Top/flop ciné : 2019 en 19 films

Avec tous ces tops des années 2010 qui fleurissent aux quatre coins d’Internet, on en oublierait presque que, avant une décennie, c’est une année qui vient de prendre fin. Pourtant, d’un point de vue purement cinématographique, quelle année ! Entre une Palme d’Or qui emporte tout sur son passage, un nouveau Scorsese, la conclusion d’une trilogie spatiale en perte de vitesse lumière, un nouveau Eastwood, les ressorties de grands classiques plus ou moins oubliés, un nouveau Almodóvar, les habituelles surprises que l’on ne voit pas venir et qui nous en mettent plein les yeux, un nouveau Tarantino, la conclusion d’un cycle super-héroïque dont on se demande s’il prendra vraiment fin un jour, un nouveau James Gray, sans compter les autres blockbusters à la communication épuisante qui finissent en croûtes infâmes (merci Disney) et un nouveau Rian Johnson (elle est pour toi celle-là Menraw), on aurait bien aimé pouvoir se démultiplier pour être sûr de ne rien manquer.

Malgré cela, à l’heure du bilan, peu de regrets subsistent quant aux films passés au travers des mailles de mon filet, au contraire de certains que j’ai bel et bien vus, dont une jolie fournée de navets made in Netflix que je me refuse de mettre en avant dans cet article. Sur un plan personnel, 2019 restera comme l’année d’une résolution tenue, peut-être pour la toute première fois de ma vie, un thread Twitter auquel j’ai pris goût et qui reviendra donc en 2020. Enfin, 2019 pour moi ce sera aussi Satoshi Kon (Perfect Blue, Millennium Actress), Tsui Hark (Piège à Hong-KongTime and Tide), George Romero (la trilogie des zombies), Sam Peckinpah (La Horde Sauvage) ou encore Le Château de Cagliostro et Akira sur grand écran et ça, ça n’a pas de prix, à part celui d’un abonnement UGC. À Paris, on n’a peut-être plus de métros, mais on a encore des rétros.

Vous êtes encore là ? Vous n’avez pas déjà scrollé pour découvrir les Flop et Top 1 ? Très bien, alors allons-y pas à pas.

Historique : 20182017 – 2016 – 2015 – 2014 – 2013

Flop 8 : les pires films de 2019

8/ Britghburn – L’enfant du mal, de David Yarovesky

C’est un avion ? C’est un oiseau ? Non, c’est une grosse bouse. Pourtant, sur le papier, ce Brightburn — du nom du hameau dans lequel s’écrase cet homme de fer en culottes courtes qui ne dit pas son nom — avait tout de la bonne idée. Après tout, pourquoi Superman serait-il forcément gentil ? Et que se passerait-il si cet être invincible et surpuissant décidait de se retourner contre nous ? Ici… pas grand-chose. À peine s’amuse-t-il à harceler la voisine pour laquelle il a un béguin et d’éliminer de ci de là quelques habitants (dont une bonne partie de sa famille) qui n’ont pas été très très gentils avec lui, dans des scènes inutilement gores, voire grotesques. Le reste du temps, on s’ennuie ferme, jusqu’à ce que le film s’achève là où il commençait enfin à devenir intéressant. Désolé, on n’avait pas le budget.

À éviter égalementGlass, parce qu’en terme de potentiel gâché, ce volet final d’une trilogie dont on questionne aujourd’hui l’intérêt, se pose là. Shyamalan retombe dans ses travers et nous verse une soupe tiédasse ponctuée d’un énième twist final parfaitement inutile.

7/ Nicky Larson et le parfum de Cupidon, de Philippe Lacheau

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon

Un film constamment en-dessous de la ceinture.

