The Amazing Spider-Man : Peter sans cœur

Difficile de faire sans les héros de comic-books de nos jours sur le grand écran, n’est-ce pas ? On attend l’avènement de la Phase 5 (ou 4 ? ou 6 ? je ne sais plus) du Marvel Cinematic Universe. Les rumeurs d’un Spiderverse live action mettant en scène Tobey Maguire et Andrew Garfield aux côtés du petit dernier Tom Holland n’ont plus besoin que d’un petit tweet officiel. Et je viens de dévorer les Spider-Man et Spider-Man Miles Morales d’Insomniac Games sur ma PS5 : il était temps de revenir en arrière et me faire une petite session à huit pattes. Au bout du compte, entre la trilogie pionnière de Sam Raimi et l’absolu trésor qu’est Into the Spiderverse (New Generation en France, parce qu’on aurait pas compris sinon), c’est sur l’Amazing Spider-Man de Marc Webb que j’ai le plus envie de revenir avec vous.

La toile de fond

Lorsque le réalisateur Sam Raimi a récupéré l’adaptation de Spider-Man, il faut bien comprendre que les temps étaient bien différents d’aujourd’hui. Le projet de film Spider-Man était en effet dans une boucle infinie de développement depuis les années 80, et de nombreux noms connus ont été rattachés puis détachés du projet au fil des ans. Sam Raimi, tout juste sorti d’Intuitions (The Gift), a enfin signé après s’être fait une “petite réputation” dans le film de genre auparavant avec la trilogie Evil Dead. Bonus : c’était aussi un sacré geek, qui connaissait déjà les comics originaux.

On tirerait tous cette tronche, et c’est pour ça que ça marche.

Spider-Man premier du nom est un bon petit blockbuster popcorn comme on aime. Spider-Man 2 construit le mythe, et permet aussi à Sam Raimi de s’amuser un peu plus sur la réalisation en s’inspirant de ses racines du film d’horreur. Spider-Man 3 est une tentative d’ajouter bien trop de personnages pour une fin de trilogie, sous la pression des producteurs et des exécutants, qui se solde en un film qui manque d’âme et d’attention… bien qu’il possède une séquence incroyable que j’adore sans aucune ironie. C’est d’ailleurs ce qui aura conduit Sam Raimi à se barrer du Spider-Man 4 et du Venom que Sony prévoyait pour “divergences créatives”. On connaît bien ce que ces mots sous-entendent.

Alors : c’est non. Mais merci d’avoir essayé hein.

Malgré les embrouilles, la trilogie Spider-Man de Sam Raimi reste parmi les films de super-héros les plus respectés. Certes purs produits de leur époque dans toute l’imagerie qu’ils utilisent (un blockbuster reste un blockbuster), ces trois films ont fait exactement ce que tout le monde attendait d’eux. Les fans de comics ont pu se délecter du respect avec lequel le personnage de Peter Parker a été traité, quand le grand public y a trouvé des films d’action rafraîchissants qui avaient également beaucoup de cœur. Et de drapeaux américains. Sur fond de Nickelback. Bon, on peut pas tout avoir. Vous aimez les super-héros ? Spider-Man est là. Vous aimez les teenage movies ? Peter Parker est là. Vous aimez les drames ? Le Green Golbin (joué par un Willem Dafoe impeccable, par ailleurs) est là. Vous aimez les romances ? Mary Jane est là. Tout le monde a pu s’y retrouver, car la saga s’est reposée sur des tropes bien éprouvées du cinéma pour amener ses principales trames, et a enrobé le tout dans une action assez originale pour épicer l’ensemble. C’est bien joué.

Le Sony l’évidence

Sam Raimi se casse, Marc Webb prend humblement la suite. Du moins du côté des réalisateurs, puisque la continuation des adaptations Spider-Man était déjà décidée en interne chez Sony et Columbia. L’équipe de production est restée essentiellement la même, mais après avoir exercé un peu d’influence sur Spider-Man 3, les producteurs ont pris le contrôle total. Le nouveau réalisateur, dont le nom de famille est absolument parfait pour le projet, s’est fait connaître jusque là pour sa première réalisation : (500) jours ensembles (500 Days of Summer). Mais avant cela, il était un réalisateur de clips musicaux, soit plus ou moins une trajectoire qui peut autant te transformer en un artiste contemporain de renom… qu’un homme invisible au service des signataires des contrats. Sur ce projet, je vous laisse seuls juges du rôle qu’a dû endosser Marc Webb.

