Conan le Barbare : sous l’épée, le sage

Il y a presque 40 ans, un colosse autrichien quasiment inconnu enfilait le pagne du plus célèbre barbare de la pop culture. Conan le Barbare débarque sur les écrans en 1982 sous la direction de John Milius. Nanar kitsch et bas du front pour certains, fable guerrière épaisse et initiatique pour d’autres, le film se pose comme un incontournable de la fantasy au cinéma et révèle un Arnold Schwarzenegger pas encore gouverneur, et même pas vraiment acteur, mais qui imprègne la rétine de toute une génération. Cheveux au vent et muscles saillants ; et s’il y avait autre chose derrière la figure de Conan ?

Vous avez dit barbare ? Comme c’est barbare…

Conan a 90 ans. Pardon ? Oui oui, Conan a 90 ans : le personnage est né dans les années 30 sous la plume de Robert E. Howard, un romancier américain d’à peine 26 ans. Conan le Barbare — ou le Cimmérien, nom issu de la contrée d’où viendrait le personnage — est un héros crépusculaire vivant dans un passé mythique datant du temps d’avant le temps. Il vit des aventures sombres et terribles dans un monde proto-historique appelé l’Âge Hyborien, un âge antédiluvien qui se situerait entre la submersion de l’Atlantide et les premières civilisations de notre monde : Sumer, l’Égypte…

Le Conan imaginé par Frank Frazetta

À peine quatre ans après la création de son personnage, Howard se suicide. Ses textes, publiés initialement dans la revue Weird Tales où écrit aussi un certain H.P. Lovecraft tombent peu à peu dans l’oubli. Il faut attendre bien des années pour qu’un duo d’écrivains, Lyon Sprague de Camp et Lin Carter, ne récupèrent les écrits de Howard et se déclarent co-auteurs ‘posthumes’ des aventures de Conan. Sous leur impulsion prolifique, le héros tourmenté devient un colosse aux muscles hypertrophiés entouré d’amazones peu vêtues et aux mœurs légères. Sans plus tenir compte des notes ou de la chronologie laissées par Howard, Conan (l’œuvre) perd autant de matière grise et de logique que de profondeur et la fresque sombre qui a participé à créer le genre Heroic Fantasy s’efface derrière les jupes en peau de bêtes et les muscles huilés caricaturaux des récits pulp en vogue dans les 60’s.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour retrouver l’œuvre originale de Howard grâce à des éditeurs soucieux de rendre ses lettres de noblesse au héros en se débarrassant des ajouts et réécritures, mais le mal est fait. Dans l’imaginaire collectif, Conan est un gros bourrin musculeux qui résout ses problèmes à grands renforts de bourre-pif. À l’origine, les romans véhiculent une atmosphère poisseuse, onirique, tourmentée. La saga prend vie dans un monde à peine sorti de la préhistoire et porte une philosophie guerrière, crasseuse qui transcende une forme d’érotisme sauvage.

Dans des paysages hors du temps, le héros sort des ténèbres et incarne le début de la civilisation. Cette imagerie sera magnifiée par le talent de l’illustrateur Frank Frazetta qui scelle à jamais le look du Cimmérien. Une apparence de héros mythologique peint dans des décors grandioses et immémoriaux. Dix ans plus tard, à l’aube des 70’s, le scénariste Roy Thomas reprendra ces codes pour raconter en comics les nouvelles aventures du guerrier, et ses collaborateurs Barry Windsor Smith, puis surtout John Buscema, puiseront dans ce terreau la matière à fixer le mythe. Contre toute attente, c’est ce héros là et pas son alter ego de pacotille que John Milius fixera sur la pellicule. Même si pour cela il faut s’éloigner des écrits d’Howard…

Barbare, le roi des effets lents

Adapter Conan au cinéma fut un projet longtemps imaginé mais il a fallu attendre le début des années 80 pour qu’un premier film voie le jour. À l’origine, un certain Oliver Stone signe un scénario grandiloquent qui catapulte son héros dans un futur apocalyptique où la civilisation ce serait écroulée sur elle-même. Notez que ce pitch et le look du Death Dealer de Frazetta combinés me laissent penser qu’un certain Tetsuo Hara n’a pas été chercher bien loin les bases de son Ken le Survivant

Devant le budget pharaonique nécessaire, le producteur Edward R. Pressman prend peur et revend les droits à Dino De Laurentiis, magna italien habitué aux super-productions qui a profondément marqué de son empreinte le cinéma des Trente Glorieuses, produisant tout à tour La Strada de Fellini, Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack ou s’illustrant comme le grand manitou des pulps de l’époque, du Barbarella de Roger Vadim au Flash Gordon de Mike Hodges jusqu’aux fulgurances pop des 80’s avec le Dune de David Lynch, Dead Zone de Cronenberg ou Evil Dead 3 de Sam Raimi.

On reste en 1982 avec un budget limité.

De Laurentiis n’aura alors de cesse de réduire les coûts, forçant même son réalisateur à tourner en Espagne, dans les mêmes paysages désertiques que les westerns spaghettis des 60’s et dans des décors inachevés, pourtant signés Ron Cobb (la Delorean de Retour vers le Futur, le Nostromo de Alien ou les extra-terrestres de Star Wars, les décors de Abyss ou Total Recall c’est lui !). De ces obligations, Milius en fera sa force. Plutôt que de montrer de grosses constructions en stuc, l’univers du film transpirera le vécu, l’authentique. Les temples seront en ruines justement parce que le monde dépeint doit attester d’une filiation de centaines d’années d’existence. Une logique absolue de recherche d’authenticité que reprendra Peter Jackson vingt ans plus tard dans son Seigneur des Anneaux, à l’opposé du pimpant et propret Narnia sorti en 2005 par exemple. Pour faire du crédible, il faut faire vrai.

Gimme Shelter

Pour saisir toute la portée du Conan le Barbare de John Milius, il faut s’intéresser à son réalisateur. Personnage complexe à la fois radical et total, Milius aime se qualifier “d’anarchiste zen”, et se présente comme un “défenseur des valeurs traditionnelles” ou un “romantique révolutionnaire” comme il le confiait à IGN en 2012. Derrière sa fascination pour les armes anciennes, les armes à feu et pour la guerre au sens primaire, se cache un scénariste et réalisateur qui saura se hisser dans le giron du Nouvel Hollywood, signant par exemple les scénarii d’Apocalypse Now ou de Jeremiah Johnson. Auteur ambivalent, il aime casser le manichéisme et narre volontiers des héros solitaires qui construisent leurs histoires autour d’une morale très personnelle. Réformé dans les années 60 alors qu’il se destinait à une carrière militaire, il se passionne pour la guerre du Vietnam et les civilisations antiques ou les grands conquérants et figures révolutionnaires. Son traitement de la politique romaine et du personnage de Jules César trouveront d’ailleurs une résonance chez HBO en 2005 à travers la série Rome qu’il co-écrit et produit.

Milius est un cinéaste ambigu qui lie intimement ses héros aux décors qu’il les fait traverser et les restrictions de budget de Dino de Laurentiis vont le forcer à sortir la moelle même de son Conan. Ses propres obsessions vont le poursuivre jusque dans les bottes du Cimmérien sur lequel il va s’investir corps et âme, livrant une copie épaisse et suintante. Fan d’Howard et de son œuvre ainsi que des illustrations de Frazetta, Milius va puiser là une vision qui fait écho à ses propres démons et accouchera d’un film atypique et sombre à des années lumières des serials en vogue à la fin des années 70.

Son souci du réalisme ira même jusqu’à faire subir aux acteurs et aux équipes des entraînements spartiates avec des armes émoussées mais forgées en acier, lourdes et contondantes. Chaque acteur et actrice effectue ses propres cascades et les bleus et blessures deviennent des tremplins sous sa direction. Conan est ainsi un film immensément physique, incarné plus que joué, comme si l’univers guerrier du film débordait sur la pellicule par-delà le temps. Contre toute attente, en se réappropriant les écrits de Howard avec l’ambivalence qu’on lui connaît, Milius prend à revers les thèses les plus délicates de l’auteur et tord leur dimension idéologique sur l’inné en y rajoutant des ingrédients symboliques hérités des épopées antiques.

Faux semblants

Avec un tel réalisateur et un héros aussi brut et loin de toute morale ou attache sociale, on pourrait s’attendre à découvrir un film presque fascisant. Là réside la grande force du film de Milius. En faisant le choix de ne pas suivre à la lettre les aventures du guerrier mais en préférant garder uniquement son imagerie authentique, il fait un travail d’adaptation incroyable. Son film transpirera Conan, son film aura la gueule de Conan mais son film sera plus personnel et racontera une histoire inédite, piochant çà et là de bonnes idées dans le matériau d’origine. C’est la principale critique que les fans de la première heure ont faite au film. Et pourtant. Ce choix est judicieux. Conan est là, il respire sur la pellicule, mais son scénario ne suit aucune histoire originale. Au déterminisme de Howard, Milius répond par une quête initiatique. Il a à cœur de rehausser sa copie pour en faire quelque chose de fort, d’unique, même si la personnalité des deux créateurs se reflète dans le film. Leur fascination pour la violence, l’individualisme et la domination des forts sur les faibles empêchent le film de s’inscrire dans la fable mythologique totale. Conan ne se bat pas pour améliorer le monde ou défendre les faibles. Conan se bat pour Conan.

C’est sur cette logique que débute le film, comme en atteste la citation de Nietzsche tirée du Crépuscule des Idoles qui apparaît à l’écran : “Ce qui ne te tue pas te rend plus fort”. Tandis qu’un thème guerrier, fort de percussions et de trompes de cuivre retentit, on entend un dialogue, déclamé par un conteur : “Que souhaites-tu Conan ? – Écraser mes ennemis, les voir menés jusqu’à moi et entendre les lamentations de leurs femmes”. Attribuée à Gengis Khan, cette ouverture a de quoi faire froid dans le dos. Mais le film n’aura de cesse de répondre à ses assertions en prenant le contre-pied total de cette pensée. Conan ne sera pas seul. Femmes et amis, qu’importe leurs origines, feront front commun. Le film est un récit de vengeance, mais surtout de recherche de soi. Entre ce postulat terrible et la fin du film, c’est tout le chemin intérieur et symbolique du héros qui resplendit. L’orphelin devenu esclave. L’esclave devenu gladiateur. Le gladiateur devenu sauvage. Le sauvage devenu voleur. Le voleur devenu mercenaire. Le mercenaire devenu sage. Le sage devenu roi.

La roue du temps

Le film débute son récit sur un village enneigé de Cimmérie. Conan, enfant, y reçoit la leçon de philosophie guerrière de son père. Il faut sculpter son corps et son esprit à l’image du fer, en symbiose avec lui. Sur ces entrefaites, une horde de pillards tout de noir vêtus saccage le village. Notez que cette Wild Hunt d’avant l’heure a vraisemblablement plu à Andrzej Sapkowski, lorsqu’il mettait sur papier les bases de son Witcher. Le groupe arbore un emblème sacré : une sorte de serpent à deux têtes entrelacées. Conan voit son père mis à mort. Ce dernier gît sur le sol immaculé tandis qu’une flaque rouge se répand dans la neige. Le jeune homme et sa mère font partie des rares survivants. Une silhouette sinistre s’avance et se démasque.

James Earl Jones, la voix de Dark Vador. “J’ai tué ton père” pourrait-on presque l’entendre dire. Mais ici, cette fois, pas un mot. Conan n’est pas un film bavard. Sous la perruque à franges un peu cheap et datée, un regard. Farouche. Sauvage. Mais aussi triste et absent. Dérangeant. Un de ces regards en coin qui vous noue les tripes. Aucune promesse de pitié. Seule une sentence désincarnée. Détachée. De sang froid. L’œil vide de Thulsa Doom, le mage guerrier. Une rotation du corps au regard appuyé. Une tête qui vole. Conan est fait esclave. Avec ses semblables, il est enchaîné, condamné à vie à pousser une roue imposante. Allégorie. La caméra suit cet enfant chétif qui pousse son malheur. Tandis que tous tombent un à un, lui seul à la fin est toujours debout. Malgré les années. En un mouvement de caméra, l’orphelin abattu courbe l’échine. Puis relève la tête. Ellipse. Le film a commencé depuis plus de 20 minutes et le visage de Tonton Arnold apparaît enfin.

Avec ses perruques approximatives et ses muscles de Mister Univers encore bien huilés, Arnold Schwarzenegger est Conan. Si son jeu est encore plus que balbutiant, on ne peut lui enlever une énergie et une conviction certaine. Bariolé de peintures de guerre ou engoncé dans diverses protections de cuir, rien ne sied mieux à Conan que son look éternel : torse nu et les cheveux au vent. Schwarzy est né pour le rôle.

Qui sont ses serpents qui sifflent sur nos têtes ?

Du monde d’Howard, Milius décide d’écarter le trop fantastique, les monstres, la magie… Il ne garde que le viscéral. Le sordide et le mythologique. Oubliez les combats contre les nuées d’hommes lézards. Le seul auquel vous aurez affaire est le dernier de son espèce. Il a compris que par la force de l’acier il ne pourra pas s’imposer, et préfère s’insinuer sournoisement dans l’esprit des peuples. Par magie ? Non. C’est en choisissant l’endoctrinement religieux et la peur qu’il a décidé de poursuivre sa conquête. Thulsa Doom est un conquérant d’un genre nouveau qui a troqué l’épée pour la toge du gourou orgiaque. Et son influence sordide et poisseuse pervertit même l’espoir des sociétés embryonnaires de ces temps reculés et met les rois naissants à genoux. Le démiurge autoproclamé se fait à la fois bourreau froid et calculateur mais montre un visage paternaliste et condescendant. C’est un méchant illustre qui hante nos imaginaires. La figure serpentine hypnotique héritée des mythologies. Méduse, Jörmungand, Seth, le serpent tentateur de La Bible et même jusqu’aux reptiliens.

Mais Conan est alors loin de sa vengeance. Repéré par un marchand d’esclaves, il prend goût au combat et devient un gladiateur émérite. Captif, contraint à n’écouter que ses pulsions, il entame à peine le chemin vers son humanité. Ce chemin se fera pas à pas, de pièges en épreuves, dans les plaines désertiques d’un monde sauvage. Le parcours de Conan est un exemple typique de la quête initiatique. Enfin libéré de ses chaînes, il découvre les restes d’un roi atlante oublié et prend possession de son arme, renouant avec l’héritage idéologique initié par son père. Ce sont ses rencontres, notamment celle avec son partenaire Subotai ou avec la voleuse jouée par la danseuse permanentée Sandahl Bergman, qui vont pousser Conan à évoluer, franchissant ainsi les étapes qui lui permettront de s’élever, non plus physiquement mais mentalement, jusqu’à une transfiguration quasi christique, où, se servant du prétexte d’une mission pour obtenir sa vengeance, il parviendra à se retrouver et à se hisser au rang de Héros. Ce sont sa force et son esprit, forgés en un tout, qui lui confèrent ce statut.

Earth Song

Conan ne sert ni Dieu, ni maître. Son Dieu, Crom, n’écoute que les vainqueurs, pas la morale de ses adeptes. Ayant connu la captivité et l’asservissement, il est un esprit libre au sens littéral du terme. Il s’oppose à l’endoctrinement, aux lois et à toute forme de domination. Sa vie est simple ; il prend ce qu’il désire. Ce monde terrible et cette absence de morale pourraient faire un film noir et désespéré ou un pamphlet anarchiste. Mais fort heureusement, le résultat est tout autre, et au pire juste un peu provocateur. Car en marge de cet espoir en fil rouge autour de la rédemption du héros, le film reste léger formellement, s’autorisant même un humour un peu balourd à l’occasion.

On passe de scènes épiques dans des paysages naturels incroyables magnifiés par des plans larges somptueux à des décors et accessoires d’une rare finesse qui imprègnent le tournage d’un certain mysticisme. Pour ne pas dépeindre une culture plus qu’une autre, les artistes qui ont œuvré sur le film ont fait le choix d’un syncrétisme multiculturel. On croise des valkyries vikings, des mongols des steppes, des fresques et bas reliefs gréco-égyptiens, des mégalithes celtes… Le monde de Conan est un fourre-tout aux contours mal délimités qui permet au spectateur à la fois de sentir une filiation antique tangible et génère une perte de repères bienvenue qui met instantanément le pied à l’étrier de l’aventure.

Le chant de l’acier

Aussi splendides que soient les paysages, si Conan a ainsi traversé le temps, c’est en grande partie grâce au travail incroyable de Basil Poledouris. Aussi connu pour ses thèmes de Robocop ou Starship Troopers, il compose ici une bande-son guerrière sublime qui mêle romanesque et violence avec un lyrisme au pouvoir évocateur magnifique. Dès le prologue, Anvil of Crom joue sur cette dualité, alternant percussions sauvages et envolées épiques. L’OST foisonne de trouvailles, et à l’image de la mixité culturelle du film, elle pioche allègrement dans les influences du monde, convoquant instruments et rythmiques souvent attribuées aux sons de l’Antiquité dans plusieurs civilisations très marquées.

