Hunter X Hunter : chasse, pêche, nature et baston

Comment réussir à parler d’un shōnen ? Le genre est tellement ubiquitaire dans la culture populaire nippone qu’il est difficile de l’aborder proprement. Pourtant, il est certaines séries qui arrivent à se démarquer du lot en jouant sur les subtilités inhérentes au genre lui-même. Parmi celles-ci, j’ai un grand faible pour Hunter X Hunter de Togashi Yoshihiro, connu auparavant comme créateur de la série Yū Yū Hakusho. On ne le prononce pas “Hunter ex/ix Hunter” d’ailleurs, ni même “Hunter Cross Hunter“, non : simplement Hunter Hunter. Ou Hunta Hunta, si vous voulez vraiment jouer le weeb. Ne vous inquiétez pas : je ne m’y suis jamais fait non plus.

Un shōnen nommé Gon

La série a démarré dans l’habituel Weekly Shōnen Jump, l’hebdomadaire japonais qui nous a offert Dragon Ball, One PieceNaruto et bien d’autres, en 1998. Déjà 22 ans de Hunter X Hunter, c’est dire. Pourtant, elle n’a pas connu une véritable adaptation animé digne de ce nom avant 2011, après un premier projet sur deux ans et quelques OAVs. Le projet, confié cette fois-ci à Madhouse, a enfin décidé de suivre proprement le déroulé du manga sans tomber dans les épisodes fillers et autres scénarios improvisés pour faire patienter le spectateur avant que le manga ne rattrape l’animé. Il faut dire que Yoshishi est quelque peu connu pour prendre de longues pauses. Sa santé quelque peu faiblarde excuse cela tout autant que le rythme effréné réclamé aux mangakas. Qu’on se le dise : le métier est difficile, et en être une star ne rend pas forcément les choses plus simples.

Ce qu’on appelle un sourire à protéger en toutes circonstances

Mais revenons à nos oignons : Hunter X Hunter. Pour les deux du fond qui dorment depuis 22 ans, il s’agit avant tout de l’histoire de Gon Freecss, un petit gamin dont la mère est décédée et dont le père est un explorateur qui l’a confié à sa tante avant de partir à l’aventure. Gon a grandi sur une petite île pacifique aux bons soins de cette dernière, mais a toujours gardé en tête une chose : devenir un Hunter, comme son père. Pourquoi ? Parce que si son père l’a abandonné pour devenir Hunter, c’est parce que ça doit être vraiment trop génial ! Pas besoin de névroses basées sur l’abandon ! La vie est belle ! Arrivé à ses 12 ans, il trouve enfin le moyen de quitter son île afin de passer l’examen des Hunters et faire partie de cette élite qui a tous les droits et toutes les facilités dans le monde.

La plus difficile des enfances

Un grand ennemi juré ? Pas vraiment. Une menace globale ? Bof. Allez, des transformations au moins ? Hum… Il y a des pouvoirs, c’est sûr, mais… Ça n’est pas tout à fait ça. Comme la plupart des shōnen, Hunter X Hunter fonctionne selon le principe des arcs : on enchaîne de situation particulière à situation particulière, l’examen Hunter étant le premier arc et aussi le plus traditionnel. C’est plus ou moins un arc tournoi, comme on a l’habitude de voir dans cet exercice. Cependant, on comprend vite en regardant la série que ce n’était qu’un appât pour pouvoir par la suite trouver toutes sortes de libertés. Hunter X Hunter se permet après tout d’enchaîner un arc de tournoi avec un arc dans un monde de jeu vidéo, avant de faire un énorme arc où les héros principaux n’ont que peu d’incidence sur le conflit général et passer ensuite à des élections. Avec tout un tas de personnages encore jamais vus auparavant qui plus est.

