien présent. Simplement, l’impact sur le gameplay général est amoindri, le focus restant sur casser des bouches en donjon sans jamais faire un pas de côté. Un compromis plus qu’acceptable pour donner à ce Persona une accessibilité bien supérieure aux autres.

And I would roll 500 more

Arrivé au bout d’un Persona, il reste toujours un sentiment de vide. Lorsque l’on est plongé dans l’univers d’un jeu si profond pendant si longtemps, le quitter est un déchirement. Ses personnages sont véritablement devenus nos amis, et nous avons vraiment vécu émotionnellement ces événements avec eux. On ne veut tout simplement plus les quitter, et continuer notre petite vie tranquille à leurs côtés. Persona 5 Strikers n’a pas exactement cette même vertu, mais ça n’en fait pas une expérience amoindrie.

Sojiro, most underrated character

À la fin de Persona 5 Strikers, j’avais vraiment l’impression d’être revenu voir ces amis proches que j’ai dû quitter il y a quelques mois. Et pendant deux mois de vacances scolaires, ou plutôt 40 heures de jeu, j’ai pu à nouveau vivre à leurs côtés des moments forts qui n’appartiennent qu’à nous. J’ai repris le train, ou plutôt fermé le jeu, avec la certitude que je les reverrai bientôt. Cette douce quiétude que seuls nos amis les plus proches sont capables de nous donner. Le sentiment que quoi qu’il advienne, ils seront toujours là.

À très bientôt, Voleurs Fantômes. C’était encore une fois un plaisir d’être à vos côtés.

Test réalisé sur la version PS4.

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