What The Pop : quand se battre avec ses fesses est un sport national

What the Pop a pour but de souligner les délires What the Fuck de certaines œuvres de la pop culture. Et à ce titre, quand vient mon tour, l’équipe me regarde naturellement pour me dire : oui mais, les animés, c’est triché. Certes, un peu. Mais impossible de résister dans ce cadre à l’envie de vous parler d’une œuvre dans laquelle des combats de seins et de fesses deviennent un sport national, célébré aussi bien par les adolescents que les adultes à travers tout le pays : Keijo!!!!!!!!

Pour la première — et sûrement la dernière — fois sur Le Grand Pop, nous allons vous parler d’une série de cul. Et je ne vous le cache pas : je suis très fier d’en être l’instigateur. Le petit twist étant que le terme doit être lu de manière très littérale : Keijo est une série où les fesses des protagonistes ont un rôle très important. Les seins aussi, par ailleurs. Mais pas exactement pour quelques pratiques réservées aux chambres nuptiales à travers tout le pays. Plutôt pour aller se fracasser joyeusement devant des spectateurs en folie.

Cul sec

L’univers de Keijo est assez simple à expliquer : c’est notre monde. Notre temps. Avec une petite différence : au Japon, un sport est devenu l’évènement majeur suivi par l’intégralité de la nation, le Keijo. Celui-ci est lui aussi d’une simplicité affolante. Au centre d’une piscine flotte une petite arène circulaire, qui n’est pas sans rappeler le dohyō des combats de sumos. Deux championnes se tiennent sur celle-ci, et ont pour but de sortir leur adversaire de la dite arène. Facile à suivre, n’est-ce pas ? On peut même l’organiser entre amis de tous âges lors d’un barbeuc improvisé. Ah oui, alors par contre, n’oubliez pas les règles : vous ne pouvez vous déplacer qu’à pieds. Ok. Et vous ne pouvez utiliser que vos seins et vos fesses pour garder les assauts de vos adversaires et les pousser hors de l’arène. Ok, ça mar… ATTENDS QUOI ?!

Mine de rien, ça doit faire extrêmement mal. Aussi bien à la tête qu’à la colonne vertébrale.

L’histoire nous fait suivre particulièrement Kaminashi Nozomi alors qu’elle intègre le Centre de Formation de Keijo, une université sportive dédiée à la pratique. Cette dernière est une gymnaste douée qui aurait pu avoir un chemin tout tracé vers les J.O, mais a plutôt choisi le Keijo pour… le pognon. Pas de manière dégueulasse, plutôt avec la joie innocente d’un enfant devant un cadeau de Noël. Elle est accompagnée par sa meilleure amie Miyata Sayaka, ancienne championne du monde du judo où sa famille est reconnue parmi les champions. Son but est naturellement de faire ses preuves, mais aussi d’avoir accès aux maillots de bain de designers dont les professionnelles ont l’exclusivité. Et au bout, elle intégrera l’équipe de la chambre 309, celle réputée pour être rapidement vidée puisque les aspirantes ne tiennent pas la cadence de l’entraînement intensif.

Comme cul et chemise

Vous me direz, bon, on s’en fout un peu du contexte. Fais péter les combats de cul et ferme-là. Mais si l’on est sur un What the Pop ici, c’est justement parce que ça n’est pas aussi simple que ça. Sur le papier, Keijo a tout d’un anime du genre “ecchi”. Ce terme japonais, qui littéralement peut se traduire en “lubrique”, est utilisé pour indiquer des séries qui vont balancer des connotations sexuelles à tire-larigot pour exciter les spectateurs. On peut penser notamment dans ce cadre à Love Hina, le manga harem de Ken Akamatsu qui reste une romance au final, à Great Teacher Onizuka, qui utilise le ecchi comme caractérisation de son héros principal, ou à To Love-Ru, qui a la subtilité d’un coup de tête dans les valseuses.

La bonne blague de tout ça, c’est que le ecchi est devenu de plus en plus proéminent dans les animes de nos jours, au point que certaines histoires seraient beaucoup plus logiques à adapter en pr0n qu’en anime… Et pourtant. C’est d’ailleurs ce qui m’avait conduit à lâcher les animes un temps, parce que j’avais la sensation qu’on était arrivé à un point où, comment dire. Arrivé là, autant aller regarder des contenus pour adulte.

La garde, c’est à l’avant

Mais Keijo ne fonctionne comme un anime ecchi que… Visuellement. On parle de seins et de fesses après tout. Sauf que son intrigue et son récit reposent intégralement sur d’autres codes : ceux des animes sportifs prisés des fujoshi, le penchant féminin des otakus. Les poncifs sont simples : la formation d’une équipe avec des personnalités diamétralement opposées, la camaraderie au centre de l’expérience, et tout ce que l’on attend est de voir… C’est le développement des super-attaques de tout le monde, comment ils se sortiront d’un duel décisif par leur motivation sans faille et la force de leur amitié. Dans les exemples, on peut citer Yuri On Ice sur le patinage artistique, Haikyū!! sur le volley ball ou Captain Tsubasa sur le football.