Je ne suis absolument pas client de ce que fait “La bande à Fifi”. Ma connaissance de City Hunter se résume à quelques bouts d’épisodes regardés d’un œil distrait en zappant sur Mangas. Fort heureusement — ou plutôt malheureusement — nul besoin d’être expert dans l’un ou l’autre pour pousser de longs soupirs ou enchaîner les facepalms face à l’humour gras et répétitif de ce Parfum de Cupidon, ces scènes d’une gêne absolue (les seins en silicone de Chantal Ladesou, pourquoi ?) et ces références balancées gratuitement pour essayer de se donner un semblant de légitimité. Pourtant, Lacheau a des idées, semble s’éclater lors de scènes d’action bien filmées et aux chorégraphies bien pensées. Mais cela ne suffit pas à sauver un film dont le pitch de base est quand même de devoir absolument trouver un remède à l’homosexualité parce que mon dieu, qu’est-ce qui pourrait bien nous arriver de pire ?

À éviter égalementParadise Beach, polar français tourné en Thaïlande par Xavier Durringer (réalisateur de La Conquête), parce que malgré toute la bonne volonté du monde et un casting musclé qui avait pourtant de la gueule (Sami Bouajila, Hugo Becker, Kool Shen, Hubert Koundé, Seth Gueko), le résultat final ne dépasse pas le statut de série B cheapos, ponctuée de dialogues et d’une réalisation à peine au-dessus d’un téléfilm.

6/ Annabelle – La Maison du Mal, de Gary Dauberman

Annabelle - La Maison du Mal

Et ne pas regarder non plus.

Est-ce que quelqu’un voudrait bien débrancher le Conjuring Cinematic Universe ? Exemple-type de film fauché qui n’a rien à raconter, ce troisième épisode a tout du filler de remplissage façon maxi best-of : il vous appâte avec les têtes connues des personnages principaux que vous adorez, pour les faire disparaître aussi sec et jouer la carte du passage de génération avec deux pimbêches passe-partout au charisme d’huître molle. La suite est un cas d’école : on limite les décors avec un huit-clos sans idée, on saupoudre de jump scares bien putassiers à base de fantômes, de loup-garous (WTF), de trucs hantés et autres esprits démoniaques et on mise sur le succès de la franchise pour gagner des sous facilement. Quoi ? La poupée ? Qui en a encore quelque chose à foutre ?

À éviter également : alors OK, La Malédiction de la Dame Blanche (toujours chez New Line) est un peu meilleure, avec notamment une première demi-heure sous haute tension, mais comme souvent, une fois que l’on commence à trop nous montrer le monstre et que les vannes fusent, le film s’écroule complètement. Tellement banal que t’en chiales.

5/ Joker, de Todd Phillips

Joker

Mais je ne demande que ça…

Certes, l’esprit Le Grand Pop tient en une Sainte Trinité “amour / respect / claquage de perruques”, mais c’est aussi le plaisir d’opposer des avis divergents. Contrairement à OtaXou, je ne suis rentré à aucun moment dans ce Joker. “Les gens prennent la comédie trop au sérieux, alors je m’en vais faire un film sérieux sur un comédien.” Rien que le postulat de Todd Phillips est débectable, et son film n’est rien d’autre qu’une immense posture de deux heures, faite de travellings lents sur une skyline grisonnante et d’étranges scènes de danse incohérentes, parce qu’il n’a rien trouvé de mieux pour représenter la folie. Sauf que la folie, ce n’est pas ça, et qu’il ne suffit pas de transformer Gotham City en le New York de Taxi Driver pour prétendre avoir ne serait-ce qu’une once de sa puissance d’évocation. Non seulement la société de ce Joker n’existe pas — quelle foule se soulèverait du jour au lendemain pour acclamer un triple meurtrier ? — mais elle n’est en aucun cas la nôtre. Pire, Phillips a tellement peur de ne pas faire passer son message faussement corrosif, qu’il le martèle avec une lourdeur assommante. Et peu importe au fond que Joaquin Phoenix joue bien — qui en doutait ? — peu importe que le film génère un milliard de recettes et bientôt une suite — quoi de plus cynique — passé l’engouement disproportionné représentatif de son époque, qui l’a propulsé parmi les meilleurs longs-métrages de tous les temps alors qu’il n’était officiellement pas encore sorti en salles chez nous, Joker sera oublié aussi vite qu’il est venu. Ses modèles eux, resteront.

