My Hero Academia soigne mon manque de foi en l’Humanité

My Hero Academia est l’un des shonens les plus populaires de sa génération. Il faut dire qu’il tient les grandes lignes du cahier des charges de Shonen Jump, qui nous a offert de nombreux classiques qui ont défini ce que sont aujourd’hui les mangas et animes. Mais l’œuvre de Horikoshi Kōhei a pour elle des petits pépites d’ingéniosité et d’humanisme qui me font du bien à l’âme.

Les shonens, ces mangas destinées aux jeunes garçons remplies d’aventure et propulsées par le pouvoir de l’amitié, c’est bien. Dans certains cadres, elles définissent même des générations entières. Les enfants qui ont grandi avec le Club Dorothée jurent absolument par Dragon Ball et Saint Seiya, ma génération a eu pour elle le trio Naruto/Bleach/One Piece, et les plus jeunes vont très certainement avoir en tête Demon Slayer d’ici quelques années. C’est le cycle naturel des animes : les shonens sont les fer de lance de cette culture, qu’on les suive ou non d’ailleurs. Qui peut regarder la tendance Isekai du moment et ne pas pointer du doigt Sword Art Online comme emblème de ce mouvement ?

Dans cette génération qui est la nôtre, de nombreux animes se battent pour prendre la première place. Mais comme je vous l’ai dit de nombreuses fois précédemment, je ne suis plus aussi friand du genre et lui préfère les petites productions qui ne paient pas de mine. Sauf pour une petite exception, dont la saison 5 s’achèvera bientôt : My Hero Academia. Ou Boku no Hīrō Akademia pour les vrais. Un anime que je continue de dévorer avec appétit, car elle ne cesse de m’offrir de belles choses, sans prétention, avec de l’humilité et surtout du cœur.

Un héros qui a Deku

Pour ceux qui ne suivent absolument pas le monde de la japanimation, My Hero Academia se déroule dans un monde où les super-pouvoirs sont communs. Appelés “Alters”, ces derniers font partie du tissu sociétal et se développent naturellement chez une grande partie de la population. Ceux dotés de pouvoirs peuvent prétendre entrer dans une académie pour héros afin de recevoir leur permis de super héros, avoir une ville à protéger, et se battre contre de multiples dangers pour sauver l’humanité. Les autres… sont comme vous et moi. Ils se débrouillent.

Izuku Midoriya rêve depuis tout petit de devenir un super héros, et est obsédé par eux comme peuvent l’être les fans des comics : il analyse leurs super-pouvoirs, imagine des tactiques, et connaît tout de leurs backstory. Il est particulièrement fan d’All Might, le plus grand des super héros qui sauve toujours quiconque avec un grand sourire aux lèvres. Cependant, Izuku découvre en grandissant qu’il est né sans pouvoir. Son rêve de rentrer à la Yuei, l’école de super héros locale, pour devenir un super héros comme All Might est inaccessible. Cependant, une chance inouïe lui est offerte : récupérer un Alter qui se passe de génération en génération, difficile à maîtriser mais incroyablement puissant. Grâce à cela, il peut enfin rentrer à la Yuei alors que le plus grand des super vilains, All For One, refait parler de lui après une longue absence…

Deku, le “gentil petit garçon” ultime.

Fait amusant : ce n’est pas la première fois que j’ai envie de vous en parler. A la fin de la saison 3, j’étais presque prêt à décocher un article sur Le Grand Pop, avant de me raviser : je n’avais alors mis le doigt que sur un unique argument qui faisait que j’aimais l’animé et le trouvais important. Cet argument, qui transparait peut-être dans le synopsis ci-dessus ou si vous avez déjà vu l’animé, est tout simplement que My Hero Academia est un des rares exemples où un mangaka a été cherché l’inspiration du côté des comics américains. Mais non content de s’en être inspiré, Horikoshi a été plus loin pour réaliser un sublime mélange entre une esthétique typiquement américaine — particulièrement dans le costume design et la gestion des ombres — et des influences purement japonaises. Un mix qui devient de plus en plus savoureux à mesure que l’on enchaîne les épisodes et découvre de nouveaux personnages.

L’esthétique américaine est particulièrement incarnée par All Might.

Mais le petit plus du trait de Hirokoshi selon moi, c’est qu’il n’est pas totalement porté sur la baston. Là où la plupart des héros d’autres animés auront des traits anguleux, forcés presque, le mangaka va lui plutôt du côté des grands arrondis et de l’expressivité maximale. Le style n’est pas sans rappeler des animés comme March comes in like a lion ou Lucky Star. C’est un style qui va normalement dans l’émotion plus que l’action, mais Hirokoshi navigue cette ligne fine à la perfection. Et c’est important, puisque cela va de pair avec le second argument qui fait que j’adore My Hero Academia : cette série est profondément optimiste.

