Saint Seiya (Netflix) : le 1% pas trop mal

Août 2017. Netflix annonce un partenariat avec la Toei Animation. Le but ? Produire un reboot à Saint Seiya, œuvre mythique plus connue sous nos latitudes sous le nom des Chevaliers du Zodiaque. Manga, puis série animée ayant eu son heure de gloire au milieu des années 80, Saint Seiya était le fer de lance de l’animation japonaise en Europe. Bien avant Dragon Ball, One Piece ou Naruto, le Shōnen, ce genre du manga si répandu aujourd’hui avait déjà son mètre étalon ; et même s’il résonne moins aujourd’hui que ses successeurs, pour la génération Club Do, il gardera toujours une place particulière. Août 2019. Le reboot arrive enfin sur nos écrans. La balance de la justice va devoir pencher… Les producteurs ont-il réussi à faire vibrer notre cosmos ?


Chevaliers de la Table Ronde, goûtons voir si l’écrin est bon

Malgré une première image encourageante — celle qui ouvre cet article — les astres ne semblaient pas s’aligner convenablement pour permettre la résurrection du mythe. Les oracles l’avaient prédit, et les Dieux ont décidé de leur donner raison. Comme le laissait présager les bandes-annonces, cette nouvelle adaptation de Saint Seiya passe à côté de son propos. Dans le fond comme dans la forme, les Chevaliers ont encore une fois été massacrés. Pourquoi encore une fois ? Car outre la série originale et quelques petites tentatives plutôt bien fichues comme Hades Sanctuary et Lost Canvas, la grande histoire des adaptations de Saint Seiya est plutôt abonnée aux foirages organisés… Oui, jeux vidéo, Elysion Hen, Légende du Sanctuaire et Soul of Gold, c’est vers vous que je regarde avec dédain et hauteur.

Les Cheeeevaliers du Zodia-a-que !

Mais toutes ces incartades sont une autre histoire, que — Spoiler Alert — je prendrai le temps de détailler d’ici quelques temps en long, en large et en travers lors d’une ‘Enfance du Pop’, notre série de chroniques dédiées aux œuvres de notre enfance. Pour aujourd’hui, nous nous limiterons à la seule adaptation de Netflix qui fait l’objet de mon désarroi estival. Après avoir su flatter la culture 80 en ce début de mois de juillet avec une troisième saison de Stranger Things enfin à la hauteur de la première, la plateforme de diffusion se prend les pieds dans la rocaille grecque. Les Chevaliers du Zodiaque version 2019 est un ratage complet.


Rocket Man

La version 2019 de Saint Seiya n’a gardé que quelques petites choses de l’adaptation originale du manga de Masami Kurumada : ses personnages centraux, ses armures et son générique. Tout le reste est parti avec l’eau du bain. Exit le design fantastique de Shingo Araki et Michi Himeno, exit les musiques exceptionnelles de Seiji Yokoyama, exit l’Hypermythe imaginé par l’auteur, exit la complexité, la nuance, l’ambiance, l’animation, le talent, l’envie, la compréhension même de l’œuvre… Exit Saint Seiya en somme.

Jy ai pensé toute la nuit et j’ai trouvé. Les Quadricolor. Les 4 couleurs primaires !

Cette version Netflix est un cosplay raté et bon marché dont la forme même peine à convaincre. Avec sa 3D cheap et ses décors vides, ce Saint Seiya 2019 rappelle plus une cinématique de PlayStation 2 qu’une série animée. Le passage à la 3D — meilleur marché — est ici une catastrophe. Les personnages sont inexpressifs au possible, et l’animation est d’une lourdeur infâme, les animateurs derrière leurs PC abusant à outrance de copiés-collés en série dans les modèles, dans les effets, dans les cadrages, dans les textures… L’œuvre originale faisait régulièrement appel à des cellulo déjà montrés mille fois par soucis d’économie, mais ce ‘spectacle’ était un rituel attendu, qui pour le coup bénéficiait d’un soin particulier. Oui on remontrait les mêmes animations pour chaque attaque, mais c’était un vrai plaisir à chaque fois. Ici on parle de copier des ennemis identiques et leurs animations, quelle que soit l’utilisation… Je crois avoir entendu le rire voilé et fier de Poséidon et le sanglot long d’Athéna.