À éviter égalementShazam!, parce que même en restant dans le classique film de super-héros des années 2010, DC ne sait toujours pas où il va et continue de singer Marvel, avec encore plus d’auto-référence mais toujours sans aucun talent, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation. Quitte à parler de Marvel, il n’y a pas de raison pour que Captain Marvel y échappe, avec une origin story longuette de plus, qui ne réussit pas à bâtir de véritables enjeux et un réel danger autour d’un autre personnage quasi invincible.

4/ Creed II, de Steven Caple Jr.

Creed II

Tout dans les muscles.

Et la palme du personnage le plus insupportable de l’année est décernée à… Adonis Creed ! Durant l’interminable tunnel d’une heure qui sépare les deux combats principaux de cette suite indigente, le rejeton d’Apollo, pourri gâté depuis sa plus tendre enfance, ne fait rien d’autre que chouiner et se lamenter sur sa propre existence, au milieu de son penthouse à la Bruce Wayne. On lui collerait bien quelques baffes si l’on n’avait pas un peu trop peur de son crochet du droit. Sans la virtuosité de Ryan Coogler, qui avait su transcender un premier volet déjà pas bien fameux grâce à plusieurs combats d’anthologie, ce Creed II agace et désole. Au point que l’on en arrive à vouloir souhaiter la défaite de son personnage principal, aux dépens d’un fils Drago à l’arc scénaristique mille fois plus intéressant, malgré ses trois répliques à tout casser. Au milieu de ce désastre, Stallone balbutie son Rocky, transformé en faire-valoir ne servant qu’à remonter le moral d’un ingrat imbu de lui-même. Ok je suis chaud : il est où le sac de frappe ?

À éviter égalementGodzilla 2 – Roi des Monstres, parce que les deux films suivent la même trajectoire, suites inutiles et paresseuses d’œuvres imparfaites sauvées en leur temps par leur réalisateur.

3/ The Dead Don’t Die, de Jim Jarmusch

Une déception n’est jamais aussi forte que l’attente qu’elle a suscitée. Et avec The Dead Don’t Die, que l’attente était forte ! Un parterre de stars à n’en plus finir (Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Danny Glover, Selena Gomez, Iggy Pop…), un réalisateur acclamé qui avait su me toucher droit au cœur trois ans plus tôt avec son Paterson et s’aventurait vers un nouveau genre… qu’il semble mépriser de toute son âme. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une vision hautaine et auterisante du film de zombies, avec quelques coups de coude dans les côtes de temps en temps pour faire comprendre que, bon oui d’accord, on a vu Evil Dead et La Nuit des morts-vivants. Mais soyons honnêtes, ce qu’il me reste de ce film huit mois après le visionnage, c’est un ennui profond sans commune mesure à tout ce que j’ai ressenti en salles en 2019. Heureusement que j’avais enchaîné cette journée là avec le Top 1 de cet article…

À éviter égalementFace à la nuit, co-production franco-américano-taïwano-chinoise, qui prend de haut à la fois le film policier et le film de science-fiction, avec des effets tape-à-l’œil et surtout en compliquant inutilement son récit.

2/ Ça : Chapitre 2, d’Andy Muschietti

Ça - 04

Je suis une atrocité, sortez-moi de là.

Je n’écrirai plus rien sur ce film, c’est une merde. Pour ceux que ça intéresse quand même, j’avais déjà tout dit — et même un peu plus que ça — peu après sa sortie mi-septembre dans cet article.

À éviter égalementSimetierre, parce j’ai complètement oublié le film mais pas que c’était nul. Et puis il y a Jason Clarke, l’homme dont la seule présence au casting devrait vous suffire à fuir dans la direction opposée (exemple au hasard : le Flop 8 de 2015).

1/ Star Wars: L’Ascension de Skywalker, de J.J. Abrams

L'Ascension de Skywalker

2019, l’année des lentilles de contact moches.

Et si l’un des derniers films sortis durant les années 2010 en était au fond le meilleur (comprenez le pire) représentant ? Pour reprendre l’idée soulevée par David Honnorat dans cet épisode de No Ciné, Star Wars IX n’existe que pour les mauvaises raisons. Il devait sortir, parce que quelqu’un chez Disney a un jour décidé que c’était une bonne idée de faire revivre la saga avec une nouvelle trilogie dont tout le monde se serait passé, mais en aucun cas parce qu’il avait quelque chose à raconter. Dans ces colonnes, vous ne trouverez personne pour défendre Les Derniers Jedi (Menraw a dézingué le film ici et il était, déjà, mon Flop 1 en 2017). Mais comment poursuivre une histoire et clore une trilogie (soit-disant même les neufs films), lorsque l’on n’a plus rien sur quoi se reposer ? Comment peut-on donner les plein pouvoirs à un réalisateur qui se charge de déconstruire le mythe, et faire revenir dans la foulée son parfait opposé, un fanboy transi qui ne parvient à rien faire de mieux que quelques pieds de nez désolants. Mais attention, les problèmes de The Rise of Skywalker ne se limitent pas à sa production. En temps qu’objet filmique non plus il ne tient pas debout. Trop pressé, il enchaîne les facilités scénaristiques pour faire avancer à 88 miles à l’heure une intrigue d’une bêtise abyssale. Mais j’en dis déjà trop. Que ce paragraphe vous serve d’amuse-bouche avant le copieux plat de résistance de lundi prochain, évidemment signé Menraw.

À éviter égalementLa Reine des Neiges 2. Rien à voir mais je voulais le caser tant cette autre suite a également mis mes nerfs à rude épreuve. Et puis ça manquait de Disney dans cet article vous ne trouviez pas ?

Mention spéciale : The Irishman, de Martin Scorsese

The Irishman

Poussez-moi, excusez-vous.

Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à voir The Irishman. Déjà parce qu’il faut s’enquiller 3h30 de parlotte sur un sujet pas forcément toujours accessible pour nous autres petits Européens qui ne baignons pas dans le système syndicaliste américain, et à cause d’un rajeunissement numérique qui m’a particulièrement piqué les yeux. En revanche, j’adore penser à ce film, à ce qu’il représente, à la trace qu’il laisse dans le présent, de monstres sacrés qui ont tant marqué le passé et continueront d’influencer le futur. Menraw a déjà tout dit ou presque sur le sujet, aussi me contenterais-je donc de deux dernières phrases. The Irishman n’est pas ce que beaucoup auraient aimé qu’il soit, il est plus que cela : un testament d’une certaine idée du cinéma. Et nous en sommes les héritiers.

À voir aussi Douleur et gloire, autre œuvre somme d’un autre cinéaste de génie, Pedro Almodóvar, porté par son acteur fétiche, Antonio Banderas.

Top 10 : les meilleurs films de 2019

10/ Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout du Monde, de Thomas Szabo et Hélène Giraud

Petit par le nom mais grand par son ambition de proposer un vrai film d’aventure pour petits et grands, avec son lot de moments de bravoure, de personnages emblématiques aux caractères et aux rôles facilement identifiables et de magnifiques images. Même sans avoir vu le premier épisode comme votre serviteur (une erreur qui sera très prochainement rectifiée), on se plonge en gazouillant dans cet univers mélangeant prises de vues réelles et animation toute mignonne. Mais le gros point fort de Minuscule, c’est sa réalisation, qui sait alterner entre intimisme et grandiloquence et proposer des plans et scènes qui s’impriment sur la rétine. Minuscule, c’est géant.

À voir aussiJ’ai perdu mon corps, pour souligner la très belle année de l’animation française, avec un autre récit d’aventure, beaucoup plus triste et mélancolique mais tout aussi maîtrisé. Et non, je n’en dirais pas plus, pour préserver la surprise.

9/ Vice, d’Adam McKay

Vice

et Versa.

Contrairement à d’autres qui cherchent à faire des films “de société” par pur opportunisme (suivez mon regard), Adam McKay ne cache à aucun moment ses inclinations politiques. Aussi, lorsque le réalisateur de l’excellent The Big Short s’intéresse à l’un des plus grands FDP de l’histoire contemporaine américaine au vice-président de l’administration Bush Jr., Dick Cheney, impossible d’espérer autre chose qu’un portrait au vitriol. Intelligemment, McKay va au-delà du pamphlet, s’intéressant presque davantage aux coulisses du pouvoir, sans oublier d’en remettre une couche sur la situation actuelle. Comme quoi, on peut faire un biopic et proposer en même temps du cinéma.

