Pourquoi The Last of Us n’est pas le chef-d’œuvre qu’on m’a vendu

Depuis sa sortie mi-2013 sur PlayStation 3, The Last of Us a marqué durablement les consciences de nombreux joueurs. Son édition Remastered sur PlayStation 4, au début de la vie de la console, a même permis au jeu de progresser encore un peu plus dans l’inconscient collectif. Menraw vous l’a dit mieux que personne : The Last of Us est un chef-d’œuvre, de ces jeux qui font une génération de joueurs et deviennent l’icône à laquelle on comparera bien d’autres titres.

Comme une envie de champi

J’ai acheté The Last of Us dès sa sortie en 2013 sur PS3, et n’ai jamais réussi à dépasser les deux premières heures de jeu. À la sortie de l’édition Remastered sur PS4, je l’ai lancé une seconde fois, et ai une nouvelle fois perdu toute motivation de le faire. En 2016, j’ai tenté une nouvelle fois l’aventure… et ai abandonné à la fin de la rencontre du premier Colosse, le simili premier “boss de niveau” si je puis dire. Mon constat à l’époque était assez simple : je n’arrive pas à être dans l’espace mental requis pour apprécier ce jeu, malgré mes multiples tentatives. J’ai chialé trois fois sur cette terrible introduction, mais ne suis jamais allé au bout de l’aventure.

Il m’arrive aussi d’avoir des fringales de 4K© HDR©. Je ne suis qu’un Homme.

Les astres se sont alignés sur un week-end de mai. J’ai été pris d’une envie de profiter de la 4K, du HDR. De satisfaire mes yeux par de la beauté graphique avant toute chose. De profiter d’un gameplay simple. Et d’une expérience que je pourrais dévorer sur un weekend. Et mon travail me poussant à devoir parler de The Last of Us Part II sur le mois qui arrivait, il était temps pour moi de dévorer The Last of Us. Voilà un weekend comme on les aime, où le joueur et la machine ne font qu’un, une pensée fixée sur un objectif simple : plonger en pleine suspension d’incrédulité pour moins considérer l’environnement immédiat que celui créatif.

Elle est grosse ta ficelle

Et j’ai… bien aimé. The Last of Us me reste sur la conscience comme une très bonne expérience. Mais de là à dire que c’est un chef-d’œuvre ? Minute papillon. En en parlant avec l’équipe Le Grand Pop, le premier doute émis par Menraw est tout simplement que je n’ai pas assez résonné avec l’histoire, que je ne me suis pas plongé dedans. Pourtant, c’est loin d’être le problème ici : le morceau de vie de Joel et Ellie présenté ici m’a touché plus d’une fois, et l’incroyable qualité de leurs dialogues (aussi bien dans les cinématiques que contextuels) m’a fait plonger dans leur histoire comme rares sont les jeux à pouvoir le faire.

L’ultra flippette que je suis n’a jamais eu peur une seule seconde des Cliqueurs

À force de remâcher tout ça dans ma tête, il m’est apparu un constat clair : la technique trop apparente du jeu m’a fait sortir plus d’une fois de son atmosphère. L’ultra flippette que je suis n’a jamais eu peur une seule seconde des Cliqueurs, les hommes-champis voraces iconiques du jeu, puisqu’il suffit seulement de marcher doucement pour les éviter. Les Coureurs, censés contre-balancer ce point en étant plus humain que champignon, et donc plus habiles mais moins mortels, sont placés avec tant d’évidence à des points particuliers de la map pour former un chemin si simple à suivre que je n’ai jamais rencontré une situation difficile. J’ai passé le jeu à garder mes munitions pour un ennemi ultime qui n’est jamais arrivé.

Au bout d’un certain temps, ils se réduisent à des poteaux qui grincent

Mes seuls problèmes sont venus de l’intelligence artificielle de mes alliés, qui m’ont poussé en dehors de mes cachettes plus d’une fois, et de celles des ennemis, censés être ultra sensibles au bruit mais pas dérangés le moins du monde par les gargouillis agonisants de leurs compères à deux centimètres de leur visage. Les terrains d’affrontement sont si simples à lire qu’il m’a suffit de tourner autour de la carte en m’arrêtant une fraction de seconde pour tirer et m’en sortir indemne. En somme : les ficelles du gameplay étaient si visibles pour moi qu’il m’était impossible dans ces sections d’oublier que je jouais. La gymnastique mentale de me faire passer d’une histoire humaine poignante à un jeu aux traits si marqués m’a empêché d’être touché autant que j’aurais dû l’être.

Un critique pour les gouverner tous

Après avoir fini l’aventure principale et le DLC Left Behind, il était temps pour moi d’apposer un verdict sur l’expérience. Et tout ce qu’il m’a été possible de dire était : “très cool”. Pas un chef-d’œuvre ? Pourtant, la presse comme les joueurs sont unanimes : il s’agit d’une pièce maîtresse. Les railleries amicales de mes compères à mon encontre en sont tout autant une preuve. Y aurait-il eu un mouvement populaire à l’époque, une manipulation des attentes, une incroyable distorsion de l’opinion publique qu’il n’est possible de voir que lorsque nous y sommes insensible ? Serais-je tout simplement si imperméable à la hype et à la communication, l’avatar du véritable critique de jeu vidéo, que je ne suis tout simplement pas tombé dans ce piège et peux regarder toute une génération de joueurs pour lui dire qu’elle a tort ?

