March comes in like a lion : que la famille

par OtaXou

Entre Erased, A Place Further than the Universe et Bunny Girl Senpai, commencez-vous à comprendre où je vous emmène au travers de mes chroniques animés ? Je plains le pauvre hère qui sera tombé sur cette catégorie en attendant de découvrir un digne successeur à Naruto ou le prochain One Piece.

Une nouvelle fois, je prends le parti de faire plein cap vers ce que d’aucuns appelleraient les feels. Et pour cela, bien que les shonen n’en soient pas dépourvus, retour sur un autre seinen dont la saison 2 est apparue depuis peu sur Netflix : March comes in like a lion, ou 3-gatsu no lion pour les vrais.

Du cul, de la violence et… de la solitude

Sangatsu no Lion est à l’origine un manga dessiné et scénarisé par Umino Chica, que vous connaissez peut-être comme étant l’auteure de Honey and Clover. Si vous ne connaissez pas son manga précédent, son style très particulier (sur lequel je reviendrai bien sûr) vous a peut-être tout de même mis la puce à l’oreille, et c’est normal : elle est également l’illustratrice d’un de mes animés préférés, Eden of the East (ou Higashi no Eden).

Le manga a été prépublié mi-2017 dans le magazine Young Animals, qui a la particularité d’être un bi-mensuel intégrant autant des mangas que des photos coquines. Vous l’aurez donc probablement compris, il vise un public définitivement adulte. On le connaît particulièrement pour la publication d’un certain Berserk, grand classique du seinen violent, Detroit Metal City, l’outrancière comédie se déroulant dans le monde du métal, ou encore Step-Up Love Story, le manga mi-érotique mi-éducatif sur le sexe. Voilà qui pose les bases des thématiques abordées par le magazine.

Pour autant, March comes in like a lion n’a absolument rien de violent, est loin d’être vulgaire, et n’est pas coquin pour un sou. Le manga suit la vie de Kiriyama Rei, orphelin suite à un accident ayant pris la vie de ses parents et de sa sœur, qui a grandi ostracisé par sa famille d’accueil, et vit aujourd’hui seul grâce aux gains recueillis en tant que joueur professionnel de shōgi (un jeu de réflexion japonais se rapprochant des échecs), dans la plus profonde des solitudes. Et tout cela à seulement 17 ans bien sûr.

L’adaptation en animé a été récupérée par le studio Shaft, qui l’a confié au réalisateur Shinbō Akiyuki. L’homme est inséparable du studio lui-même, puisqu’il est le chapoteur de ses plus grandes séries à succès comme Monogatari, Nisekoi ou encore Madoka Magica. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un petit projet pour le géant de l’animation, quand bien même ce n’est que la deuxième œuvre de la mangaka. La confiance est totale.

L’émotion décortiquée

Umino Chica a un univers graphique bien à elle, qui se démarque avant tout par l’expressivité de ses personnages. De grands yeux ronds, de larges sourires, des pommettes rougissantes et des étoiles dans les pupilles nous permettent de vraiment voir tout un panel de sentiments variés au sein des personnages qu’elle met en situation. Son trait si particulier, qui au premier abord pourrait faire penser aux stéréotypes des mangas shojos, lui permet une subtilité dans la galerie d’émission des personnages qui est assez rare dans le manga traditionnel.

Ici, les émotions ne sont pas amplifiées pour en maximiser l’impact : elles sont décortiquées. Les yeux se ferment à demi, les sourcils s’arc-boutent largement, le sourire a cette petite note sucrée dans ses coins et on lit alors la satiété, la détente et le repos. Puis les sourcils se froncent, les yeux s’animent de lueurs enflammées, la bouche se rapetisse, et l’on peut voir une légère colère poindre, sans même que le dialogue ne le souligne nécessairement : il n’en a tout simplement pas besoin.

L’artiste y saupoudre un second style plus arrondi, moins précis mais plus avenant encore, qui rappelle les histoires en quatre cases (ou 4-koma) des magazines japonais. À cette expressivité naturelle du style de la mangaka, Shaft ajoute sa touche si particulière. Quand certains studios savent jouer avec le contemplatif, le studio japonais y ajoute de la poésie. Elle s’exprimera par un rythme parfaitement maîtrisée, un décor subtilement animé, une douce bande son posée au bon moment, ou un monologue lentement amené, mais le fait est que ce style sera reconnaissable entre mille.

Sur March comes in like a lion, le studio y ajoute des interludes profitant du style si particulier de Umino Chica. Plutôt que de constamment rester dans le lissage habituel de l’animation, Shaft va poser çà et là des moments au style tiré directement du manga. Ainsi, on retrouve souvent les traits plus fins, mais parfois bruts, qui composent les illustrations originales, avec des couleurs très pastel. Et tout à coup : le noir et blanc, la violence de ces grands aplats sombres que les stries de lumières percent pour former l’image.

