Persona 5 : les joyaux de la couronne

par OtaXou

Test garanti sans spoiler, bien sûr.

Trois ans. Trois ans que nous l’attendions, trois ans que nous espérions qu’il soit aussi bien qu’on l’imaginait. Trois ans que certains, moi y compris, espéraient voir une sortie mondiale simultanée, preuve d’une certaine confiance dans le produit, et un duel direct mondial contre Final Fantasy XV pour établir le nouveau champions des JRPG.

Tout cela n’a pas eu lieu. Mais il n’empêche qu’en étant aussi accroché que moi par la série Persona, l’attente fut longue. Très longue. Et comme vous le savez très certainement, l’attente n’est pas nécessairement une bonne chose dans le jeu vidéo, particulièrement pour un titre aussi particulier que Persona 5.

Il aurait très bien pu louper le coche, comme beaucoup avant lui. Fort heureusement, après 84 heures de jeu dévorées en une semaine, je peux vous certifier une chose : c’est un grand jeu, à inscrire immédiatement au panthéon des œuvres qui marqueront une génération.

Ce test a été réalisé grâce à la participation de mon compte en banque : aucune règle n’a été imposée par ma banquière, madame Lacueille, une dame très chouette.

Les images d’illustration ont été prises sur le serveur de l’éditeur, la fonction Share étant bloquée.

Persona 5, entre deux barreaux de prison

La situation de Persona 5 est particulière. Annoncé sur une PS3 en fin de vie, la PS4 dévoilée peu de temps après, le dernier titre d’Atlus a eu le droit à une conversion relativement rapide entre ces deux plateformes. Bien qu’on le retiendra très certainement comme un jeu PS4 en Occident, Persona 5 a tout d’un jeu PS3 lissé.

Impossible donc de ne pas remarquer quelques défauts çà et là, particulièrement alors que cela fait bien 3 ans que nous profitons de la nouvelle architecture de Sony. Les animations de certaines scènes sont quelque peu rigides, les modèles 3D des personnages sont très lisses et relativement peu expressifs, et le tout donne parfois l’impression d’être à quelques retouches près totalement adaptable sur PS Vita.

Persona 5 fait énormément penser à Catherine, à dire vrai. Bien qu’il n’en partage pas le moteur, on sent que l’expérience de la team Persona sur l’excellent jeu de puzzle a très vite été transvasée sur ce dernier épisode de sa série phare. Sous certains angles, notre héros a des allures de Vincent prépubère. Et s’il s’agissait finalement d’une préquelle ?

C’est avant tout une histoire de charisme

Blague à part, cela ne veut pas pour autant dire que le titre ne sait pas mettre une claque bien sentie aux pécheurs n’ayant pas goûté à la licence. Et ça, il le fait de la meilleure manière qui soit : par son charisme. On peut évidemment parler de ses character et monster designs, toujours aussi excellents et qui en imposent toujours autant. Mais c’était quelque part attendu, évident même lorsque l’on connaît le bestiaire déjà bien fourni des Shin Megami Tensei.

Là où le jeu en impose, c’est dans sa présentation. Ce n’est pas pour rien si tous crient au génie, et peu soulignent à quel point le jeu est “techniquement daté” : dès le menu du jeu, sur lequel l’ombre d’un métro lancé à pleine vitesse laisse apparaître un quai, puis les divers protagonistes dans de grands aplats de couleurs vives, vous savez que vous avez affaire à une oeuvre spéciale.

Et elle le prouve tout le long de l’expérience. C’est aussi ironique que parfaitement logique : les menus du jeu sont les meilleurs menus que j’ai pu voir sur n’importe quel titre, donnant le ton de l’expérience. Et le fait que ceux-ci soient aussi soignés paraît être une évidence après coup. Persona 5 est un JRPG, un genre de jeu dans lequel nous faisons typiquement très souvent des allers-retours constants dans ces fenêtres de navigation.