Dézo lé gen, mé jé esayé

Le fait amusant avec la trilogie de Sam Raimi est qu’elle paraît très facile à répliquer, justement parce qu’elle utilise des archétypes très communs du cinéma américain. Et si Marc Webb s’est exprimé en interview pour souligner le fait qu’il ne souhaitait pas copier le travail de son prédécesseur, considérant Spider-Man comme un personnage à la James Bond qui donne un cadre à n’importe quelle histoire, il est bien impossible de nier les parallèles entre les deux productions. En les revisualisant à la suite, il apparaît un fait indéniable : les producteurs chez Sony travaillaient avec l’idée d’avoir trouvé une recette indémodable, et ont tenté de l’appliquer par cœur sur une seconde vague qui s’est brisée aussi vite qu’elle s’est formée. Simple, la trilogie Spider-Man de Sam Raimi ne l’était qu’en apparence, et Sony a appris cette leçon dans la douleur.

Peter par cœur

Si l’on regarde Amazing Spider-Man du point de vue des producteurs, l’échec a dû être une bien belle surprise. Bah attends, on a notre Peter Parker super intelligent, mais impopulaire. On a notre petite copine super mignonne avec de grands projets personnels. On a notre antagoniste qui est une source d’inspiration pour Peter, un modèle pour celui dont le père a toujours été absent, mais dont l’ambition le pousse à la folie. On a même la tante super cool et le tonton adorable, et on a rendu le film plus sombre. Plus sombre, c’est plus cool ! Ça marche là merde, on a coché toutes les cases ! On a même mis un grand rayon bleu dans le ciel à la fin du film, c’est tendance ça les grands rayons bleus de la fin du monde !

Prenez un chewing-gum Reptile.

Oui, mais non. Le Peter Parker de Maguire fonctionnait parce qu’il correspondait parfaitement à l’archétype du nerd, et que le film le traitait avec une certaine tendresse et de l’humour. On voyait à quel point il était impopulaire, aussi bien dans l’insignifiant (même le chauffeur de bus se fout de sa gueule) que dans le marquant (Flash et ses potes qui le martyrisent au musée). Et il faut dire que Maguire avait un peu plus la gueule du client, soyons francs. On comprenait que Mary Jane et Peter avaient une histoire qui dépassait le cadre du film, étant voisins depuis si longtemps : ils se connaissaient bien avant, ont grandi ensemble, et leurs interactions nous font comprendre que leur relation va au delà des dialogues que l’on perçoit en tant que spectateurs. Le fameux mythe de la girl next door. La tante May et l’oncle Ben ne sont pas des véhicules pour tendre une trame de fond trop complexe pour son personnage principal, mais bien des personnes adorables dont l’attachement qu’ils provoquent provient des petits faits du quotidien. “Michel-Ange, j’ai besoin de toi pour repeindre le mur” marche parfaitement bien pour comprendre le respect et l’amour que les deux se portent.

Je t’avais dit de pas jouer avec les anguilles pourtant.