À voir aussiLe Traître, autre biopic sur un autre genre de criminel (Tommaso Buscetta, le repenti le plus célèbre de l’histoire de la Cosa Nostra), fleuve et bordélique à l’image de son personnage et de son sujet. Tout aussi compliqué à digérer mais on peut manger dessus pendant des jours.

8/ Les Misérables, de Ladj Ly

Le film coup de poing de cette fin d’année (d’ailleurs encore largement diffusé en salles, foncez !), observatoire d’un microcosme prêt à déborder sur la société toute entière. Quand les mêmes parties d’un tout ne se comprennent plus, au point que toute cohabitation paraisse impossible, qu’importe les bons moments passés ensemble, l’affrontement est à chaque coin de rue. La colère, sourde, finit elle par exploser, dans un embrasement incontrôlable. Des Misérables, ceux qui l’ont vu retiennent bien sûr sa dernière scène, d’une intensité folle, et surtout son dernier plan, synonyme d’une impasse que l’on ne peut ignorer. Le film ne cherche pas à apporter une quelconque réponse, mais face à l’aveuglement ambiant, il a au moins le mérite de nous saisir la tête violemment pour nous obliger à regarder. Alors, on fait quoi maintenant ?

À voir aussiPapicha, parce que sous couvert de son contexte historique qui s’achève au commencement des années noires, le premier film de Mounia Meddour pose lui aussi une question qui dérange et qui reste malheureusement d’actualité : comment vivre ses rêves lorsque l’on est une jeune femme en Algérie ?

7/ John Wick Parabellum, de Chad Stahelski

John Wick Parabellum

Breathtaking.

2019 fut aussi pour moi l’année de la découverte du phénomène John Wick, cet étrange objet qui n’avait de prime abord rien de plus qu’un bon gros défouloir au prétexte de départ un peu nanardeux et s’est transformé en nouvelle franchise phare du cinéma d’action. D’ici 2021, la licence John Wick regroupera rien de moins que quatre films et une série en forme de préquel, The ContinentalToo much? Sûrement, mais pour l’instant, force est de constater que la qualité reste au rendez-vous. Au milieu de tout cela, ce Parabellum délivre le proverbial more of the same mais parvient encore à émerveiller et surprendre (c’est fou ce qu’on peut faire avec un livre et un poing de nos jours), tout en continuant d’étendre son univers… avec plus ou moins de réussite (Saïd Taghmaoui, WTF). Série B d’action assumée qui ne cache même plus sa parenté avec le jeu vidéo dans une dernière séquence en forme de boss rush, et se prend peut-être un poil trop au sérieux, John Wick reste ce qui se fait de mieux et de plus jouissif dans le genre. Keanu, you’re breathtaking!

À voir aussiSang froid, parce que qui mieux que Liam fuckin’ Neeson pour rivaliser avec le boogieman, dans un remake américain d’un film “d’action-mais-pas-trop” norvégien beaucoup moins crétin que ce qu’il laisse paraître, et dont l’efficacité repose en grande partie sur l’écriture de ses personnages.

6/ Le Silence des Autres, de Almenuda Carracedo et Robert Bahar

Il est parfois fou de se rendre compte à quel point nous connaissons mal nos voisins et leur histoire, même lorsque l’on pense s’y intéresser un minimum. Le Silence des Autres raconte un pays malade, l’Espagne, qui a un mal fou à regarder son passé et qui, sous couvert d’une marche en avant nécessaire vers le progrès, choisit de l’enterrer. Face à l’oubli, ils sont une poignée à vouloir faire valoir leurs droits, certains pour donner un sens à leurs combats, d’autres pour simplement comprendre d’où ils viennent, tous pour que justice soit faite. Un documentaire essentiel sur le devoir de mémoire et pour comprendre l’importance du discours national et le socle sur lequel repose toute nation.

À voir aussiBacurau, parce qu’au milieu de leur récit d’anticipation teinté de vraie-fausse SF, Mendonça Filho et Dornelles parlent eux aussi d’un pays, le Brésil, et notamment en quoi sa culture et son histoire peuvent lui permettre de lutter contre l’impérialisme occidental, qui a déjà gagné ses élites.