La Team Persona a donc eu l’idée de génie de leur donner une vie propre, et tout tombe alors sous le sens. Cette attention aux détails ne va pas pour autant ternir votre navigation, elle aussi optimisée. Mais si l’industrie est attentive et recherche vraiment la qualité plutôt que la facilité, il y aura forcément un avant et un après Persona 5, qui prouve aux yeux de tous à quel point tout participe à l’expérience.

Des nouveaux Persona créés pour l’occasion, aux nouveaux ennemis affrontés, en passant par la mascotte du jeu, rien n’est laissé pour compte. Le nombre de polygones et l’anti-aliasing n’ont jamais tout fait : la direction artistique prime. Et en ces termes, on peut véritablement considérer l’équipe de développement comme des artistes modernes, modelant les lignes de codes et les textures pour nous peindre une expérience visuelle délirante.

Un vingtième anniversaire fêté comme il se doit

La sortie de ce dernier épisode fête les 20 ans de la série au Japon, comme le rappelle très justement son écran titre. Ce à quoi je ne m’attendais absolument pas, c’est que le jeu reflète cet anniversaire dans son gameplay.

Evidemment, la sortie de Persona 5 a fait naître énormément d’attente. La qualité des précédents épisodes en a fait autant sa gloire que son plus grand malheur : passer après des œuvres considérées comme majeures du JRPG met un poids énorme sur les développeurs, qui doivent réussir à respecter leur série tout en apportant du neuf.

Et pour renouveler quelque peu la formule, le titre a fait le choix de nous donner une sorte de medley de ce qu’il a pu offrir de mieux tout au long de son histoire. On voit Persona 2 dans le dialogue possible avec les Shadows pour les acquérir, on aperçoit Persona 3 dans la façon qu’a le jeu d’offrir un large donjon dont les parties se débloquent au fil du temps, et on reprend facilement le rythme du jeu sorti de Persona 4, où les relations avec nos partenaires de combat améliorent la cohérence de l’équipe.

Plus accessible et plus profond à la fois

A cela se rajoutent tout de même des mécaniques bien senties, qui viennent corriger le peu de défauts que la formule avait auparavant. Le Baton Pass, par exemple, permet de changer d’attaquant lorsque l’on touche la faiblesse d’un Shadow. Cette mécanique évite le problème des précédents jeux, qui donnaient trop l’ascendant au protagoniste et vidaient donc très vite sa barre de SP en exploration, tout en offrant un nouveau rythme aux combats puisque nos partenaires gagnent en attaque lors d’un Baton Pass.

Les attaques au pistolet remplacent également le deuxième type d’attaque physique, qui pouvait être difficile à différencier dans les épisodes précédents. Une touche dédiée permet de sélectionner automatiquement le sort étant la faiblesse d’un monstre déjà analysé, mais ne remplace heureusement pas le tableau des faiblesses toujours accessible.

Les combats ne sont pas les seuls à avoir connu du raffinement. En premier lieu, c’est l’aspect exploration du jeu qui a connu une belle amélioration. Les Phantom Thiefs aidant, Persona 5 a intégré un système de couverture à son exploration pour lui donner un peu plus de saveur. Tout en restant très rigide, le système s’intègre parfaitement à l’ambiance du titre et son style visuel.

Mais surtout, l’exploration des donjons intègre beaucoup plus de puzzles pour leur donner une personnalité dans le gameplay, en prime bien évidemment de leurs habillages toujours plus travaillés, et beaucoup plus de verticalité en les arpentant. Le jeu hérite tout de même de ses inspirations visual novel, toute cette liberté s’exprime donc par une simple pression sur un bouton devant un trigger, mais cette modification donne une dimension supplémentaire bienvenue au level design.