In the Army Now

Mais reprenons le fil du récit. Notre héros, Seiya, fait du skate dans la rue. Agressé par une bande de voyous, il se fait filmer sur smartphone, et suite à un excès de colère, il dévoile qu’il possède de curieux pouvoirs qui lui font luire les mains et secouer des bagnoles comme on le ferait de bouteilles d’Orangina. Non non, vous n’êtes pas devant une Origin Story Marvel, mais bien devant le pilot de Saint Seiya sur Netflix… Révélé au monde par une vidéo publiée sur un ersatz de Youtube, Seiya est bien malheureux, ses copains orphelins ne lui font plus confiance. Et alors qu’il pense se la couler douce dans sa chambre, une bande de soldats armés de mitraillettes et encagoulés débarque à l’improviste pour le kidnapper.

La somme de toutes les peurs.

Fuite, combat, fuite, justifications de scénario qui n’ont aucun sens, tentative de se remettre dans les rails au forceps, ellipse de trois ans, Seiya devient Chevalier de Bronze de Pégase et doit filer affronter une dizaine d’autres clampins comme lui dans un tournoi underground au fond d’un entrepôt miteux dans le désert d’Arizona… Une fondation privée mise au courant des pouvoirs des Chevaliers a décidé de s’emparer de leur puissance afin de s’opposer aux Dieux. S’en suivront des combats ridicules dans les dunes ou dans des rochers contre des tanks et des hélicos qui tirent des missiles, le tout commenté par une bouche d’égout parlante qui fait de l’humour de merde.

Allégorie. Ce ‘personnage’ a plus de lignes de textes que les Chevaliers du Loup, de l’Ours, de l’Hydre et du Vieux Maître réunis. Oui c’est une bouche d’égout.

Et bien entendu le seul Chevalier qui n’avait pas répondu à l’appel a retourné sa veste et débarque avec la ferme intention de latter ses ex-copains qu’il n’est pas sensé connaître. Vous n’y comprenez plus rien ? C’est normal, ça n’a plus aucun sens. Volcan, explosion, cris de guerre… Le méchant comprend qu’il a fait de la merde mais meurt quand même. Fin. Soit 6 douloureux épisodes de 23 trop longues minutes, dont je vous ai épargnés les pires moments. “Nos corps peuvent être brisés, le cosmos, lui est éternel !”


Quand on a que l’Armure

Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ou passer pour un adulescent attardé, d’autres l’ont déjà fait, et ça m’a coûté trois articles de presque 15 000 mots au total. Ré-adapter et moderniser Saint Seiya, pourquoi pas. Proposer une nouvelle lecture plus consciente de son temps, et une nouvelle interprétation, avec grand plaisir. Mais cette version-là fait définitivement tout sauf ça : outre sa forme impersonnelle et indéfendable, outre son découpage catastrophique, c’est par ses choix qu’elle peine le plus à convaincre. Personnellement j’aurais pu lui pardonner son design tout pété si le fond avait ne serait-ce que montré le bout d’une armure. Mais là, c’est non.

Et je marche seule.

Deux fois non même, avec en première ligne le choix de faire d’Andromède, le héros sensible et pacifique du groupe, une fille. Oui, dans la série originale, son orientation sexuelle ambiguë, renforcée par un design encore plus androgyne que celui de ses camarades laissait libre court à toute interprétation. Et c’était là toute la force du personnage, complexe, étoffé, qui s’avérait être au final le plus balèze de ses potes, et accessoirement la réincarnation d’Hadès. Et là ? Ben c’est une fille. Parce que comme ça on s’emmerde pas avec la question du genre, et parce qu’il a une armure rose, et qu’il fait efféminé, et qu’il faut que ça passe auprès de la ménagère républicaine américaine qui colle ses mouflets devant la télé.