Triple action naturelle

Et pourtant, tout est cohérent. Car la force de Hunter X Hunter réside dans son attachement à un thème en particulier : la nature. Cette notion se retrouve dans de multiples degrés. Soyons d’abord premier degré : c’est autour de la nature que de nombreuses épreuves tournent, particulièrement lors de l’examen des Hunter. Il faut pouvoir survivre à des espèces vivantes étranges, ne pas tomber dans leurs pièges. Il faut savoir, voire aller littéralement chasser (qui l’eût cru dans un manga s’appelant Hunter X Hunter) une espèce de porc dont la faiblesse est son front. Savoir profiter des mouvements d’air dans une crevasse pour récupérer des œufs avant de remonter à la surface. Si Togashi Yoshihiro crée son propre univers, il l’ancre tout de même dans une réalité naturelle qui nous est extrêmement familière. Et si c’est commun à la plupart des artistes, puisque le fantastique se base toujours sur le réel pour aider nos pauvres cerveaux à s’y retrouver, rares sont ceux qui le pointent autant du doigt et s’attachent à nous rendre curieux face au monde qui nous entoure. Dans l’animé bien sûr, mais par extension la vie réelle également.

Après tout, c’est dans le titre

Il y a aussi la nature des choses. Comment le monde naturel fonctionne. La preuve la plus visible de cela est bien sûr dans l’arc de l’Élection du président, où de multiples personnalités s’affrontent pour déterminer la plus haute place des Hunters — et donc de l’univers de Hunter X Hunter. Et bien sûr, tout cela résonne comme la politique de notre monde, soit parallèlement un commentaire sur celle-ci. Le populiste véreux, l’anarchique désintéressé, celui qui a véritablement à cœur d’aider les gens avec des politiques sensibles, ou encore celui qui ne sait absolument pas ce qu’il fout là mais dont l’honnêteté du message résonne parmi les foules… Autant de figures que l’on connaît bien dans notre monde. Devinez qui l’emporte au bout ? Même sans regarder l’animé, vous le savez déjà en votre âme et conscience.

Si seulement nos politiques avaient autant de charisme

Et enfin, la nature humaine. Sûrement la plus grande force de Hunter X Hunter, parfaitement incarnée par le duo principal de l’aventure qui est Gon et son ami Kirua. L’un est l’avatar même de l’innocence, plus encore que n’importe quel autre héros du genre. L’autre est l’enfant chéri de la famille d’assassins la plus puissante de cet univers, un génie naturel qui cherche malgré tout sa propre voie. Gon est l’ami des animaux et le neveu aimé et chéri qui cherche le bon dans tout ; Kirua l’enfant à la vision de vie distordue, manipulé toute sa vie, élevé dans la maltraitance et la torture normalisées. Pourtant, ces deux profils qui crient “rivaux !” dans n’importe quel autre shōnen deviennent des amis extrêmement proches, qui se font naturellement confiance et contrebalancent leurs pires traits tout en se motivant à devenir meilleurs. Dans tous les sens du terme, et pas uniquement pour combattre.

La plus pure des bromances

C’est peut-être ça le trait le plus significatif de Hunter X Hunter : sa bonté évidente. Il émane de toutes ses histoires une sensibilité à nulle autre pareille, comme une sorte de compassion pour tous les éléments qui composent sa trame. Au point qu’arrivé à l’arc des Chimera, une sublime exploration de l’Evolution et de l’Histoire humaine en observant la naissance et la prise de pouvoir d’une famille d’insecte humanoïde intelligente, l’aventure sait aussi reconnaître que ses héros de 12 ans ne sont tout simplement pas de taille à affronter une telle horreur. Ils la subiront bien sûr, de plein fouet même, et c’est ainsi que nous aurons vraiment l’occasion de voir le brio de Togashi Yoshihiro à l’œuvre : sa capacité à créer des personnages profonds et humains. Au point qu’il n’a jamais vraiment besoin de faire appel à des flashbacks ou des chapitres longuets pour mettre en place l’impact émotionnel de son histoire : ils sont évidents. Des petits détails très humains, comme un loubard qui s’occupe des chiens errants, nous permettent toujours de comprendre les philosophies des personnages sans avoir besoin de grands discours. Et les voir évoluer affirme ou infirme ces prédispositions glissées çà et là, pour trouver notre empathie comme pour nous jouer des tours. Tout ce brio s’applique sur des relations multi-dimensionnelles et profondes, où les gentils ne sont pas constamment gentils et les méchants pas forcément méchants. Mention spéciale à la relation entre Meruem et Komugi, l’une des histoires humaines les plus abouties que j’ai pu lire dans une œuvre dédiée à la consommation de masse. Tous médias confondus.

