Gaikotsu Shotenin Honda-san : l’envers du libraire

par OtaXou

Aller dans une librairie est un acte tout à fait banal pour la majorité des acheteurs, mais peut vite se transformer en expérience pour quiconque est un véritable fan de livres. La même règle s’applique que l’on soit fan de romans, de bande dessinées, de comics ou bien sûr… de mangas.

Ce que l’on oublie toutefois souvent de considérer est qu’une librairie est aussi une entreprise, avec des employés ayant autant la responsabilité de gérer les stocks que de conseiller la clientèle. Cet animé nous permet de découvrir l’envers du décor d’une manière bien originale.

L’art des déviants

Les origines de Gaikotsu Shotenin Honda-san — appelé Skull-face Bookseller Honda-san en occident, et que l’on résumera en Honda-san par flemme de choisir — sont tout aussi originales que l’oeuvre elle-même. Nous n’avons en effet ici pas affaire à une adaptation de manga ou de light novel comme c’est courant, mais plutôt de ce que d’aucun appellerait webcomic.

L’oeuvre a en effet avant tout été publiée sur le site internet Pixiv, que l’on pourrait résumer en une version japonaise de DeviantArt admettant sans le moindre problème les contenus érotiques, qui a grandi en popularité jusqu’à pouvoir fonder sa propre publication en ligne. Grâce à son succès sur la plateforme, Honda-san aura ensuite été publié au format physique relié au Japon par Media Factory, possédé par Kadokawa.

Vient ensuite l’adaptation en animé, qui là encore suit un chemin… particulier. Elle a été réalisée par DLE, une entreprise d’animation formée en 2001 (soit très récemment) par des anciens de Sony et qui s’est d’abord fait connaître pour ses animations flash. Son oeuvre la plus connue est Eagle Talon… dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, tout comme moi. De même, la réalisatrice derrière le projet est Todoroki Ouru, dont c’est tout simplement le premier projet.

Bref, nous sortons vraiment des sentiers battus avec Honda-san : de sa création à son adaptation en animé, il n’entre dans aucun lieux communs des productions japonaises classiques.

Une oeuvre autobiographique

La grande particularité de Honda-san est d’être une oeuvre autobiographique avant tout. On suit les aventures de Honda-san, un libraire dans une grande boutique qui se doit aussi bien de répondre efficacement aux demandes de ses clients que d’arriver à gérer la pression des stocks et des relations avec les éditeurs. Il n’est fort heureusement pas seul mais entouré d’une large galerie d’employés ayant chacun leur spécificité (spécialiste des shojo, des shonen, des guides de jeu, etc).

Dans la vraie vie, l’auteur Honda n’est pas un mangaka à temps plein et continue de travailler en librairie. Son travail inspirant son oeuvre, il a décidé de donner à chaque personnage des alias sous la forme de personnages hauts-en-couleur. Honda lui-même est représenté en tant que squelette, quand les autres employés peuvent avoir une tête de citrouille, de lapin, un sac sur la tête, un casque de moto, ou un masque de médecin de peste.

Ainsi, plutôt que d’en subir les limites, Honda a réussi à faire de sa volonté de garder l’anonymat une force. Les personnages sont immédiatement identifiables et attachants, et ne sont pas limités uniquement à leur fonction. Si la star du show reste en tout temps Honda-san, qui sert autant de personnage que de narrateur, sa relation avec les divers protagonistes permet des rebondissements bien sentis. On sent une vraie cohésion d’équipe au sein de ce petit groupe quand bien même leur relation n’est pas approfondie, ce grâce à des dialogues bien écrits.

Le 4-koma comme forme d’éducation

Honda-san a une particularité assez intéressante pour moi : il répond autant aux canons des 4-Koma (Yonkoma), ces cartoons japonais en 4 cases, qu’à ceux des animés éducatifs. Son humour, souvent ridicule ou absurde, repose sur de simples gags dont on voit aussi rapidement le “setup” que le “pay-off”. Du même temps, l’animé nous fait découvrir le monde de la librairie vu de l’intérieur de manière très descriptive, en n’y apposant que rarement un jugement et en prenant largement le temps de s’arrêter pour en expliquer les subtilités objectives.

De ce fait, Honda-san est aussi bien un animé comique qu’il est un animé éducatif. Qui plus est, il nous permet de découvrir un monde qui n’a presque jamais été mis en avant — celui des librairies — sans avoir été lourdement romancé auparavant. Autobiographie aidant, l’animé se permet aussi d’être un brin méta en mettant en avant le fait que l’auteur existe aussi bien dans le monde réel que dans la fiction, et le réalise avec une certaine complicité avec le spectateur.

Tout cela est aidé par son format de 12 épisodes d’une dizaine de minutes chacun abordant toujours un thème précis. Là encore, on ne peut s’empêcher de voir une parfaite fusion entre le 4-koma, toujours court, et l’éducatif, qui thématise toujours ses épisodes. Je ne peux m’empêcher de penser que ses origines (être un webcomic) ont naturellement créé ce mélange qui s’avère très frais dans le paysage actuel.

Si vous voulez rire, pénétrer un monde absurde et découvrir une tranche de vie que l’on a rarement l’occasion de voir, je vous conseille chaleureusement Skull-face Bookseller Honda-san disponible sur Crunchyroll.

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire