Pourquoi Le Roi Lion est un film réac’ de droite

Cela vous est-il déjà arrivé de vous retrouver dans un avion Delta Airlines entre Atlanta et Nassau, avec 1h30 de vol devant vous et un choix de film pléthorique ? C’est vrai ? C’est vraiment marrant les coïncidences puisqu’à moi aussi cela m’est arrivé pas plus tard qu’il y a quelques semaines ! Dans ces cas-là, je ne sais pas pour vous mais, personnellement, j’ai plutôt tendance à me diriger vers les films d’animation, histoire d’être sûr de trouver rapidement quelque chose de court.

Assez vite, mon doigt s’arrête sur un classique des classiques, Le Roi Lion. Est-ce que ce ne serait pas le bon moment pour me refaire celui que j’ai longtemps considéré comme le meilleur des Disney, dont la cassette vidéo a tellement tourné dans le magnétoscope familial qu’elle est passée plus d’une fois au bord de la syncope. Et puis, cela ressemble à une bonne occasion de se rafraîchir la mémoire, à quelques mois du remake “live”.

Ah, on ne peut pas désactiver les sous-titres ? Qu’à cela ne tienne, comment voir ce film autrement qu’en français, ne serait-ce que pour profiter du doublage magistral du grand et regretté Jean Piat, également voix de Ian McKellen dans Le Seigneur des Anneaux puis la trilogie du Hobbit, et qui incarne ici mon personnage préféré, Scar. Si j’avais su, avant de cliquer sur Play, qu’il allait encore grimper dans mon estime…

L’enfance d’un cheh

Les gros muscles, c’est important.

Il y a clairement quelque chose de casse-gueule à revoir de longues années après les films qui ont bercé notre enfance. Si ce sujet fera plus tard l’objet d’une série de critiques nostalgiques, où le presque adulte s’éclipsera volontiers derrière le gamin pas encore tout à fait disparu, ce n’est pas via ce spectre que j’ai abordé Le Roi Lion. Ou plutôt, le film ne me l’a pas permis.

Le cas s’était déjà produit avec Hercule, revu il y a quelques années alors que je n’en gardais que d’excellents souvenirs. Malgré toute la bonne volonté du monde, je n’ai réussi à y voir rien d’autre qu’une fable masculiniste d’une bêtise sans nom où les femmes sont plus que jamais réduites au rang de trophée ou de potiche à secourir. Même les chansons, dont quelques passages me trottaient encore dans la tête, m’ont soudain semblé insupportables. Au générique final, ne restait qu’un vieil arrière-goût de bile au fond de la gorge, comme au réveil d’une nuit post gueule de bois beaucoup trop courte.

Le ressac ne fut pas aussi violent pour Le Roi Lion, en grande partie parce que je me suis véritablement amusé à essayer de voir au-delà des mignons petits lionceaux, des singes facétieux qui parlent avec la voix de Morgan Freeman, des blagues de prout et des méchants à cicatrice. Est-ce le contexte actuel qui me hérisse peut-être un peu plus le poil que d’habitude dès lors qu’il s’agit de mettre en avant des leaders à tendance despotique qui s’accrochent en dépit du bon sens à un trône qu’ils ont récupéré pour les mauvaises raisons ? Les parallèles sont faciles et ils ne font que commencer.

Faudrait quand même songer à changer le filtre de la ventilation.

Après une scène d’intro musicale qui, soyons honnête, fonctionne toujours aussi bien, même sur un écran 10 pouces, le film nous présente d’emblée celui qu’il considère comme son antagoniste principal, le déjà cité Scar. Frère du roi Mufasa, Scar en est le parfait opposé. Là où le roi est puissant, Scar est frêle et s’amuse à attraper des souris comme le ferait un vulgaire chat. Là où le roi impose le respect par sa prestance, Scar est vil et préfère se sortir des situations compliquées par sa sournoiserie et sa maîtrise de la rhétorique. En clair, là où le roi est mâle, Scar est faible et, à défaut de pouvoir utiliser la force brute, cherche à parvenir à ses fins via des moyens détournés, perfides, presque illégitimes. Tout ce qu’un vrai mâle ne ferait pas.

