Saint Seiya (Netflix) – Saison 2 : Le mieux est l’ennemi du bien

Le chevalier de la constellation du Bâclé a un genou à terre. Il s’est heurté à l’adaptation d’une œuvre culte. “Par les étoiles d’Hollywood Boulevard !” lance-t-il désespéré. Rien n’y fait. La série animée de la Toei des années 80 n’a même pas été effleurée. Après un premier combat unilatéral qui s’est soldé par une première saison déplorable, Les Chevaliers du Zodiaque en version Netflix tentent une saison 2 comme une nouvelle attaque : “Par les nouveaux épisodes sur les Chevaliers d’Argent !” L’image de Masami Kurumada, auteur du manga, apparaît subrepticement dans le dos du guerrier, mais disparaît aussitôt. Ses vieux démons le poursuivent. C’est un nouveau coup d’épée dans l’eau.


L’Armure dort

Je ne reviendrai pas longtemps ici sur le ratage de cette adaptation des Chevaliers du Zodiaque sur Netflix. Je me suis déjà exprimé dans ces mêmes colonnes sur cette saison 1 vide et risible où une bouche d’égout a plus de temps à l’image et de lignes de texte que des personnages comme les Chevaliers du Dragon ou du Cygne. Il faut quand même le faire. En une — longue — phrase seulement, sachez que le tournoi télévisé au cœur d’un stade bourré à craquer entre chevaliers de bronze au début de l’animé se déroule dans un entrepôt pérave en plein désert, avec pour seul public des bottes de pailles et des carcasses de bagnoles crades, que les chevaliers noirs sont remplacés par des clones cybernétiques de Cassios — le premier rival du héros —, que Shun d’Andromède est devenu une fille pour éluder la question du genre, ou qu’en lieu et place de Docrates et des Ghosts Saints, on se tape des combats contre des hélicos et des tanks. Le cœur de la meule.

Cette saison est dédiée à Pégase, qu’on voit à tous les étages.

Les 6 épisodes de 20 minutes qui composent la saison 1 de Saint Seiya version Netflix, avec leur animation en CGI datée, s’achèvent sans vue ni hauteur sur nos 5 héros de bronze bloqués dans l’effondrement d’un volcan et l’apparition de Misty, le premier chevalier d’argent. Ouverture morne pour suite rapide. Car c’est bien le problème qui se profile à l’horizon de cette saison 2 : un rush abscons dans des décors toujours plus ternes. Un voyage au pays du plat et de l’expédié où tout enjeu est caduque. Une invitation sur le télésiège du hors-sujet. Enlevez votre armure et dites 33…


Argent Facile

C’est sans surprise que la série reprend. On retrouve très vite ses marques. C’est toujours la même absence de musique, les mêmes décors sans âme. Sans trop savoir pourquoi, on quitte le volcan et le désert où on s’était arrêtés pour se retrouver sur une plage. En fait, on sait pourquoi. Parce que c’est au bord d’une plage qu’est censé se dérouler le combat à venir. Comment passer d’un endroit à un autre ? Mais en invoquant le Deus Gold Machina bien sûr ! Un mystérieux personnage — qui se trouve être le Chevalier d’Or du Bélier, mais chut faut pas le dire — inquiet de leur sort, les sauve et les téléporte ailleurs. Mais pas tous au même endroit hein. Parce que sinon ça dézingue le principe de duel qui se profile. “Tes amis sont sauvés mais je les ai emmenés ailleurs”… OK Jean-Michel magicien. Tu penseras à nous dire qui tu es à un moment ?

Et mes ailes ? Tu les aimes mes ailes ?

Débarque alors le fameux Misty, tout de blond sous sa coupeline et son armure d’argent. Misty du Lézard… La première rencontre avec un chevalier d’argent ; le climax de la révélation de leur existence ! Tout part avec l’eau du bain, comme une main ouverte de laquelle les grains de sable s’écoulent sans peine. C’est irritant. On dirait un élève maladroit qui récite sans saveur un poème appris par cœur, mais se vautre sans complaisance sur ses respirations, son ton neutre et haché, ânonnant comme un naze des bouts de phrases. Les combats s’enchaînent. Les Chevaliers de la Baleine et du Grand Chien prennent part au bousin. On n’a pas le temps. On garde le même décor. La même journée. Seiya fait tout le taff’. Ses potes sont même pas de la partie. Puis le Corbeau, donc on se téléporte dans les montagnes. Puis Cerbère et La Méduse. Tout est torché en une seule unité de temps et quasiment, de lieu. Oubliez la plupart des autres chevaliers d’argent, ils n’ont pas été rappelés.

