Ray Gigant : de bonnes idées pour un jeu trop rigide

Vous ne le saviez pas, mais en coulisse sur le blog c’est une spéciale Dungeon-RPG sur PS Vita qui se préparait dans l’ombre. Après vous avoir testé Severed dès sa sortie, il est temps de vous parler d’un autre jeu du genre : Ray Gigant, dernière production du développeur Experience.

Un développeur déjà bien connu sur la plateforme puisqu’il a signé de nombreuses productions jusqu’alors, notamment Operation Abyss ou Demon Gaze, qui ont rencontré un bon succès sur PS Vita. J’avais testé ce dernier pour sa sortie, mais avait tout bonnement détesté l’expérience : malgré de bonnes mécaniques, un rythme très mal maîtrisé et une surabondance de fan-service nauséabond m’avaient fait quitter le jeu bien vite.

Ray Gigant pourrait pourtant me faire mentir : première production créée en partenariat avec Bandai Namco, et éditée sur nos terres par Acttil, il s’agit encore une fois d’un dungeon RPG mais qui bénéficie toutefois d’un budget bien supérieur à ses dernières productions. Ainsi, il a pu se permettre une réalisation boostée aux hormones. Cela suffira-t-il toutefois à effacer le mauvais arrière-goût que ses anciennes productions m’ont laissé ?

Remarqué mais pas remarquable

L’un des gros arguments de Ray Gigant face aux anciennes productions du développeur est indéniablement son style, puisqu’il rappelle énormément Time and Eternity dans sa réalisation. Il reprend le concept de la caméra épaule derrière les sprites des personnages. Puisque oui, Experience a enfin le budget pour créer des sprites de ses personnages en situation de combat dynamiques, sans se contenter d’afficher les sprites des dialogues par défaut.

Problème étant que ceux-ci ne sont toujours pas assez dynamiques, et se contentent de répéter une animation d’attente basique pendant que les commandes sont réalisées. Par la suite, ce sont les classiques animations “en forme de griffe” qui se chargeront de nous donner un retour sur l’action. C’est également le cas pour les monstres que nous affrontons, qui ont une animation rappelant les poupées à attaches parisiennes que l’on faisait enfin.

C’est là l’un des gros problèmes de Ray Gigant : le manque de retours visuels. Pour toutes les situations épiques qu’il souhaite nous proposer, le principe du jeu reposant sur le fait d’affronter des sortes de Dieux gigantesques sur des terrains immenses, il n’arrive pas à exprimer ce gigantisme dans sa présentation faisant que l’immersion devient difficile.

Allons donc en donjon

Il n’empêche toutefois pas de reconnaître qu’Experience Inc a mis tout son coeur dans cette nouvelle production, lui qui s’est déjà fait remarquer dans le passé par les amateurs de Dungeon RPG. Avec Ray Gigant, il a su enfin rattraper les erreurs de rythme de ses précédents jeux en gérant beaucoup mieux la progression de la difficulté sur son nouveau titre. Celui-ci demande toujours de faire un minimum d’exploration et de level up pour ne pas trop se casser les dents sur ses adversaires, mais il le fait intelligemment en motivant l’exploration par un gain affiché évident.

L’exploration des donjons du jeu reste dans les classiques du genre, proposant une vue à la première personne et des déplacements bloqués sur 4 directions avec quelques pièges par-ci par-là et quelques missions supplémentaires pour pimenter quelque peu l’exploration.

C’est dans les combats que ses différences s’expriment. Celui-ci se joue en groupe, dont chacun des membres possède deux arbres de 3 choix préréglables. Au début de chaque tour, vous devrez ainsi choisir vos actions entre une attaque, une action défensive ou attendre. Ce dernier choix est dû au fait que les actions sont limitées, et consomment une barre de 99 actions devant être rechargée par celle-ci.

Couplé à des adversaires suivant un arbre de 3 éléments et 3 types différents, il faudra donc apprendre à gérer aussi bien ses actions que ses camarades, qui seront tous plus ou moins efficaces sur certains monstres. Le compteur d’action ne se remettant pas à zéro à la fin des combats, le jeu force par ce système à l’exploration puisqu’il sera souvent obligatoire de chercher à refaire un combat facile pour pouvoir recharger ses actions avant un boss.

Une belle variation de gameplay

C’est également une seconde jauge qui motivera à faire le tour des donjons de fond en comble : celle de SBM, pour “Super Beat Mode”, qui vous permet lorsqu’elle est chargée à 50 ou à 100 de lancer une attaque puissante. C’est là où Ray Gigant se permet une petite phase de jeu de rythme, dans laquelle le rythme vous permettra de rentrer des commandes de votre barre d’action qui seront déchaînées en un coup sur votre adversaire. A réserver pour les boss bien sûr, puisque cette jauge subsiste également entre chaque combat.

