Pourquoi Digimon est meilleur que Pokémon

Si vous avez grandi à la même époque que moi, vous n’êtes pas sans ignorer un grand débat qui avait lieu dans la cour de récré : Pokémon contre Digimon. La comparaison était facile : deux équipes accompagnées de monstres voyagent à travers le monde. Mais là où Pokémon a réussi à devenir une entité gigantesque ayant ses pattes sur l’ensemble du spectre de la pop culture, Digimon est resté… plus ou moins de niche. La série a certes perduré au Japon, mais ses ambitions à l’international ont été petit à petit calmées.

Pourtant, il faut l’avouer : Digimon est objectivement meilleur que Pokémon. C’est un fait. Je pourrais arrêter cet article ici tant l’évidence est naturelle, mais certains auront peut-être du mal à ouvrir les yeux et admettre avoir été dans l’erreur il y a toutes ces années. Aussi, je vais de ce pas vous expliquer pourquoi.

Pikachu utilise Flash

Laissez-moi d’abord vous expliquer quelques faits concernant Pokémon. Ou plutôt un, très simple : c’est pas si ouf. Oui, je l’ai dit. Oh, excusez-moi, il faut peut-être apporter une petite précision : je parle bien des animés Pokémon. Les jeux Pokémon sont évidemment une institution, et bien qu’elle puisse quelque peu vaciller de temps à autre, rien n’arrive à la cheville de la formule JRPG mélangée aux créatures mignonnes imaginées à l’origine par Satoshi Tajiri et dessinées par Ken Sugimori. Lorsque nous étions enfants (et c’est encore vrai pour les bambins d’aujourd’hui), rien ne pouvait rivaliser avec le fait de revoir nos créatures favorites à l’écran… même s’il fallait pour cela se coltiner les aventures d’un idiot notoire, d’un pervers plus que gênant, et d’une jeune fille qui a abandonné une carrière prometteuse pour essayer de trouver l’équilibre entre ces deux abrutis. On les appelle communément Sacha, Pierre et Ondine.

Au passage : qu’est-ce que la nouvelle saison est moche mes aïeux !

1 105 épisodes plus tard (oui oui), la formule n’a jamais une seule fois évolué. Du trio de tête, on a surtout gardé l’idiot notoire parce que bon, c’est quand même marrant de le voir se ridiculiser coup sur coup. Et puis hein, il a bon fond le garçon. Roh, sois pas trop dur avec lui, haha regarde-le ce con, il s’est encore cassé la gueule. Ça fait maintenant 23 ans que l’on suit l’histoire d’un enfant de 10 ans. Si tu m’crois pas hé, tar’ ta gueule à la récré. Et ça fait 23 ans qu’on le voit perdre, puis retrouver, puis perdre, puis retrouver, puis perdre, puis retrouver son Pikachu qui doit avoir atteint le niveau 100 et être indomptable depuis le temps. Il aura fallu 23 ans à Sacha pour enfin. Putain. De gagner. Un tournoi Pokémon. Celui d’Alola, pour être précis, soit huit générations de Pokémon plus tard si l’on compte uniquement selon les jeux.

Et là, comme un vrai bonhomme, j’ai chialé

Oh nous avons eu le droit à quelques moments poignants bien sûr. Le départ de Papillusion ou encore de Dracaufeu nous a tiré quelques larmes de Kaïminus, impossible de le nier. Le premier film Pokémon ayant reçu son remake sur Netflix, Mewtwo Contre-Attaque, avait même une morale très profonde que l’on n’aurait pas soupçonnée de la part de la série. Mais ce n’était que de la poudre de perlimpinpin : pour un épisode un tant soit peu construit, 250 autres déversent les mêmes clichés éculés de l’animation japonaise. La formule “tu joues au jeu, puis tu regardes le dessin-animé, puis tu joues au jeu, puis tu regardes le dessin-animé etc.” était l’arme fatale de la Pokémon Company pour nous faire oublier qu’une alternative bien plus intéressante n’attendait que nous.

Digimon, le vrai champion

Alors oui, Digimon à la base n’est qu’un tamagotchi créé par Bandai. Ses adaptations vidéoludiques n’étaient d’ailleurs pas si puissantes face à Pokémon, même si je me souviens avoir passé du bon temps sur Rumble Arena et que la série Digimon World est reconnue comme plutôt bonne. Mais c’est aussi ce qui en a fait sa force : elle devait réussir sa série animée pour perdurer, puisque c’était l’élément sur lequel tout reposait. Et bordel de dieu, c’était une vraie réussite injustement sous-estimée.