Faux cul

Keijo n’est pas un anime de cul avec du sport. Keijo est un anime de sport avec des culs. Le plus littéralement possible. Fin 2016, date de sa première diffusion en simulcast sur Crunchyroll, j’ai lancé l’animé dans l’optique de constater jusqu’où était partie la surabondance de ecchi dans les nouvelles adaptations de la saison… Et je me suis retrouvé à soutenir sur 12 épisodes la montée en puissance de Nozomi et des championnes de la chambre 309. Avec les volets fermés, le son baissé au maximum et en l’absence de ma copine de l’époque, rempli d’une honte viscérale, certes, mais tout de même.

Il n’a aucun droit d’être aussi hype visuellement, et pourtant

N’imaginez pourtant pas que c’est du Shakespeare : loin de là. Entre l’héroïne naïve à la motivation inébranlable, l’absolue génie qui veut tracer sa voie en dehors du cercle familial, la timide qui se révèle être puissante si seulement elle croit en elle, ou la maniaque avide de pouvoir et de manipulation, on a dans Keijo un bingo complet des poncifs des animes. Tout reste toujours archétypal et ne creuse pas plus loin sur ces bases communes à toutes les productions japonaises. Mais il faut aussi avouer qu’en 12 épisodes, il est difficile de faire mieux. Et dans l’absolu, la base existante ici fonctionne : le rythme est bon, l’animation est propre et franchement hype, et l’univers établi reste cohérent de bout en bout. Ça se dévore sans vraiment y penser. Le seul truc, c’est qu’il n’y a pas vraiment de quoi imaginer plus loin.

So as I pray : Unlimited Butt Works

M’est restée une question sur laquelle je ne suis pas complètement convaincu : Keijo est-il sexiste ? Et à ça, j’ai honnêtement envie de répondre non. Oui, la série met en avant les plastiques de ses héroïnes et a été écrite par un homme, sûrement consommée majoritairement par des hommes également, mais le point de vue masculin n’existe pas vraiment dans son histoire. Tous les personnages sont des femmes, et ils sont tous creusés. Toutes ont un nom, des origines, des ambitions personnelles. Les corps sont décrits dans un contexte sportif, et jamais véritablement rendus sexy : dans Keijo, les gros seins, ça sert à bloquer des patates puissantes et rien d’autre.

Il n’y a pas que des femmes en maillot de bain non plus

Il n’y a pour moi finalement qu’un humour typiquement japonais, où les corps peuvent être exhibés sans gêne pour peu que le but ultime soit une vanne potache. Au-delà de ça, on censure fort ; on appellera ça l’exception culturelle. Et si la série visait évidemment à satisfaire le regard masculin libidineux, elle se foire dans le fait qu’on ne voit plus que le sport et la blague au bout, ce qui devient plus ironique qu’autre chose. Alors on rigole, comme lorsque l’ami un peu trop bourré lâche une vanne bien grasse en fin de soirée qui provoque un blanc : les rires finissent par fuser non pas pour la vanne, mais pour la tentative. Et puisque l’anime croit en son concept de bout en bout sans jamais avoir la moindre introspection, on n’a jamais fini de rire à ses dépens.

Sur le cul

Alors que reste-t-il de Keijo ? Un anime qui ne fonctionne pas en tant qu’ecchi, puisqu’au bout du compte il ne tire pas assez profit de la plastique de ses héroïnes pour être efficace dans ce genre. Et un anime de sport qui ne fonctionne pas non plus, puisqu’il est difficile de convaincre sur plus de 12 épisodes (ou un manga) avec un jeu aux règles aussi simplistes et aucun arc établi. Peut-être y avait-il le potentiel de creuser plus que ce qu’il n’a été capable de faire, mais la demande n’a de toute évidence pas été là : l’anime comme le manga ont été annulés rapidement.

Vous l’avez ?

Par contre, on peut le dire sans appel : si vous voulez voir une trentaine de façon de vaincre un adversaire avec vos fesses, Keijo est sublime. C’est l’idée de créatifs bourrés à 5 heures du matin dans un rade à néons de Shibuya qui n’aurait jamais dû aller aussi loin qu’elle n’est allée. Entre la ninja qui envoie des cartes à jouer d’entre ses fesses, la guillotine du cul, la tempête de sable, la fée des fesses, la prise de judo via téton durci et les hypno-boobs, il y a de quoi se taper des énormes barres en regardant Keijo… pour peu qu’on ne lui prête pas plus d’intention qu’il n’en a. Parce qu’au bout du compte, je crois sincèrement que l’anime a réussi à être ironiquement drôle. Une parodie complètement claquée des animes de sport… qui ne pète pas plus haut que son cul.

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