Oh Marine, si tu savais…


Boules bizarres

Dans l’animé original ou dans le manga, des semaines, voire des mois se passent entre toutes ces étapes. Tous les héros ont leurs moments de gloire ou d’hésitation. Ils chutent, doutent, échouent, recommencent… se transcendent, progressent, s’entraident. Des relations se font, se défont. La tension et les enjeux s’envolent, comme dans cette scène entre Seiya et Saori, de nuit, acculés par Shaina et Jamian. Comme dans cette scène où Seiya — encore — voit Marine, son mentor, au bord de la noyade. Comme dans cette scène où le Dragon est contraint de se crever les yeux pour sauver ses amis et vaincre La Méduse, plaçant son personnage sur le rail du sacrifice… Vous n’aurez rien de tout ça. Tout doit rentrer dans 6 épisodes de 20 minutes où on recycle les mêmes modèles 3D cheap.

Il a tiré la buûuulette !

Et le premier de ces recyclages, c’est le design des attaques. Qu’initialement les chevaliers balancent des coups de poings, de pieds, des météores, des flocons de neige, des flux d’énergie en forme de dragon, des jets de flammes ou autre, ici, ils envoient des petites boules de couleurs. Tous. “C’est qui le dragon ? C’est celui qui envoie des petites boules vertes. C’est qui le Cygne ? C’est celui qui envoie des petites boules blanches. C’est qui leÇA SUFFIT JEAN-GERMAIN !” Oui ça suffit, on a compris.


Toujours la jambe gauche

Un nouveau problème que révèle cette saison 2, c’est de souligner la non compréhension qu’ont les réalisateurs de la teneur du matériau source. Jusqu’ici on pouvait se dire qu’ils avaient fait des choix d’adaptation. Maintenant, on sait qu’ils ont pas pipé un mot, comme bien trop souvent quand l’Oncle Sam s’attaque à des œuvres du Soleil Levant. Qu’est-ce qui faisait le sel de la série ? Ses musiques. Son design. Son scénario qui puisait dans la Mythologie. Ses personnages. Les liens qui les unissait. Les armures… Ah oui tiens, les armures. Quel plaisir à chaque fois que ça arrivait d’admirer nos héros dans un décor constellé d’étoiles ou à l’effigie de leur totem être recouverts membre après membre de leurs armures. Une véritable chorégraphie portée aux nues par une musique entraînante. La madeleine, les yeux brillants. Maintenant ? Une simple transition digne des pauses pubs.

Vous êtes comme le H de Hawaii, vous servez à rien !

Pire encore, embourbée dans son intrigue molle à base de soldats armés luttant contre les Dieux et de clones cybernétiques rajoutée pour l’occasion, la série ne sait plus comment s’en sortir. En choisissant d’occulter totalement les ‘méchants’ de la saison 1 pour revenir bon an, mal an sur les rails du manga en traitant l’arc des chevaliers d’argent, cette saison 2 est contrainte d’effectuer un rétropédalage de l’enfer et de consacrer les deux derniers épisodes à la fondation Vander Guraad pour clore ce chapitre inutile. En gros, il y a fort à parier que les cravateux du “TOU DOUM” derrière cette adaptation aient entendu les critiques, et se soient dit “Bon les gars, avec Patrick, on a vu que notre tentative de moderniser le truc a pas plu, repartez plus sur l’original. – Mais chef, il reste des trucs pas finis et laissés en plan ! – C’est pas grave John, colle leur du chevalier d’argent à balle, on torchera ça en scred’ sur la fin. – Mais chef, y a régression niveau pouvoirs là. Les héros peuvent pas galérer à nouveau contre les premiers méchants alors qu’ils ont progressé contre les chevaliers d’argent… – Tu me fatigues John. Foutez leur un soldat clone plus gros ! De toute façon, moi je voulais refaire GI Joe.“

On reconnaît le méchant caricatural, parce qu’il est méchant. Et caricatural. Et qu’il a une cicatrice.