Riddle of Steel / Riders of Doom par exemple suggère ce passé mythique oublié. Une forme de gravité doublée d’une urgence exacerbée par des chœurs masculins qui se répondent en une fuite en avant que ne renierait pas Carl Orff. Atlantean Sword de son côté remet au centre de l’intention une notion sacralisante du temps d’avant le temps. Une mélodie entêtante aux instruments graves qui laisse entrevoir ça et là le thème du héros. Comme un signe avant-coureur de son apothéose. Theology / Civilisation, sous ses airs de geste médiévale doucereuse où s’illustre le tintement d’un triangle, cache une mélodie affirmée et enlevée qui s’étend dans un cérémonial chargé. La musique de Conan est comme celle de de James Horner sur Le Dernier des Mohicans : plus qu’un accompagnement de l’aventure, une transcendance du propos fixé par l’objectif. De sa suite fade et sans âme Conan le destructeur sortie en 1984, seul le travail de Poledouris fera mouche, le compositeur signant une seconde fois une BO d’exception aux thèmes inoubliables.

You have my sword

Conan le Barbare de John Milius est un film atypique. Avant d’être le révélateur de Schwarzenegger ou un film d’une hauteur symbolique surprenante, c’est aussi et avant tout un produit de son temps. Certaines scènes ont mal vieilli. Les animatroniques en carton, les décors en bois et les perruques et coiffures d’un autre temps sont autant de marqueurs kitsch bien réels à l’époque du tout CGI rutilant. Le jeu — ou l’absence de jeu — des acteurs, plus choisis pour leur physique et leurs talents (sportifs, danseurs…) et encouragés par un réalisateur amoureux de la force brute, incarnent plus qu’ils ne jouent leurs personnages dans une économie de dialogues évidente. Paradoxalement, des milliers de figurants, des décors parfois démesurés et des paysages splendides et hors du temps font ressortir une vérité exacerbée par des thèmes musicaux épiques et incitateurs.

L’aventure commence quand on met un pied devant l’autre. Qu’importent les marées. Conan est un héros complexe qui a dû braver le destin pour s’accomplir et sortir de sa condition. Le personnage et l’œuvre en tant que telle sous la caméra de Milius se muent ainsi sous la même force. Peut-être ne verrez-vous que la mâchoire de Schwarzy dans Conan. Peut-être resterez-vous trop marqué par ses suites et reboot d’une pauvreté affligeante. Peut-être serez-vous refroidis par les kilotonnes d’ersatz de barbares musclés en slip qui ont déferlé sur les écrans depuis. Peut-être n’êtes-vous pas sensible à cette poésie guerrière.

King Conan perdu dans les méandres du temps. Bientôt une suite avec un Arnie vieillissant ? C’était écrit…

Personnellement, j’ai choisi de considérer Conan comme un mètre étalon. Ce n’est pas un grand film au sens conventionnel et académique du terme. On est loin d’un joyau du 7e art. Mais c’est un incontournable. Il est la pointe acérée de ce monde d’avant qui crie et dont l’écho arrive jusqu’à nous. Il est le lien qui ouvre la voie à la Dark Fantasy. Ce point d’ancrage rustre et tourmenté, expression du Ça. Sans Conan ou Le Seigneur des Anneaux, deux faces d’une même pièce, pas d’Heroic Fantasy ; pas de Berserk, de Game of Thrones, de Dark Souls ou autre Donjons & Dragons… Et sans le film de Milius, peut-être que la Fantasy au cinéma n’aurait pas eu la même saveur.

C’est parce que Conan le Barbare a ouvert le chemin en 1982 que la trilogie de Jackson a pu s’inspirer des mêmes logiques de recherche de réalisme. Quand l’esprit trouve son chemin jusqu’à la forme. Conan le Barbare est pour moi l’une des rares œuvres du genre à réussir aussi bien la transposition du livre à l’écran, grâce à son aura mythologique, ses ressorts d’épopée antique et la somme de travail d’une équipe en maîtrise totale de son sujet. Mais ça, comme le dit le conteur, “c’est une autre histoire“.

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