Erased : la larme du papillon

par OtaXou

L’effet papillon est une métaphore soulignant le fait que la moindre petite action peut avoir de grandes conséquences sur l’avenir. L’idée elle-même a souvent été mise en parallèle avec le voyage dans le temps afin de pouvoir exprimer la réalité du concept qu’elle décrit.

Tout ceci n’est pas neuf dans l’imaginaire occidental et la pop culture, faisant que les amateurs d’anime particulièrement porté sur l’évasion pourrait ne pas s’y intéresser. Pourtant, aujourd’hui, je vous propose d’en découvrir l’utilisation faite par une équipe particulièrement talentueuse de créateurs japonais avec un animé magnifique. Voici Erased.

Une équipe de choc

À l’origine, Erased (ou Boku dake ga Inai Machi en version originale) est un manga seinen écrit et dessiné par Kei Sanbe dans le réputé magazine Young Ace édité par Kadokawa, qui nous a offert entre autres Neon Genesis Evangelion , Kill La Kill ou encore Bungo Stray Dogs. L’auteur lui-même est surtout connu en occident pour Erased, mais a fait du thriller sa plus grande spécialité au gré de nombreuses autres œuvres. Notez que le manga est publié en France par les éditions Ki-oon.

L’adaptation en animé est récupérée par le studio A-1 Pictures, connu pour des séries comme Your Lie in April (dont je vous parlerai sûrement un jour) ou encore Silver Spoon. Est au poste de réalisateur Tomohiko Itō, que l’on a pu voir à la même place sur la première saison de Silver Spoon et les deux premières saisons de Sword Art Online,  mais qui a aussi officié en assistant réalisateur sur l’adaptation de Death Note et sur l’excellent film Summer Wars de Mamoru Osoda.

Erased ne fait pas partie des séries adaptées à un rythme insoutenable, mais est un produit créé avec précision. Il a donc le droit à une qualité supérieure à la moyenne, avec des décors magnifiques et des animations réalisées avec attention. Surtout, on notera une grande utilisation de couleurs délavées soulignant à la fois l’action se déroulant théoriquement dans le passé et le cadre froid d’une campagne enneigée. Visuellement parlant, l’expérience est totale.

Course dans le temps

La série raconte l’histoire de Satoru Fujinuma, un mangaka flegmatique et détaché ayant autant de mal à rencontrer le succès qu’à se lier aux autres. Il faut dire qu’au quotidien, il subit depuis bien longtemps une capacité très spéciale qu’il surnomme lui-même “Revival” : sans pouvoir rien contrôler, il se retrouve régulièrement propulsé cinq minutes en arrière dans le temps, avec la conviction qu’un acte négatif se produira rapidement. Ne tient alors qu’à lui de vite analyser son environnement pour l’empêcher, ce qui lui provoque régulièrement des accidents contribuant à son isolation et son instabilité. Rapidement, il vit un événement traumatisant le poussant à revenir 18 ans en arrière, où il prend conscience qu’il a la possibilité de changer l’avenir et éviter le destin funeste d’une camarade de son école primaire.

Comprenez que Satoru n’est pas nécessairement en maîtrise de son talent. Il sait simplement intimement que la résolution du problème lui permettra de revenir à son époque. Trentenaire à nouveau dans son corps d’enfant, il va user de nombreux stratagèmes d’adulte dans un contexte enfantin pour tenter de changer son présent.

Un drame porté par l’amour innocent

Vous l’aurez compris : Erased est un thriller. Ce n’est toutefois pas n’importe quel thriller haletant tel qu’on peut le voir dans de nombreux films, mais plutôt un thriller tout en nuance qui joue magnifiquement bien avec son contexte pour proposer une intrigue finement dirigée allant moins dans le grandiloquent que dans le drame humain. Ses rebondissements ne sont pas de ceux qui décrochent des mâchoires, mais plutôt de ceux qui touchent une corde sensible.

Tout cela nous amène à ce qui constitue pour moi le point d’orgue d’Erased : sa capacité à jouer avec énormément de sensibilité et de justesse avec les pensées d’un adulte et l’innocence de l’enfant. Le héros, Satoru, sait tout aussi bien réfléchir comme le trentenaire qu’il est que ressentir comme l’enfant qu’il a été.

La série va donc régulièrement ponctuer son intrigue de simples moments de vie familiale ou amicale, nous permettant d’approfondir une galerie de personnage particulièrement bien écrits vivant une large palette d’émotions. Kayo Hinazuki, petite fille au centre de l’intrigue, appartient moins à un cliché de “princesse à sauver” qu’elle est une enfant vivant une situation dramatique aux ramifications multiples. Un bon point qui aide la série à ne jamais verser dans le manichéen ou l’apologie du bien contre le mal, comme on l’observe souvent dans le shonen. Les personnages d’Erased sont tous profondément humains et leurs caractères aussi attachants que poignants.

Ces nombreux va-et-vient entre la redécouverte de l’innocence et l’enquête criminelle sont rythmés à la perfection. Le mélange savoureux qui en découle, fait d’émotions parfois contradictoires mais toujours fortes, prend aux tripes pour ne jamais plus nous lâcher durant les 12 épisodes qui composent cette adaptation. Le voyage dans le temps n’est finalement traité que comme un outil de l’intrigue devenant secondaire, de quoi éviter les nombreux écueils fréquemment rencontrés avec son utilisation. On reste ici scotché au drame, au point que la résolution de son intrigue policière provoque une exultation toute particulière, davantage en lien avec notre relation personnelle aux personnages que le simple plaisir de voir se démêler l’enquête.

La qualité d’écriture, d’animation, de rythme et les nombreux genres qu’elle convoque pour servir une histoire cohérente et touchante font pour moi d’Erased une série majeure qui sera tout aussi révérée dans dix ans qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Vous pouvez retrouver Erased en streaming légal sur Netflix ou Wakanim. Notez que Netflix a également produit une adaptation en drama de l’oeuvre originale, sur laquelle je n’ai aucun avis puisque je ne l’ai pas vu.

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