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CAIRN : Rendez-vous au sommet

Mon p'tit Piton, Sacrée Grimpe

par Sinethic 23 mars 2026
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"Ce studio montpelliérain créé par des anciens employés d'Ubisoft nous propose une expédition tout à fait stupéfiante"… Déjà-vu, oui, sauf qu'il ne s'agit pas de Sandfall Interactives et plutôt du retour de The Game Bakers. Après nous avoir proposé le nerveux Furi en 2016 et l’onirique Haven en 2020, c’est sur un tout autre terrain, vertical cette fois-ci, qu’ils décident de nous emmener avec leur nouveau titre, CAIRN.

These feet are made for climbing

Cairn, désigné comme un “survival climber” par ses créateurs, se présente au premier abord comme un jeu d’escalade. Il met en avant des mécaniques centrées sur l’endurance et la technique nécessaires à une ascension au-dessus des nuages, parsemé ça et là de notions de survie. Nous y incarnons Aava, une alpiniste chevronnée, venue tenter l’ascension du majestueux Mont Kami. Colosse parmi ses pairs, point culminant à l’horizon et objectif suprême à atteindre pour chaque grimpeur en quête de gloire.

Si quelqu’un est bien placé pour se mesurer à Kami c’est en effet Aava. On comprend rapidement qu’elle jouit d’une certaine réputation parmi ses confrères, sponsorisée pour son projet d’atteindre ce nouveau sommet. Mais notre héroïne a beau être une sommité, ce n’est pas exactement une figure qui se prête aux projecteurs. Taciturne, obstinée, son périple ressemble davantage à une fuite en avant. Une tentative désespérée de chercher des réponses et de refuser de se retourner. Elle bouillonne d’une rage interne, son impulsivité et ses coups de sang laissant présager du volcan qui dort en elle.

Cairn aborde habilement les motivations de sa protagoniste. Préférant les courts messages, les discussions succinctes et les silences pour laisser au joueur l'occasion de s'y plonger de lui-même. Un minimalisme en accord avec la figure même d'Aava qui renforce notre attachement et surtout notre empathie envers cette dernière. Si elle n'est pas du genre loquace, c'est qu'elle a ses raisons. Si elle garde tant d'émotions en son for, c'est qu'il faut prendre le temps d'écouter.

The Hardest Thing

Si cette écriture savamment amenée des protagonistes fonctionne si bien et se fond si harmonieusement au style graphique adopté, c’est notamment grâce à la collaboration de Game Bakers avec un auteur de bande dessinée de renom : Mathieu Bablet. Auteur éminemment reconnu pour ses œuvres de science-fiction telles que Shangri-La, Carbone & Silicium et Silent Jenny où il aborde avec intelligence des thèmes tels que le transhumanisme, la conscience humaine ou encore les questions écologiques d’aujourd’hui et de demain.

Ces réflexions restent sous-jacentes tout au long de notre aventure dans Cairn. L’histoire se déroule dans un futur qui semble proche mais pourtant marqué par des différences notables. Nous serons par ailleurs accompagnés tout au long de notre aventure d’un petit robot d’assistance à l’alpinisme. Sidekick multifonction qui se chargera de récupérer nos pitons et d’en réparer certains, compostera nos déchets pour en faire de la magnésie et écoutera silencieusement nos accès de rage. Son modèle obsolète apparaît comme inadapté au regard des autres et de ce fait, il est idéal pour Aava.

La proposition de Cairn se démarque par plusieurs aspects et elle résonne pourtant de manière familière. Nous avions déjà vu un auteur de BD française illustrer un jeu de science-fiction, avec les deux excellents Citizen Sleeper mis en image par Guillaume Singelin. Nous avions déjà vu une production française traitant escalade et science-fiction avec Jusant, la proposition colorée de Dontnod. Mais Cairn réussit à toucher quelque chose de bien plus viscéral, notamment parce qu'il ne nous simplifie pas la tâche.

De prime abord dans son gameplay : les déplacements d’Aava semblent dès les premières secondes erratiques et compliqués à prendre en main. Chaque membre décidant quand bon lui semble de faire bande à part en plein milieu d’une ascension, ce pied qui refuse de se placer correctement, ce bras qui ne va jamais chercher la bonne prise… Cairn pourrait vous tomber des mains après plus d’une chute. Et c'est précisément l'objectif recherché.

Le Sommet des Dieux

C’est cette difficulté qui permet à la magie d’opérer. On monte, mû par un trop plein d’assurance, on tremble, on tombe. On se ravise, on apprend à souffler, à prendre le temps de trouver les prises qui épargneront davantage de souffrance à notre héroïne. Cette patience qui s'acquiert tisse une forme de connivence entre le joueur, Aava, et la montagne. Rien n’est pourtant gagné puisque rien ne nous sera épargné.