Il y a dans cette direction artistique, adoptée par Shaft pour l’adaptation de March comes in like a lion, quelque chose de doux et amer à la fois. La majeure partie du temps, elle fait l’effet d’un après-midi dominical en plein hiver, entouré de sa famille autour d’un feu de bois, baigné dans un amour inconditionnel. Quand soudain, un saut dans le vide, la morsure d’une plongée dans de l’eau glacée, l’extinction subite de la lumière. C’est absolument magnifique, excellemment animé, et ça correspond parfaitement avec le scénario de l’œuvre.

Rien ne vaut la vie

Tout cela est mis en place pour suivre la vie quotidienne de Rei, ce jeune garçon de 17 ans subissant depuis sa plus tendre enfance une profonde solitude. Plutôt que de la laisser pesante, il l’a plutôt noyée dans son étude du jeu de shōgi dans lequel il est passé professionnel. L’anime est donc aussi l’occasion de découvrir le monde de ce jeu de réflexion très particulier, véritable institution au Japon où les ligues et les tournois sont ancrés dans la tradition. Nous n’avons pour autant pas affaire à une série sur le shōgi, comme Hikaru no Go pouvait être centré sur la pratique du Go ; ici, c’est avant tout un fil rouge permettant d’approfondir la psyché du personnage principal. Ses règles sont tout de même expliquées par le biais de petits chats très mignons, mais pour être honnête : je n’ai toujours rien compris au jeu, ce qui ne m’empêche pas d’aimer et de comprendre la série.

Le shōgi, donc, souligne surtout la mentalité du héros : solitaire, recentré sur lui-même et réfléchi, il tente toujours d’arpenter le meilleur chemin et d’adopter le meilleur comportement. Si jeune soit-il, il n’est pourtant pas confronté à des situations simples : entre sa relation avec sa demi-sœur lui reprochant de lui avoir volé l’affection de son père, son devoir de réussir ses études tout en subvenant seul à ses besoins et son ambition dans le monde du shōgi, Rei a énormément de pression sur lui.

La solitude et les attentes des autres le pèsent. En cela, l’anime est très introspectif : ses troubles sont très clairement explicités, démêlés, décortiqués. Leur substance est exposée, leur origine dévoilée. Cet aspect n’a pourtant pas un côté inéluctable, presque étouffant (comme peut l’avoir l’excellente série Your Lie In April, pour les connaisseurs) : il s’agit avant tout d’une réflexion, teintée bien souvent de tristesse, mais qui appelle surtout une saine compassion.

Ça, on le doit sans l’ombre d’un doute à la galerie de personnages entourant Rei, la famille Kawamoto en tête. Composée de trois sœurs et d’un grand père haut en couleurs, elle est la lumière contrebalançant la noirceur de Rei. Malgré la tragédie les ayant elles aussi frappées, elles continuent de trouver la joie dans les petits instants de vie.

La grande sœur Akari, devenue figure maternelle de ses deux petites sœurs en l’absence de parents, s’est prise de compassion pour le joueur de shōgi au point d’en faire un membre important de la famille qu’elle aime et aide envers et contre tout. Hinata, de la même génération que Rei, a la douceur de ses proches en elle, mais est la plus spontanée et créative de tous. Et quant à Momo, la plus petite, elle est tout simplement… choupi. Juste adorable, et c’est tout ce qu’on lui demande.

Ce ne sont pas les seuls personnages intéressants que développe March comes in like a lion. Mieux, ils ont tous un point commun : ils sont multidimensionnels. C’est à leur contact que Rei évolue, le développement de sa psyché nous étant présenté par le biais de la rigueur du shōgi et de la poésie ambiante de son histoire, tantôt joyeuse, tantôt triste, mais toujours profonde, d’une grande sensibilité, et intimement liée à ces relations. Tous ont un passif, des raisons justifiants leurs actions et une logique de vie que l’on peut réprouver, mais qui a bien souvent un sens malgré tout. Même les plus détestables au premier abord pourront finir par vous étonner.

Mais, par dessus tout, March comes in like a lion est le conte de personnes auxquelles il manque quelque chose, ou qui se sentent absconses, et trouvent petit à petit leur but dans la vie, un monde auquel elles veulent prendre part, et un entourage qu’elles pourront appeler une famille. C’est mignon comme tout, touchant, et superbement réalisé.

March comes in like a lion est disponible en streaming sur Wakanim et sur Netflix.

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2 commentaires

TouMini 14 mai 2019 - 23 h 37 min

Je vois très bien ou tu nous emmène et c’est pas pour me déplaire.
J’ai été très surpris de le voir sur Netflix qui ont très peut d’animé non shonen.
Merci d’avoir insisté sur les graphismes, qui peut en rebuter plus d’un au premier regard,
mais qui sont la force de l’animé. C’est un animé ou juste avec leurs expressions tu peux passer du rire, au larme et être gaga de Momo.

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OtaXou 15 mai 2019 - 13 h 52 min

Je veux protéger Momo toute ma vie haha

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