Comparativement, dans la duologie The Amazing Spider-Man, tout est… cynique. Froid. Une symphonie reprise par un ordinateur. Le Peter Parker de Garfield fait du skate dans des bâtiments abandonnés, se fait reprendre par les profs dans les couloirs, mais on est censé croire qu’il n’a pas d’amis parce que… Parce que quoi, en fait, le film ? Tout ce que tu nous offres c’est des traits qui font un mec stylé du lycée. Sa relation avec Gwen Stacy se crée en trois lignes de dialogue sans aucun contexte autre qu’un Peter un brin stalker, et leur amour paraît forcé. La révélation de son identité secrète, malgré tout l’effort qu’a fait The Amazing Spider-Man pour redire sans le dire un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, se fait en cinq secondes. Et seulement pour choper plus facilement. Le père et la mère sont en fuite à cause de “insérez ici un complot random“. Le point d’orgue pour moi ? “Les promesses que l’on ne peut pas tenir sont les meilleures” susurré en fin de film pour bien te faire comprendre qu’au bout du compte, Peter Parker s’en fout un peu de tout ça tant qu’il a Gwen Stacy à la fin. La mort de ton père aimant, c’est bien mignon, mais j’ai les hormones qui me travaillent. On passera vite sur la suite avec le “meilleur ami dont on a jamais entendu parler qui revient et doit passer en deux heures au statut de meilleur ennemi” et le “fan qui devient l’ennemi à grands renforts d’effets spéciaux dégueulasses“.

Les nerfs bougent encore

Vous voyez, pour moi, le pire dans tout ceci rétrospectivement… C’est qu’il y avait de bonnes bases. Andrew Garfield a grandi avec Spider-Man comme bien d’autre, et faisait preuve d’un réel engouement pour le rôle. Emma Stone est une actrice talentueuse qui n’a rien à prouver. Un Spider-Man plus adolescent et impulsif, comme doit justement l’être The Amazing Spider-Man qui est une variante du comics où Peter Parker reste éternellement étudiant, c’est un angle intéressant. Mais à vouloir tirer dans tous les sens et intégrer des tonnes et des tonnes de trames, comme les Sinister Six teasés en fin du deuxième film, Sony a tout simplement flingué la moindre chance de renverser la tendance. Et vu la discussion entre Andrew Garfield et Amy Adams sur la pression des producteurs dans des films d’aussi grande envergure, il y a fort à parier qu’on ne revoie plus le bonhomme de sitôt en tête d’affiche d’une adaptation de la sorte ; la politesse british n’empêche pas de comprendre à quel point l’acteur a souffert dans cette grande machine.

On a pris cher hein ? Hahaha. Haha. Aaaaaah…

On connaît l’histoire : après les difficultés du second épisode, Sony a tout abandonné et cédé à la pression de Marvel pour intégrer Spider-Man dans le MCU. Tom Holland est devenu le nouveau Peter Parker, et fait des merveilles avec le personnage sous l’œil de Kevin Feige, même si les films produits directement par Sony ne sont toujours pas au niveau. Et alors qu’on attend le successeur de Far From Home (que j’ai franchement détesté, je ne vous le cache pas), la rumeur grandit sur le fait que Tobey Maguire et Andrew Garfield reprendraient leurs rôles de Spider-Man dans ce volet. Le tout, inspiré d’Into the Spiderverse, aiderait Marvel à mettre en scène le concept de multivers et amènerait vers le prochain film Doctor Strange. Et de mon humble avis, si tout ceci est bien fait, c’est un grand OUI ! Marvel ne pourra après tout pas faire plus méta que ça.

Attends y a qui qui vient déjà ?

Mais comment traiter ce pauvre Andrew Garfield ? En revoyant The Amazing Spider-Man 1 et 2, la réponse est simple pour moi : faites de lui le Spider-Man qui a pris le plus cher de tous. Et il semble que je ne sois pas le seul à le penser. L’évidence saute aux yeux après revu tous les Spider-Man, puisque les films réalisés par Marc Webb sont bien les seuls qui sont complètement dénués du moindre espoir. Très sombres, souvent pour rien. Très cyniques, même quand ils essaient d’être joyeux. Le tour de génie qui reste à réaliser serait de transformer cette terrible faiblesse, qui a ruiné la vision de The Amazing Spider-Man, en force. Et pour cela, quoi de mieux qu’un multivers qui nous permet de voir que cette absence d’espoir a créé un homme araignée bien sombre, que la touche lumineuse de Tom Holland pourrait ramener dans le droit chemin ? Du moins, comme me l’ont inculqué les écrits de Stan Lee, je reste optimiste. Si un grand film implique de grandes idées, Jon Watts semble sur le bon chemin pour son Spider-Man 3.

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