5/ Midsommar, d’Ari Aster

Midsommar

Promenons-nous dans le champ…

Sur la liste des métiers à haut risque en ce moment, à côté de conseiller de Donald Trump et pompier en Australie, doit probablement figurer en très bonne place psychanalyste d’Ari Aster. À peine un an après le très dérangé Hérédité (qui nous avait offert l’une des scènes de mort les plus glauques vues depuis très longtemps), l’ami Ari fait déjà son retour et il ne nous veut toujours pas que du bien. À nous, et surtout à ses personnages, plongés pendant près de 2h30 dans un abîme de tristesse et de malaise, respectivement symbolisé ici par la première scène du film, glaçante (une mort encore), et un étrange rituel dévêtu qui frôle avec le ridicule. En plus de cela, Aster n’oublie pas d’avoir un propos, celui de confronter l’individualisme occidental au communautarisme exacerbé, pour les faire tous deux s’envoler en fumée. Un talent narratif couplé à une mise en scène et un cadrage d’exception : il se passe toujours quelque chose dans le champ et le fil narratif se tisse tout naturellement devant les yeux du spectateur attentif. Qu’il est bon d’être considéré avec attention.

À voir aussiLe Daim, parce que comme d’habitude, Quentin Dupieux ne rentre dans aucune case, même si ce film-ci fait sans doute partie de ses plus accessibles. La présence au casting des impeccables Jean Dujardin et Adèle Haenel contribue en bonne partie à la réussite de ce sommet de l’absurde, dont le pitch, toujours aussi savoureux, tient en une seule phrase : “George, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.”  Et aussi pour la nature verdoyante qui sert de cadre à l’action, avec une toute autre finalité…

4/ Pour Sama, de Waad al-Kateab et Edward Watts

Quand personne ne veut donner la parole aux ex-résistants syriens devenus réfugiés, quelle autre possibilité leur reste-t-il que de la prendre par eux-même, pour raconter leur propre histoire ? Une histoire faite du sang, des larmes et de la sueur de milliers de personnes qui, contrairement à ce qu’on voudrait bien nous faire croire, se sont battues jusqu’au bout pour pouvoir rester chez eux, repoussant l’inéluctable le plus longtemps possible. Il est insupportable et même intolérable qu’un tel film doive exister, et c’est justement ce qui le rend si indispensable. Pour ne plus détourner les yeux, se boucher les oreilles et dire : “Je ne savais pas.”

À voir aussi : difficile de passer après un tel sujet alors partons loin au nord, en Arctic, avec comme lointaine parenté la survie pure et dure en territoire hostile, non pas contre la barbarie humaine mais l’inexorable férocité de la nature. Le tout en compagnie Mads Mikkelsen, seul face au grand froid.

3/ El Reino, de Rodrigo Sorogoyen

Le thriller politique à son sommet. Confirmant tout le bien que l’on pensait de lui avec Que Dios Nos Perdone, Rodrigo Sorogoyen livre un monument de mise en scène entièrement au service du récit et prouve contre toute attente que David Fincher n’est pas le seul à savoir filmer admirablement bien des gens qui parlent. Chaque nouvelle situation est un prétexte pour tenter un mouvement de caméra différent, avec en pinacle un vertigineux plan-séquence autour d’un balcon. Sur cette pellicule dorée, Antonio de la Torre irradie. Visible sur chaque plan ou presque, il est parfait en politicien corrompu rattrapé par la patrouille, en pleine fuite en avant pour sauver sa peau et/ou emporter le plus possible de personnes avec lui. De minute en minute, le film s’emballe, jusqu’à un dernier tiers dantesque, qui change sans cesse de registre avec une fluidité inattendue, sans rien perdre de sa cohérence. On en ressort épuisé, soufflé par tant de maestria visuelle et narrative, bouleversé qui plus est par une phrase finale toute simple et qui pourtant résume à elle seule la situation politique de bien des pays. Mon cheval pour ce Royaume !