Présenté comme un jaloux, Scar est surtout un véritable révolutionnaire. Le statu quo, ça l’emmerde. Il en a assez de voir le pouvoir accaparé par ce grand frère dont le seul mérite fut d’être bien né. Heureusement pour lui, il dispose d’un avantage considérable sur les autres : des connexions à l’étranger. Car si le royaume de Mufasa est vaste, il n’est pas infini. Mieux, ce dernier a peur de ce qui se trouve au-delà. Une peur qu’il transmet instantanément à  son jeune fils Simba, pour la première leçon montrée à l’écran : ce qui est en dehors de chez soi est forcément dangereux, triste, désolé et peuplé de gens de peu de foi.

Sans armes, mais hyènes et violence

“Et puis là, elles s’arrêtent, lui font face et lèvent la patte droite. – Calme toi Dédé, ça va finir par se voir.”

La réalité est bien autre. Ces hyènes qui attendent aux portes du royaume sont opprimées depuis toujours, simplement pour ce qu’elles sont. Pire, elles semblent être gouvernées par une femme, noire qui plus est, Shenzi étant incarnée par Whoopi Goldberg en V.O. et sa doubleuse officielle française en VF., Maïk Darah. Alors que le lion naît pour gouverner en toisant la savane du haut de son promontoire rocheux, la hyène est faite pour crever de faim, à la lisière d’un territoire pourtant largement assez grand et riche pour tous. Elles sont le petit peuple, désespérées, prêtes à tout pour soulever le pouvoir en place et obtenir à leur tour ce qu’on leur refuse sans raison. Comme si les migrants s’étaient soudain tous mis à enfiler un gilet jaune. Et cette fois, pas sûr qu’une prime de 1 000 € suffise à calmer leurs ardeurs.

Mais c’est bien connu, le peuple est idiot, incapable de penser par lui-même et s’empresse donc de se ranger derrière un leader forcément tyrannique. Selon la théorie bien connue voulant que les extrêmes se rejoignent, il n’en faut pas plus pour que le charismatique tribun de l’opposition, qui n’en finit plus de monter dans les sondages, soit instantanément comparé à un petit moustachu qui aime bien crier fort et lever un peu trop haut le bras droit. Si la royauté telle qu’est elle te déplaît, tu ne peux qu’être dans le camp du national-socialisme.

Mais la pépite sur le Savane© intervient une fois le renversement effectué. En même temps que s’ouvrent les portes du royaume, c’est toute la caste des privilégiés qui décide de jouer la carte de l’évasion. Se faire becqueter d’accord, mais par le gratin, pas par des pécores. L’équilibre de la chaîne alimentaire s’arrête là où démarre l’ascenseur social. La conséquence est immédiate : la terre se meurt, les rivières s’assèchent, comme si la savane avait soudainement été vidée de ses ressources les plus chères. Pourquoi ? Comment ? Le film ne l’explique pas. De toute façon, le réchauffement climatique, c’est de la faute des pauvres. Mais ne vous inquiétez pas, tout rentre dans l’ordre à la seconde où le descendant du trône légitime refait surface.

Simba zouka

Ce traître de phacochère.

Ce descendant justement, qu’en est-il ? Quelques minutes suffisent à s’en rendre compte : Simba n’est rien d’autre qu’un gamin insupportable, pourri gâté, à la destinée toute tracée : reprendre l’entreprise familiale dont il héritera immanquablement un jour. On vous l’a dit, le lion gouverne, ses sujets obéissent. Mais il y a un mais. Grâce à la magie d’une mise en scène approximative couplée à un montage foireux, il parvient à se convaincre lui-même qu’il est l’auteur du fameux régicide qui fit tant pleurer dans les chaumières. Au moins le film a-t-il le mérite de montrer la mort crûment, comme un drame qui peut arriver à tout moment.