La première règle du Fight Club…

Transformer Phénix, le bad guy bien badass et viril de service en fille, ça au moins, ça aurait cassé un peu plus les ‘codes’, mais non. On va pas s’emmerder, quitte à faire trois pas en arrière sur le sujet, à être moins pertinent que ses prédécesseurs, et accessoirement, de casser les règles du manga original, très codifié sur le sujet. Si le propos avait été de féminiser un peu une œuvre 90% masculine, ce qui en soit est tout-à-fait envisageable, il y avait de bien meilleures façons.

Pimp my ride

Que reste-t-il de Saint Seiya ? Peut-être que cette histoire de tanks et d’hélico, ce ne sera que pour quelques minutes… Non. Peut-être qu’au final ils ont gardé le sens de l’œuvre… Non. Peut-être que les autres personnages sont aussi travaillés qu’à l’époque ? Non. Peut-être que le symbolisme et les références seront toujours aussi déterminants pour comprendre les motivations de chacun ? Non. Non, non, non et non ! Saint Seiya Netflix, c’est le grand écart absolu — le zéro absolu pour nos amis nés au début du mois de février. Pourquoi un grand écart ? Car au milieu de tout ce foutraque lent et moche où s’agitent les Quadricolors dans un grand élan de vide, parfois, on assiste à une touche de pas mal. Je dis bien ‘une touche’.


We Used to be friends

C’est totalement paradoxal, mais en de quelques très rares occasions, cette version est plus proche du manga que l’animé original, comme quand Hyoga est envoyé pour calmer tous les héros au début — gommé de l’adaptation originale française de la série —, ou quand les Chevaliers d’Or viennent mettre leur grain de sel dans l’action aussi tôt, fait encore une fois viré de la série des 80’s qui les faisait intervenir que bien plus tard, pour préserver un certain suspense. Mais ça ne suffit pas.

Plot Hole pour les connaisseurs : Comment Aiolia retrouvera ses esprits suite à ce changement de scénario ?

La version 2019 s’appuie essentiellement sur deux ressorts, et n’en ressort jamais : soit elle crée du nouveau, comme avec la fondation Vander Guraad et ses véhicules armés et ses Chevaliers Noirs immondes, clones du Bane de Batman, mais sans cerveau. Et c’est nul. Soit elle singe sans en comprendre le sens ou les enjeux des scènes mythiques de l’œuvre originale. et c’est nul aussi. On saccage ainsi sans moufter le duel fratricide entre Seiya contre Shiriu, Hyoga qui plonge dans les eaux de l’Océan Arctique pour déposer une rose dans les cheveux de sa mère, l’apparition enflammée du Phénix ou ces flashbacks où Seiya enfant se rappelle des paroles de Marin pour vaincre Kassios ou Geki de l’Ours.

Tant de scènes splendides qui faisaient vibrer nos cœurs d’enfants, des scènes riches de suspense haletant, mises en scène avec intelligence, chargées d’effets renversants et de révélations qui portaient nos regards vers le ciel et nos cœurs vers les étoiles, rabaissées à des parodies d’elles-mêmes sans saveur, déjà terminées tandis qu’elles se faisaient à peine attendre, et expédiées comme un mauvais plan Tinder.


L’Hymne à l’Armure

Épisode 6, 21e minute. Dans le vide émotionnel total de cette fin de saison et sous l’œil morne et assoupi du spectateur moyen, Misty apparaît. Docrates, Geist et les Black Saints — les vrais, les doubles maléfiques de nos héros — n’auront pas voix au chapitre. Le Silver Saint aussi s’est ramené dans le désert. Le combat contre les Chevaliers d’Argent aura sans doute lieu par là, au détour d’un rocher. Au final, Saint Seiya 2019 emprunte plus à Bip Bip et au Coyote en matière d’iconographie qu’aux Chevaliers du Zodiaque. Le combat dans les flots sur soleil couchant contre les Chevaliers du Lézard et de la Baleine n’aura pas lieu, n’en déplaise aux fans qui avaient fait à la mano une intro type fantastique pour montrer à quoi cette série aurait pu ressembler.