Un collège fort fort fort

On pourrait me dire que c’est un trait assez commun dans le shonen, mais plus nécessairement. On le voit dans les dernières tendances, de Demon Slayer à Jujusu Kaisen : comme une réaction à l’inconscient collectif ambiant, la mode n’est pas à inspirer par l’exemple, mais se pencher sur la noirceur humaine. Et au milieu de tout ça, nous avons My Hero Academia. Un animé où le héros principal est une petite boule de positivité avec une bouille adorable, et où son plus grand rival a tous les traits pour passer du côté des méchants… mais ne le fait jamais. Parce que c’est un gentil on te dit. Un gentil qui traite tout le monde de connard, a un orgueil démesuré, était clairement un tortionnaire quand il était gamin… mais un gentil tout de même.

N’allez pas pour autant penser qu’on tente de glorifier des profils dégueulasses dans cette œuvre. Loin de là. Ce qu’arrive à faire My Hero Academia, c’est projeter des situations de rapports humains complexes, difficiles, tendues, et nous offrir une vision optimiste où même les raclures se remettent en question. Et tous, qu’importe leurs limites, qu’importe leurs difficultés, qu’importe les mauvaises relations qu’ils entretiennent, s’allient contre le mal et n’hésitent pas à une seule seconde à sacrifier leur vie pour un idéal commun : protéger les plus faibles.

Bakugo a tout pour être un connard, mais refuse de l’être. Et c’est génial.

Hirokoshi manie la naïveté du genre shonen à merveille. Il n’en fait jamais trop sur le sombre, ne tire pas trop vers l’abus d’innocence. Il nous présente simplement une galerie de personnages qui croit dur comme fer en l’Humanité. Et je parle bien ici d’une galerie, puisque contexte lycéen et super héroïque aidant, il y a ÉNORMÉMENT de personnages dans My Hero Academia. Plus que de jouer la quantité plutôt que la qualité, ces derniers jouent surtout le rôle de laboratoires d’idées. C’est avant tout par leurs super-pouvoirs que les personnalités sont mises en avant, mais loin de verser du côté américain de la chose, Hiroki part directement sur le côté loufoque japonais pour créer ces derniers : une fille grenouille côtoie un ado possédé par un démon noir farceur avec un homme capable de jeter des éponges gluantes et rebondissantes. Et ça fonctionne : même avec peu de scènes qui leurs sont dédiés, tous les élèves de Yuei comme tous les antagonistes sont mémorables. Certains pour leurs pouvoirs, d’autres pour leurs passifs, les autres pour la simple originalité qu’ils représentent. Grâce à cela, personne n’est laissé à l’écart : au fil des saisons, on les voit progresser, sans forcément avoir besoin d’un épisode qui leur est dédié pour comprendre leurs motivations et leurs parcours.

Les Alter qui vous soulèvent

Ce que j’apprécie tout particulièrement avec My Hero Academia, c’est la maîtrise de son rythme. Avec un ensemble aussi collégial, malgré la présence de héros centraux, on pourrait croire que la série pourrait se résumer à un “le héros de la semaine” et basta. Il n’en est rien. En jouant ce côté optimiste et humaniste jusqu’au bout, Hiroki est capable de tenir un fil rouge duquel il ne dévie pas. L’histoire de My Hero Academia est cohérente de bout en bout. C’est une histoire de super-héros, où les grands héros du monde tentent de lutter contre la nouvelle alliance des super vilains, qui créent dans l’ombre de terribles monstres hybrides pour une attaque massive. Et c’est aussi une histoire de lycéens, où les élèves créent des liens entre eux, apprennent l’un de l’autre, font évoluer leurs pouvoirs au fil de nombreux entraînements. On ajoute également un grand arc qui surplombe le reste, traitant de l’histoire et de l’importance de ce fameux pouvoir dont a hérité le héros de la série.

Pas un seul de ces personnages n’est laissé en plan.

Puisque tout est lié au même tronc central, l’école Yuei et ses super héros, le focus peut sauter des élèves aux professeurs en passant à la politique générale du monde sans jamais perdre personne. Hiroki joue simplement sur l’objectif, allant du micro au macro avec aisance selon le thème qu’il choisit de traiter. Le rythme avec lequel il réalise ces changements d’ambiance est maîtrisé de main de maître. Les liens qu’il trace entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, toujours pertinents. On peut lâcher la série deux ans, la reprendre, et s’y retrouver sans qu’elle perde le moindre intérêt.

L’alliance des vilains fait exploser les compteurs du charisme régulièrement.