Après avoir dompté notre propre impatience, il nous reste à découvrir la faune et la flore du Mont Kami, harassé par les intempéries. L’averse qui se déclenche alors que nous entrevoyons enfin notre prochain abri. Si c’est une petite pluie passagère, mieux vaut attendre que cela passe. Cependant, si c’est une tempête qui se prépare, mieux vaut atteindre au plus vite l’emplacement de notre prochain bivouac.

En effet, les emplacements permettant de se reposer sont situés à des endroits bien précis et répartis à des points étape de notre aventure. Sans dresser notre campement, impossible de sauvegarder la partie. De même, bander nos doigts endoloris ou cuisiner une boisson chaude et nourrissante ne se fait qu’à l’abri de notre tente. Chaque expédition est alors préparée avec soin puisque l’on sait que notre prochain repos se fera soit victorieusement au prochain bivouac, soit en revenant piteusement sur nos pas.

Dès qu'on aborde une nouvelle prise, le jeu nous rappelle que 20 minutes nous séparent de notre précédente sauvegarde. C'est avec une attention redoublée qu'il nous faut décider où planter nos précieux pythons, afin de nous accorder un peu de répit et surtout une forme de checkpoint auquel nous nous raccrocherons si nous venions à chuter. Analyser alors chaque détail de la montagne. Éviter les voies trop abruptes, retenir son souffle lorsqu'une paroi ne nous permet pas de nous sécuriser, guetter l'entrée d'une caverne qui pourrait être un vestige troglodyte ou peut être même notre prochain bivouac…  Kami est un dieu taciturne tantôt ami, tantôt ennemi.

Up and Down

Cairn propose ainsi des moments d’harmonie qu'il faut apprendre à chérir. L'arrivée sur un plateau est une délivrance de chaque instant. L'occasion de glaner des ressources, soit par la grâce de dame nature, soit sur les trépassés ayant tenté l'ascension avant nous. Les environnements de Cairn recèlent d'une vie qui fût, de souvenirs laissés ça et là, d'espoirs brisés et de rêves envolés. Ainsi nous accompagnons Aava, spectre parmi les spectres, dans cette immense quiétude.

Cette atmosphère toute particulière est d'ailleurs renforcée par l'hypnotisante bande originale du jeu. Signée Martin Stig Andersen (Limbo, Control), Gildaa et The Toxic Avenger. Ce dernier qui avait déjà travaillé sur Furi aura aussi composé une bande originale intitulée Inframonde pour accompagner Silent Jenny, le dernier ouvrage de Mathieu Bablet. Les mélodies qui se déposent sur Cairn sont de celles qui savent quand s'annoncer et quand laisser parler le silence. Une quarantaine de minutes atmosphériques qui parviennent parfaitement à prendre de la hauteur lorsque c'est nécessaire.

Ajoutez à cela un Mode Photo qui donne envie d'être utilisé et soudain Cairn devient presque méditatif. On oublie de pester sur la difficulté apparente, on l'apprivoise pour réussir à amener Aava jusqu'en haut. Cairn n’est pas un jeu conçu pour enrager son joueur, bien qu’il puisse se présenter comme cela par moments. Au contraire, il nous apprend à profiter de la lenteur. À extérioriser sans exploser. Un message qui s'adresse autant à notre héroïne qu'à nous. On en ressent presque la magnésie sèche sur nos mains qui effritent le granit, la lourdeur de nos pas dans la neige à mesure que l'on monte. On parvient finalement à faire corps avec ce qui nous entoure.

Lâcher prise

Cette ascension se fait en parallèle du crescendo d'émotions que l'on sera amené à ressentir. On savait que cette expédition ne serait pas aisée en observant le flanc du Mont Kami mais nous étions à des lieues de nous douter de ce qui dormait en son sein. Cette façade abrupte qui abrite en réalité un torrent d'émotions. Faire le choix de s'y aventurer, c'est parcourir les écrits des civilisations troglodytes ayant entrevu l'idéal d'une vie "à la verticale", c'est comprendre pourquoi il est si important pour Aava d'arriver au sommet de cette montagne.

Chaque mètre qui nous sépare alors de cette fin se fait plus pesant. Plus essentiel et plus pressant alors que les ressources viennent à manquer, les membres sont endoloris, les doigts en charpie et la morsure du froid nous courbe l'échine. Faire demi-tour a toujours été une option et nombreux sont nos confrères qui auront choisi cette option.

Comme bien souvent, la dernière question est toujours la même : que reste-t-il à la fin ? Le rugissement assourdissant du vent, notre humanité face à l'immensité étoilée, des constellations entières de rêves et de promesses. Nombre de grandes histoires se terminent en haut d'une montagne et Cairn en fait assurément partie.

PCPlayStation
Sinethic

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