L’œuvre aux mille visages

Hunter X Hunter ne se force pas à être un récit ou un autre. L’œuvre sait jouer de ses inspirations avec subtilité pour trouver son propre ton, sa propre marque. Car même avec une galerie de héros et d’antagonistes aussi développés, il ne reste jamais vraiment dans un carcan particulier. C’est là le luxe de savoir développer un univers : on peut en faire un peu tout ce qu’on veut. Et ainsi s’amuser à jeter des enfants innocents, des hommes politiques narcissiques, des artistes rêveurs, des grands mafieux et des animaux mignons dans un fourre-tout géant pour choisir à l’envie l’histoire que l’on veut raconter à l’instant T. Même s’il faut reconnaître que l’animé se doit parfois d’être un peu verbeux pour expliquer certaines transitions et autres changements soudains de ton. Au bout, il reste tout de même quelque chose d’aussi familier que puissant, une sorte de philosophie ambiante qui n’appartient vraiment qu’à Hunter X Hunter et n’a jamais été répliquée.

Araki rit

Et bien évidemment, toutes ces qualités sont enrobées dans une bonne couche de style. Si le mangaka a tendance à préférer un certain minimalisme, il n’est pas pour autant avare en style. Comme un certain Araki Hirohiko, il n’a rien contre une petite dose d’androgynie particulièrement caractérisée par Hisoka ou encore Kurapika. Son trait peut librement passer de grandes lignes fines et élancées à des formes épaisses et dures, permettant le développement de nombreux héros différents tout comme un large bestiaire. Surtout, il s’en sert pour mettre en avant l’état émotionnel de ses personnages, ce que suit parfaitement l’adaptation en animé. Aussi, selon le style que le récit cherche à implanter, le design s’adapte subtilement pour renouveler l’atmosphère générale. En observant Greed Island, le jeu vidéo jovial, en parallèle à York Shin City, la ville contrôlée par la mafia, on peut apprécier ces changements.

Quand on débarque dans ta réssoi

Ces mêmes personnages ont accès à divers pouvoirs. Cependant, c’est sur ce point que l’on retrouve la grande thématique de la nature au sein de Hunter X Hunter. Ces derniers sont en effet basés sur l’énergie vitale, comme souvent, mais servent d’hyper-caractérisation aux personnages. Ils reflètent en vérité leur personnalité ou leurs ambitions, et ne sont pas vraiment une réponse à d’autres pouvoirs vus dans la série comme on l’observe souvent dans le genre. Ici, le “nen” est une sorte d’énergie malléable basée sur quatre grands principes, mais dont la matérialisation est voulue, choisie et développée par nos héros. Elle n’est cependant pas tout à fait gratuite, et ceux qui en abusent en payent le prix — n’est-ce pas Gon. Ce trait permet là encore une grande liberté pour le créateur, qui peut autant s’en servir pour développer son scénario que dans la caractérisation générale de son univers et ses pions, rendant l’impact sur le scénario très logique et fluide.

Fais-moi oune bâzou

Aussi, que dire si ce n’est qu’au bout, Hunter X Hunter est un grand bac à sable pour son artiste ? Mais bien que beaucoup de shōnen perdent leur propos initial pour se focaliser sur le style et mieux enchaîner les volumes, l’œuvre de Togashi Yoshihiro arrive à toujours rester cohérente. Et ce car elle réussit quelque chose que les artistes liés à la pop culture ne sont pas tous capables de faire : se focaliser sur des personnages humainement crédibles dans un univers fantastique, en développant les deux parallèlement. En ressort ainsi, pour toutes ses originalités, une simplicité bienveillante qui est autant addictive qu’elle n’est réconfortante. Une grande série aux petites attentions qui font toute la différence.

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