J’accuse la baston pour ma désensibilisation

Absolument pas. Évidemment que non, enfin, soyons sérieux. Être exclu d’un mouvement de masse ne sous-entend pas d’avoir découvert une vérité qui lui échappe. Je crois simplement qu’aujourd’hui, après des années à jouer à des titres PS4 et à l’aune d’une nouvelle génération de consoles, je n’ai plus la vision nécessaire à apprécier ce titre à sa juste valeur. Pour définir cela, deux éléments sont importants : un personnel, l’autre générationnel. Le premier est le plus simple à expliquer : The Last of Us n’est pas exactement mon type de jeu de base. Je suis de “l’école du gameplay” comme on l’appelle tendrement, de celle qui préfère battre des scores que vivre une belle histoire, et mes envies de jeux scénaristiquement accomplis sont moins importantes que l’idée de réaliser des merveilles manettes en main. Plongé dans le jeu de combat et son analyse, mon processus de réflexion a pris pour habitude de se fixer sur les mécaniques de gameplay avant toute chose, quitte à en oublier le reste. Or, il ne s’agit pas là d’un bon moyen d’appréhender un titre comme The Last of Us, qui est loin des ambitions de mes titres favoris.

Cette critique a besoin de remise en contexte pour trouver son sens

Est-ce que cela annule ma critique de ces fameuses ficelles, justement trop visibles selon moi ? Pas du tout. Mais cette critique a besoin de remise en contexte pour trouver son sens, car il faut absolument rappeler que je juge sous l’œil de la génération actuelle des mécaniques développées pour la génération précédente. The Last of Us, malgré la Remastered, reste un jeu PS3… limité donc aux capacités techniques de cette dernière, sur bien des aspects importants comme l’intelligence artificielle des ennemis ou le nombre de mécaniques qu’il est possible de développer. Il n’existe aucun doute sur le fait que The Last of Us, le chant du cygne de la PS3 développé par l’un des studios les plus talentueux de cette génération, a fait sortir ses tripes à la console de Sony.

C’est de la belle ouvrage

Si la définition d’un “chef d’œuvre” est un “ouvrage capital et supérieur dans un genre quelconque” (merci Larousse), doit-on réclamer de lui d’être intemporel ? Il paraît presque impossible de pointer du doigt une œuvre culturelle, n’importe laquelle, qui tienne cette promesse. Vingt mille lieues sous les mers de Jules Vernes a connu bien des éditions pour le lecteur moderne. Citizen Kane reste un objet d’étude, mais est à peine regardé par le commun des mortels. Même les peintres classiques ont dû se réinventer face à la photographie.

J’me permets d’interrompre cet articlme parce qu’on s’fout un peu d’ma gueule.

Et voilà qui m’a fait revenir à un point extrêmement unique du jeu vidéo : son existence en tant qu’objet high tech, objet de divertissement, et objet d’art. Tout à la fois. Un chef-d’œuvre de jeu vidéo peut difficilement se soustraire aux contraintes techniques, puisque pour toute la liberté d’imagination qu’il offre… Son gameplay sera toujours limité par la puissance de calcul de son temps, et braver ces limitations relève du tour de force. En étant tributaire de la high tech, il est aussi lié à son cycle de vie très court — certains parleraient d’obsolescence programmée — comme… aucun autre produit culturel à dire vrai, ce qui force un vieillissement accéléré du ressenti manette en main. De ce fait, si la tech a de l’influence sur tous les médias (à l’image de l’IMAX pour le cinéma), elle a sur le jeu vidéo une emprise incomparable. C’est particulièrement vrai pour un jeu first party aussi scénarisé que The Last of Us, qui ne peut d’ailleurs pas se reposer sur un statut de pionnier indémodable de tout un genre comme un Super Mario ou Pac-Man peut le faire. Pour autant, The Last of Us est bien un “chef-d’œuvre” :  il est sorti du lot de la génération PS3/Xbox 360 comme “l’ouvrage capital et supérieur” incontesté d’une génération.

The Last of Us est indissociable de son contexte historique

Alors pourquoi The Last of Us n’est pas un chef-d’œuvre à mes yeux ? Au-delà de mes préférences personnelles, je suis simplement bien incapable de me replonger dans la mentalité d’un joueur de 2013/2014. Et par sa simple nature de jeu vidéo, The Last of Us est indissociable de son contexte historique… ou plutôt, ici, technologique. Pour tout ce qu’il m’a offert de divertissement, pour ce qu’il représente artistiquement, il n’a pas su me convaincre technologiquement, faute d’un écart pardonnable entre mes attentes de joueur moderne et sa proposition aujourd’hui un brin datée. Mais c’est aussi pour cela qu’il me tarde de me plonger dans The Last of Us Part II, dans lequel Naughty Dog semble avoir ajouté bien des choses pour satisfaire le joueur que je suis aujourd’hui. Mais pour cela, vous pouvez vous diriger vers le test de The Last of Us Part II par Menraw.

En dépit de tout, l’impact indéniable de l’histoire de The Last of Us me reste sur le cœur, lui qui a été bien chamboulé durant ce doux weekend de mai où les astres se sont alignés. S’il ne m’a pas autant convaincu que mes pairs, je ne peux m’empêcher de l’analyser encore et encore sous différents angles à mesure que les jours passent. En cela, sa grandeur est indéniable.

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