À voir aussi : folie visuelle, caméra sans cesse en mouvement, personnes qui parlent très vite et très fort… Hum, ça ressemble à s’y méprendre à Promare, dernière production en date du studio Trigger, dont OtaXou vous disait le plus grand bien fin septembre.

2/ Once Upon a Time… in Hollywood, de Quentin Tarantino

Once Upon a Time... in Hollywood

Le duo de l’année.

Tout Tarantino réuni en un film. Quel pied monumental. Pour son neuvième (et avant-dernier ?) long-métrage, le poto Quentin a assemblé méticuleusement tout ce qui a contribué à faire de lui ce qu’il est aujourd’hui, et l’a injecté dans sa vision fantasmée du Hollywood de la fin des années 60. Sauf que chez Tarantino, les années 60 ne s’achèvent pas dans un bain de sang, ou du moins pas celui que l’on attend. Chez Tarantino, les années 60 ne s’achèvent pas tout court, et perdurent à l’infini, sauvées par ceux que QT s’est toujours évertué à mettre en avant : les laissés pour compte, les seconds couteaux de la grande machine hollywoodienne. Le monde les a oubliés mais pas lui. D’ailleurs, en les mettant une fois de plus sur le devant de la scène, il se fait à lui-même le plus beau des cadeaux : diriger sa propre vision de ces séries TV et autres séries B de l’époque qu’il s’amusait à dévorer avec deux yeux remplis d’admiration. Peut-être est-ce mon penchant naturel pour cette période, magnifiée ici au-delà du réel par un sublime effort de reconstitution, mais j’ai rêvé avec Tarantino. J’étais moi aussi dans ce salon avec Rick Dalton et Cliff Booth à boire des bières, j’étais sur le siège passager de la Cadillac de Brad Pitt à sentir le pouls de LA avec la bande-son de l’époque à plein tubes dans mes oreilles… Bon je vous laisse, j’ai une antenne à réparer.

À voir aussi : Le Mans 66, pour rester dans la même décennie, pour un autre duo d’acteurs sensationnels, Christian Bale/Matt Damon, pour découvrir l’histoire cachée derrière un autre mythe, celui de la Ford GT et pour James Mangold, probablement l’un des plus beaux glow up de réalisateur de cette décennie.

1/ Parasite, de Bong Joon-ho

Parasite

Les quatre mousquetaires.

Existe-t-il à l’heure actuelle sur cette Terre un cinéaste capable de mieux manier les genres au sein d’un seul film que Bong Joon-ho ? Comédie, thriller, drame social, home invasion, chronique familiale, film d’épouvante : le génie coréen les convoque tous pour les diriger vers la finalité qui émane de toute son œuvre depuis ses débuts, la satire sociale. Autant d’influences et d’inspirations motivées par un but commun, qui se mêlent sans jamais se marcher dessus, mais se nourrissent l’une de l’autre, imperceptiblement. On ne sait jamais complètement ce qu’on regarde devant Parasite, et pourtant, on comprend tout. Complexe par toutes les forces qu’il fait intervenir, il n’en est pas moins limpide, et ce en multipliant les idées de mise en scène. Parasite est une leçon de cinéma, un ultime coup de maître signé de l’un des plus grands réalisateurs de notre temps, que l’on prendra encore plaisir à décortiquer pendant des décennies.

À voir aussiLe Gangster, le flic & l’assassin, parce qu’un bon film coréen ne vient que rarement seul et que celui-ci est une nouvelle perle de polar brutal. Malgré une réalisation en dents de scie et un chapelet d’influences un peu trop envahissant dans sa dernière partie, le trio du titre, en pleine synergie, redonne le juste équilibre à l’ensemble.

Voilà, c’est tout pour 2019, et c’est déjà pas mal. Continuez de regarder des films, bons ou mauvais, le plus possible en salles, évitez les navets et défendez les nanars chers à votre cœur. On se retrouvera en 2020 pour parler de cinéma d’aujourd’hui et d’hier (un indice sur mon prochain article s’est glissé dans celui-ci, sauras-tu le trouver) mais pas que ! Quoi qu’il en soit, lors des douze prochains mois et depuis ses premiers pas :

VIVE LE CINÉMA !

Crédit photos : Allocine

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