Mais le véritable drame arrive ensuite. Simba est recueilli par deux vieux hippies adeptes du #LundiVert tous les jours de la semaine et qui lui transmettent surtout une chose horrible : ne pas s’en faire et profiter de la vie. Heureusement que Nala se tape toute la traversée du désert pour venir le tirer de cette vie de débauche. Visiblement, quinze lionnes dans la fleur de l’âge — censées être, rappelons-le, les chasseuses de la meute –, ce n’est pas assez pour renverser un tyran qui dort en permanence juste à côté d’elles.

“Tu penses à la même chose que moi ?”

Alors que l’assassinat de son père reste solidement accroché à ses patounes comme une bonne grosse casserole, le lion providentiel doit revenir pour sauver la patrie, alors que plus personne n’attend vraiment son retour. Simba, c’est un peu comme si François Fillon et Nicolas Sarkozy avaient fusionné en un seul corps. Ajoutez à cela une apparition miraculeuse à la Bernadette Soubirous du paternel dans le ciel et il n’en faut pas plus pour faire de lui l’envoyé de Dieu. Christine Boutin likes this, surtout qu’au vu du peu de lions mâles dans la meute, Nala a de bonnes chances d’être une cousine pas si éloignée.

Il ne peut plus échouer et, de fait, il n’échoue pas. Les hyènes se tirent une épine dans la patte en dévorant le seul qui les avait jusque-là sortis de la misère, avant de se faire reconduire à la frontière. On ne voudrait quand même pas prendre le risque qu’elles se rassemblent et s’unissent au sein du royaume. Tout est donc bien qui finit bien : la dynastie est perpétuée, la savane reverdit, lion blanc sur crinière rouge, rien ne bouge. Le cycle éterneeeeeeeeeeel.

Vous pourriez aussi aimer

2 commentaires

Dimitri 16 mars 2019 - 8 h 01 min

Quand on lit ces critiques on se demande si il est bien utile de devenir adulte … je me suis questionnais à un moment si j’étais sur un article de critique de dessin animé ou simplement sur un site d’extreme gauche et j’espère quand même que vous vous rendez compte à quel point ce que vous écrivez s’apparente à la plume d’un démago socialiste, terrorisé des différences et qui cherche partout de quoi pseudo-intellectualisé ce qui reste … un dessin animé. Ne vous en déplaise dans un dessin animé comme dans la nature les plus forts gagnent et sont en avant, et la gazelle et le lion, même après des millions d’années de militantisme, ne prendront jamais leur petit déjeuné en rigolant ensemble… il ne faut pas voir la un racisme du lion hein 🙂

Quoi qu’il en soit vous écrivez très bien, sur la forme, donc ne vous arrêtez pas mais soyez peut-être, ou un peu plus léger et moins marqué “cheveux long/ clope roulée” ou alors faites des critiques sur des sujets plus lourd que des dessin animés

Répondre
Flegmatic 22 mars 2019 - 17 h 55 min

Si cela peut te rassurer (ou pas), je ne compte pas m’arrêter d’écrire de sitôt, mais merci quand même pour la petite tape sur l’épaule. J’écris sur ce que je vois, sur ce qui me passe par la tête, en essayant si possible d’attaquer mon sujet sous un angle original et pertinent. Quoi qu’il en soit, à aucun moment (du moins je l’espère) cela ne relève d’une quelconque posture, et encore moins “cheveux longs/ clope roulée”. À mon grand désespoir, les premiers ne m’ont jamais sis et je me toujours tenu éloigné des secondes.
Pour revenir au sujet, il ne faut pas confondre une certaine réalité, la manière de la représenter et ce que l’on essaie de lui faire dire. Si la nature a ses règles, je ne suis pas convaincu que notre monde doive être régi par la loi du plus fort. Cet article n’est que mon petit combat à moi, aussi futile soit-il. Je ne garantis pas que les prochains traiteront “plus légèrement” de “sujets plus lourds” mais je serai content d’avoir ton avis sur la question 😉

Répondre

Laisser un commentaire