Persona 5 démarre fort et n’arrête jamais

L’exploration devient ainsi beaucoup plus rythmée, et cette envie que l’on ressent des développeurs s’exprime aussi dans le scénario du titre. Persona 3 mettait bien 20 heures à véritablement démarrer. Persona 4 a resserré tout cela, et ne mettait qu’une dizaine d’heures avant d’enfin titiller la curiosité du joueur. Persona 5 ? Les trois premières heures du jeu vous donneront déjà envie d’aller claquer un Shadow, et le titre ne relâchera jamais son emprise.

Ce qui choque, en bien, est que la team Atlus n’a pas eu le temps de niaiser : des sujets adultes et sensibles sont abordés dès les premières heures, des drames personnels touchants parsèment aussi bien la trame principale que les Social Links, et le tout peut paraître très noir. À ceci près que l’écriture du jeu et l’enchaînement de ses événements arrivent tout de même à garder une certaine notion d’espoir lui permettant de ne pas sombrer dans le malsain. Un espoir parfois niais, mais jamais naïf, qui résonne parfaitement avec le cadre lycéen qu’il porte depuis toujours.

J’aurais aimé toutefois quelques instants plus joyeux, à l’image des précédents voyages scolaires de la saga. Si le rythme donne envie d’aller au bout de la mission menée par les Phantom Thieves, sans perdre des yeux leur but, ces instants personnels permettaient de mieux comprendre les motivations de notre équipe. Ici, ces motivations sont intégrées au fil de l’histoire, et dans les diverses sorties possibles, mais les points positifs des personnages ressortent beaucoup plus difficilement.

Cela ne m’a bien sûr pas empêché de m’attacher à ses personnages, voire même d’être à deux doigts d’une petite larmichette à certains endroits du jeu. Je ne soulève pas cette question comme un défaut, mais bien plus comme une différence renforçant l’intérêt de Persona 5 dans la chronologie globale de la série : le jeu arrive à être différent de ses pairs par ces détails, à peine dissimulables, mais qui font qu’on ne ressent pas de lassitude face à sa formule.

Un projet difficile, mais réussi

Tout ce que je veux souligner dans ce test est simple à comprendre, mais difficile à pointer du doigt : le jeu a réussi son pari. Dans sa position, il se devait aussi bien d’être novateur que de garder les racines qui ont fait la saveur d’une série ayant atteint son cinquième épisode, elle-même spin-off d’une série plus importante encore.

Et Persona 5 a réussi, c’est indéniable. Son gameplay intègre des leçons tirées sur des dizaines d’années, et arrive à offrir une cohérence à un mélange détonnant de mécaniques. Son scénario a su garder la fraîcheur de la licence, tout en lui donnant une dureté bienvenue dans la série et un rythme nécessaire en 2017. Et les talents composant l’équipe de développement se sont tous, de toute évidence, fait plaisir pour créer un des jeux les plus frais de ces dix dernières années. Le pire étant qu’il arrive aussi à être un exemple, sur certains aspects, pour les développeurs occidentaux qu’on a trop souvent porté aux nues sur la génération PS360 au détriment des talents nippons.

Tous, je dis bien tous, devraient regarder l’attention portée aux détails de Persona 5, particulièrement de ses menus. Tous devraient prendre inspiration du travail de Shoji Meguro, principal compositeur du jeu, qui prouve encore une fois à quel point une bande originale peut élever un titre, et comment elle peut mélanger les genres sans perdre en cohérence.

Mais parmi tout, c’est un trait particulier que je retiendrai de Persona 5 : il a réussi à ne pas être nécessairement le meilleur titre de la série. Si son gameplay est bien sûr le meilleur, il parvient à garder un des traits les plus importants de Persona : chaque épisode est assez différent et en même temps semblable pour que l’on comprenne le lien entre chacun d’entre eux, mais qu’il est très difficile de déterminer sa préférence.

Chaque titre est une pierre précieuse particulière d’un ensemble, et Persona 5 rejoint ce panthéon magistral comme le dernier joyau d’une couronne.

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