L’Hypermythe de Saint Seiya, ce terreau fertile imaginé par Masami Kurumada pour son manga, repose encore au cœur d’un temple en ruines, attendant la réincarnation de son héros. Ce syncrétisme mythologique et religieux qui convoquait l’astronomie et la symbolique en une grosse charge émotionnelle magnifiée par un design précis et une bande son enivrante est resté en dehors du monde. Les prières des fans n’auront pas suffit. Cette version 2019 de Saint Seiya est un Chevalier d’Acier, réinterprétation technophile et creuse sortie de nulle part qui retombera dans l’oubli aussi vite qu’elle est apparue, et ce n’est pas la partie 2 de cette saison des Chevaliers du Zodiaque version Netflix qui changent la donne. Dans un temple en ruines, quelque part sous la voie lactée, dans un coffre de Bronze, d’Argent ou d’Or où se mêlent des parcelles d’Orichalque, Saint Seiya attend toujours. Il brille d’une lueur iridescente et envoûtante, attendant encore la future réincarnation de son héraut.

Crédits photo et vidéo : Netflix & Toei Animation

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2 commentaires

Emynoduesp 31 juillet 2019 - 13 h 07 min

Hum…alors plutot d accord, mais…
– comme tout “sentaï” qui se respecte, on a droit aux couleurs de l arc en ciel pour les heros. Suffit de voir les couleurs originales dans le manga ou on nous gratifie un phenix orange.

– bien content qu il fassent l impasse sur Docrates, Geist et les chevaliers d acier qui etaient des filers d un interet plus que limite. Le mauvais cote de la chose, c est que l arc Asgard va passer a la trappe, a moins d un miracle.

– le Araki style, on l a plus ou moins, c est plus du Araki que du Kurumada.

– les musiques, impossible de repasser derriere Yokoyama, mais c est vrai qu on ne la remarque meme pas. Impossible de coller les musiques originales, d une part ca aurait gueule, d autre part, la serie est tellement rushee que tu peux a peine mettre le debut de chaque piste a chaque fois.

– les blacks saints, version classique des heros en messssssant, qu ils s en passent, ok, c est tellement vu et revu que ca sent le faisande. Par contre les Bane…j ai egalement pense a lui de suite, c est plus pourri encore que l idee faisandee precitee. Si au moins ils n etaient pas des quadruples…Ils auraient pu pousser le delire jusqu au bout en faisant intervenir Batman pour les mettre HS. L idee des hersos version messante est finalement pas si moisie que ca comparee a ce qu on nous a refourgue.

– le tournoi de la fosse septique…a oublier, 0 emotion, le tournoi original n etait pas top mais il posait les bases et il y avait deja tout ce qui allait faire de Saint Seiya notre serie culte.

– la bouche d egout, j avoue avoir ri la 1ere fois. Mais ils auraient du s erreter a la 1ere apparition, voir s en passer tout simplement, la serie est expediee, pas besoin de nous les briser avec un personnage inutile.

– Van der Graad, ou je ne sais pas quoi, 0 interet, j espere que ca deviendra interessant, sinon que les chevaliers d argent lui reglent son compte dans la prochaine fournee. Pas envie de voir des pseudo Bane jusqu a Hades.

– le 6eme episode! La on se rapproche de Saint Seiya, du Yokoyama la dessus et je m y serais cru.

– la 3D, c est pas un Pixar, y a probablement mieux, mais j ai bien aime. Bien plus fluide qu en animation “traditionnelle”. Je prefere cette 3D aux hommages a South Park produits dernierement.

Je trouve ce remake moyen et finissant sur un bon, voir tres bon 6eme epidode. Le plus gros defaut est que tout est expedie, on a pas le temps de s attacher aux personnages, pas le temsp d etre emu, on est au macdo… Si on pouvait’descendre du TGV pour la suite, ca ne serait pas un mal.
Le 6eme episode montre bien que s ils le veulent, s ils posent l histoire, ca peut etre une serie interressante.

Bref, vais m arreter la, ma pause est finie depuis un moment 😆

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Menraw 12 février 2020 - 14 h 09 min

Hello , merci pour ce long commentaire constructif 🙂 Comme je ne t’avais pas répondu à l’époque, je profite de la sortie de la suite (dispo ici sur Le Grand Pop) pour te demander si tu avais pu y jeter un œil. Rassuré ? Ou toujours dans le doute comme moi ?

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