Il est pas shiny

Et c’est pour ces combats contre des clones moches que du temps de rendu est utilisé. Pas pour développer les liens entre les personnages. Pas pour conter leurs aventures. On fait dans le fast food. Aussitôt prêt, aussitôt digéré. Même la resucée du fameux épisode 37, pourtant reconnu comme un des préférés des fans du dessin animé original, cet épisode emblématique où on apprend qu’après les chevaliers d’argent, il existe aussi des chevaliers d’or, et que eux, s’ils ne sont que 12, ils sont pas là pour trier les lentilles. Véritable menace. Un absolu doré indépassable qui transpire la feuille d’or et les paillettes. LES CHEVALIERS DU FU*** ZODIAQUE. Cet épisode 37 où le Lion débarque pour stopper nos héros et qu’Athéna se révèle. Cet épisode qui fait basculer les escarmouches en guerre sainte.

Monseignor ! Il est l’or ! L’or de se réveiller !

Et pourtant. Pourtant en de rares occasions, un éclair de lucidité. Comme l’arrivée de Moïse, Chevalier de la Baleine. Plutôt que de le voir débarquer à pieds comme autrefois, il arrive en écartant la mer en deux. Mais oui ! Bien sûr. En voilà une riche idée, mais le soufflet retombe aussitôt. On parlait d’éclairs de lucidité, mais pas de génie. Autre point à souligner et pas des moindres : Athéna. La Déesse de la Guerre a au moins pour elle d’être mieux travaillée qu’à l’époque. Elle troque ainsi plusieurs fois son statut de demoiselle en détresse à actrice de sa propre aventure, avec des prises de décisions intéressantes et une mise en avant bienvenue. Et le soufflet retombe : comme il faut finir l’intrigue de la saison 1, la Déesse révélée qui tient tête aux guerriers légendaires du Sanctuaire se prend les pieds dans le tapis du charisme, acculée par un vieux gars armé d’un canif, et s’embourbe dans une histoire de prophétie inutile qui tente de recoller les morceaux du pourquoi et du comment. Pathétique. Dernier soubresaut en vue d’installer la saison 3, alors que nos héros se disent qu’ils ont remporté la partie : une porte dimensionnelle s’ouvre et une flèche d’or en jaillit. Athéna est touchée au cœur. Rideau.

Mais ne serait-ce pas notre GRAND POP(E) éponyme dans le fond ?


Ignorant les menaces qui pèsent sur lui, le méchant soldat clone riait de plus belle. En face de lui, le chevalier transi semblait ne jamais se relever après cette terrible attaque. Repoussant les gravats qui le recouvre, notre héros parvient à se dégager. La respiration est lente. Saccadée. Son corps est brisé. Son armure aussi. Une étrange lueur iridescente semble émaner de sa silhouette. Son corps peut être brisé, mais son cosmos, lui, est éternel ! Réunissant ses dernières ressources, il se relève. La tête est baissée. Les bras ballants. Le soldat clone se gausse et se rue sur son adversaire. “Tu te relèves encore ? Mwuahahaha ! Et bien meurs ! Je vais te balayer comme un fétu de paille ! Je suis le guerrier du Ni-Fait-Ni-À-Faire ! Par les graphismes de la PS2 !” Dans un dernier élan, notre héros s’élance à son tour… Dans son dos, la silhouette de 114 épisodes animés et de 28 tomes de mangas apparaissent dans un éclat doré : “Par le pouvoir d’une œuvre culte !” Dans un terrible choc, les deux adversaires se rejoignent. Un cratère béant est apparu. C’est celui du scénario. Le corps du soldat clone, sans vie touche le fond, mais Les Chevaliers du Zodiaque se relèvent. Cet adversaire est vaincu, mais déjà le prochain se dessine à l’horizon…


Crédits Photos : Netflix & Toei Animation

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2 commentaires

GlimGlamT 7 février 2020 - 18 h 16 min

Très bon article, la parodie des dialogues est hilarante !
C’est quand même honteux, faut vraiment que Netflix arrête. Entre les “graphismes” (héhé) 3D, l’intrigue charcutée, les choix pour moderniser, etc… y’a rien qui va.
Personne n’aime cette série, mais tant que y’a du pognon, les grands à cravates derrière, ils s’en foutent.
Mais bon, c’est la vie malheureusement….
Alors que s’ils avaient modernisé “à la Dragon Ball Super”, y’aurait déjà matière à apprécier, enfin j’ose espérer.

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Menraw 12 février 2020 - 14 h 05 min

Effectivement, j’aurais préféré un traitement animé plus respectueux de l’original, ou un nettoyage à la DBZ Kai. Merci pour ton commentaire 🙂

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