Mais plus que tout, Hiroki ne semble pas être si intéressé par suivre les poncifs des shonen. Si les bases sont bien sûr là, et que les archétypes habituels sont utilisés çà et là, la manière dont il déroule son récit est presque plus douce que la plupart des autres œuvres du genre. La rivalité des deux grandes têtes de la série par exemple n’est pas partie dans les extrêmes qu’on connait habituellement, façon Naruto contre Sasuke. La petite romance qui se forme se fait dans la lenteur, tendrement, sans tenter de forcer les traits et créer des situations stupides pour faire hurler les fans. Hiroki a sa propre idée et la suit, tout simplement. C’est particulièrement rafraîchissant dans une ère où la production d’animé est devenue si folle que les auteurs de shonen sont souvent forcés d’aller au plus facile en toutes circonstances pour tenir le rythme. My Hero Academia est sucré, a du cœur, et ça fait un bien fou.

Plus Ultra !

C’est bien mignon tout ça, mais il s’agit tout de même d’un animé de super héros. Il faut que ça claque à un moment ! Et pour ça, on peut faire confiance au studio Bones à l’animation, qui s’est par le passé chargé de Soul Eater et Fullmetal Alchemist. À la réalisation des scènes de baston, on retrouve Yutaka Nakamura, homme connu et reconnu du métier pour la qualité de son travail. Son style inimitable ? L’impact. Dans My Hero Academia, les claques font mal. C’est du Mach 3 dans les gencives, sans sommation. Le réalisateur manipule pour ça deux éléments : le tempo et le visuel. Dans le tempo, c’est par sa capacité à compresser et étendre le temps sur quelques fractions de seconde qu’on le reconnaît : lorsqu’un héros monte à l’assaut, sa course compresse le temps, le faisant apparaître ultra rapide. Puis au milieu de son saut, poing tendu, il l’étend, le ralentit pour laisser apparaître le mouvement. Et au bout, nous avons le visuel signature : l’usage du noir et blanc.

Plutôt que les grands flashs de couleurs habituels des animés, Bones utilise ici l’absence de couleurs : pendant quelques frames sur une attaque, elles s’effacent, ne laissant que les traits du dessin parler. Silence. Une explosion brûle de couleurs, puis pendant quelques frames redevient noir et blanche pour nous faire uniquement considérer le mouvement, avant de revenir à l’animation classique où le son s’empare du temps et claque comme le tonnerre une nuit d’été. L’expressivité du trait de Hiroki, l’originalité de ses pouvoirs et la fluidité de l’animation de Bones, qui maîtrise excellement bien la 3D, s’additionnent pour offrir un spectacle visuel phénoménal.

C’est ce qui fait au bout que j’adore My Hero Academia et n’arrive pas à m’en lasser. Chaque saison a su m’apporter ce fix de bonne humeur, de grand spectacle et de rythme qui à mes yeux est aujourd’hui inégalé sur une production grand publique de la sorte. Si chaque génération se doit d’avoir son shonen emblématique, j’espère qu’on offrira à My Hero Academia cette place. Oser créer une œuvre aussi lumineuse dans une période où la noirceur semble s’emparer du cœur des créateurs comme des lecteurs est pour moi une véritable marque de bravoure. En donnant l’exemple d’un idéal où chacun aspire au meilleur pour les autres, My Hero Academia est devenu mon héros de cette génération de shonen.

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2 commentaires

Discaddict 10 août 2021 - 9 h 38 min

Je suis entrain d’engloutir les 2 premières saisons sur Netflix pendant mes vacances et ça faisait longtemps que je n’étais pas tombé dans l’animation comme ça.
Je partage complètement l’avis d’Otaxou, cette série est vraiment top.
Je trouve néanmoins que la saison 1 a un problème de rythme au sein de l’épisode avec des artifices pour faire durer qui pèsent pour le gars comme moi qui n’avait plus regardé d’animé depuis longtemps. Alors me suis je habitué au rythme ou est ce que cela est moins prononcé dans la saison 2 ? Je ne saurais dire en tout cas, je ne sais pas s’il me serait possible de suivre un animé comme celui la autrement qu’en le bingeant…. Bref gros coup de cœur et tjs agréable de lire Otaxou

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OtaXou 10 août 2021 - 11 h 47 min

J’avoue que la S1 est assez loin derrière moi pour que je me rappelle des subtilités de son rythme haha
Je pense cependant que c’est moins prononcé. De nos jours les prods ont tendance au contraire à aller trop vite, peut-être qu’ils ont voulu sur la S1 être à l’inverse et se sont recalibrés ensuite ?
Content de voir que tu kiffes autant que moi en tout cas, et merci pour le gentil mot ♥

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