Que des numéros 10 dans cette team

Digimon Adventure, ou les aventures de Taï, Matt, T.K., Mimi, Sora, Joe et Izzy — les noms européens pour l’occasion oui, on parle de mon enfance là, comprenez — sur les deux premières saisons de l’anime. Les VÉRITABLES aventures, car celles-ci ont un début, une progression rythmée, et une fin. Pas d’épisode de remplissage, mais une histoire à raconter : celle de l’imbrication du monde numérique et du monde réel, et la personnification de concepts informatiques en créatures toutes mignonnes (excepté peut-être le caca à grande langue, mais bon, le Japon). De la lutte d’un groupe d’enfants élus contre une menace bien tangible, celle du maléfique Devimon. De leur recherche d’identité, directement liée au Digimon qui leur est conféré puisque ces derniers représentent leur âme dans le Digimonde. Digimon est profondément ancré dans la réalité. Si les réseaux sociaux n’existaient pas vraiment à l’époque de sa sortie, les concepts qu’il montre ne sont pas totalement éloignés de ce qui est devenu notre quotidien aujourd’hui. Le monde réel est bien le nôtre, plus précisément de Tokyo et de ses grands buildings, et pas une succession de villages insignifiants qui n’a littéralement aucun sens ; vous mangez, dormez et allez où aux toilettes dans Pokémon, HEIN ?! Bref.

Le meilleur. Character arc. Jamais. Écrit. Dans une série pour enfant.

Mais plus intéressant encore, ce contexte a permis à Digimon de tacler des problématiques sentimentalement plus complexes que Pokémon. Lorsque Taï, rongé par l’envie de devenir plus puissant quitte à sacrifier Agumon pour cela, fait apparaître un Skullgreymon, ça c’est du scénario. Lorsqu’il est découvert que Kari est le huitième enfant élu pourchassé par les hordes de Devimon, et que Taï prend conscience de son devoir de grand frère en faisant tout pour protéger sa sœur, c’est les vraies bonnes valeurs. Lorsque Wizardmon, voyant la véritable bonté de Gatomon, se sacrifie pour lui permettre de se libérer du cercle maléfique et trouver sa véritable destinée auprès des élus… c’est du Shakespeare bon sang. Sans mentir et sans grandiloquence, derrière les scénarios de Digimon se cachent souvent un second message (explicite ou non) [plus] adulte qui rend la lecture plus intelligente qu’un simple animé pour enfant.

Restons objectifs

Un dernier avantage de Digimon est que, contrairement à Pokémon, la série a su grandir en même temps que ses spectateurs. Si le ton est resté enfantin, nous avons au moins pu voir Taï et toute la bande grandir au fur et à mesure des épisodes, jusqu’au point culminant du film Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna où tout le monde a 22 ans. En parlant de film d’ailleurs, n’oublions pas que le premier opus de la série a été réalisé par nul autre que… Mamoru Hosoda. Oui, celui de La Traversée du Temps ou encore des Enfants Loups. Vous avez aimé Summer Wars ?  Question piège : il s’agit ni plus ni moins que d’une réadaptation de son scénario pour Digimon… sans les Digimon. On n’est pas dupe, mais c’est pas grave, on te fait quand même des mamours, Hosoda-san. Quant à vous, vous savez désormais que vous aimiez les Digimon depuis toujours, sans même en être conscients.

Digimon Adventure 2020 démarre excellemment bien

De nos jours, et après quelques tentatives ratées de relancer la franchise, la Toei et Bandai Namco ont enfin fini par embrasser le côté plus adulte de Digimon. On peut le voir notamment dans le jeu Digimon Story Cyber Sleuth, ou Last Adventure Kizuna. Digimon Survive, prochain T-RPG mettant en scène les créatures, semble aussi bien parti pour être sombre et torturé… et j’ai hâte d’y jouer. Quant à Digimon Adventure, la série a droit à son reboot en 2020, disponible sur Crunchyroll et ADN. Le premier épisode montre déjà qu’il a à cœur de retravailler toujours plus profondément son scénario comme sa réalisation. Une superbe nouvelle tant Digimon a souffert à tort d’être comparé avec Pokémon à l’époque de sa sortie, alors qu’elle a bien plus à offrir.

Certains diront qu’il s’agit seulement de la différence entre une sitcom, qui n’a pas pour idée d’avoir un fil rouge tenu, et une série, qui développe un propos sur plusieurs épisodes. À cela je réponds : gardons nos émotions pour nous et restons objectifs s’il vous plaît.

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