Mais celle-ci n’est pas pour autant gratuite. Le système de “Parasitism”, une sorte d’infection causée par votre arme, vous forcera souvent à la dépenser avant de pouvoir accéder à ce mode puissant, puisqu’une fois l’infection arrivée à terme ce sera votre vie et non la barre prévue à cet effet qui sera dépensée pour chaque action. Pour s’en échapper, il faudra dépenser 30 SBM. Hélas, ce qui aurait pu être une bonne idée, du fait que cette mécanique force à porter attention à ses barres, se transforme bien vite en un blocus sur le SBM puisque l’équilibre du jeu fait qu’il faudra bien souvent conserver cette barre seulement pour sortir du Parasitism.

Et c’est bien dommage, puisque le Super Beat Mode est la mécanique la plus intéressante du jeu, qui donne un vrai vent de fraîcheur sur un type de jeu très posé et réfléchi. La voir passer au second plan devient donc bien triste. Heureusement, le système de leveling permet lui aussi un certain relâchement puisqu’il est basé sur le loot de cristaux permettant de faire évoluer 3 types de compétences dans un arbre prédéfini et de gagner de nouveaux équipements.

Ray Gigant ne fait donc pas de chichi et est très direct, ce qui est étonnant mais terriblement efficace pour un type de jeu qui est bien souvent austère. C’est toutefois autant une force, puisqu’il va au meilleur directement et provoque donc des sessions de jeu très agréables, qu’une faiblesse…

Bien trop rapide pour son bien

Une faiblesse puisqu’il force à passer sa vie dans des menus et oublie ainsi que les marchands et autres PNJs participent eux aussi à créer l’ambiance d’un titre. Car c’est peut-être là où Ray Gigant déçoit : bien que son histoire soit sympathique, sur fond d’univers post-apocalyptique et de guerres sempiternelles contre des Dieux anciens, elle reste assez prévisible et déjà-vu. Celle-ci n’est pas non plus rattrapée par sa galerie de personnages, qui à bien des égards a dépassé le statut d’archétypes pour devenir des clichés. Ils ne sont pas foncièrement mauvais, mais pas pour autant captivants.

Son plus gros problème est qu’il n’offre pas réellement de temps de pause. Or, c’est souvent là que les jeux japonais offrent le meilleur d’eux-mêmes, dans ces temps libres où ils se permettent de développer leurs histoires secondaires et leurs personnages. Dans Ray Gigant, ces moments d’intimités existent dans la trame principale du jeu, mais semblent posés au milieu de nulle part et manquent ainsi d’impact.

Pourtant, il offre la possibilité de se “balader” quelque peu dans les établissements dans lesquels nous sommes plongés mais cette possibilité est très illusoire : tout ce qui n’est pas utilisé pour une mécanique de jeu ou un moment de l’histoire reste désespérément vide. Une opportunité manquée pour le développeur, même si je soulignerais que celui-ci s’est enfin calmé sur le fanservice et on sent qu’il a souhaité laisser son histoire parler au-dessus de tout.

En somme, Ray Gigant est une expérience qui se vivra en premier lieu pour son gameplay, qui offre à la PS Vita un dungeon RPG très efficace et prenant de par sa rapidité d’exécution. Il réussit parfaitement à donner ce petit goût de “reviens-y” qui est pourtant rarement l’apanage des titres du genre. Reste que les à-côtés n’ont pas été aussi bien traités, faisant qu’il en devient très rigide. Un titre qui s’apprécie et se digère rapidement, pour une expérience satisfaisante mais qui manque d’un peu de magie pour être véritablement attachante.

Ce test a été réalisé via une copie presse fournie par l’éditeur du jeu : aucune règle n’a été imposée sur son traitement, si ce n’est une NDA.

Pensée bonus : comme quoi, ce n’est pas parce qu’une première impression n’est pas bonne qu’il faut tout abandonner ! Après Ray Gigant, je suis sûr qu’Experience Inc est en voie de créer un excellent jeu de bout en bout. Je serais curieux de les voir se lancer sur un Dungeon RPG 3D à la troisième personne.

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1 commentaire

Clara 1 décembre 2016 - 7 h 43 min

Tiens ! Je n’avais jamais entendu parler de ce jeu ! D’ailleurs, je ne connais aucune œuvre de l’agence de développement Experience. Je suis allée me renseigner à ce sujet, car le titre Operation Abyss avait l’air sympa. Mais, je crois que je vais passer mon tour 🙂

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