The Big Bang Theory : macho, macho nerd

Fut un temps, les geek n’étaient pas cool. Vous vous en souvenez ? Il est fort probable qu’une partie non-négligeable de notre lectorat ne l’ait jamais vécu. L’autre partie continue toujours d’halluciner que les héros de leur enfance pour lesquels ils étaient conspués soient aujourd’hui célébrés à travers le monde. Au centre de ces deux périodes drastiquement différentes, on trouve une série : The Big Bang Theory. Tout son concept repose sur le fait de faire s’affronter deux mondes : celui dit “normal”, et celui des “geeks”, avec pour slogan dominant sur sa première saison “Smart is the new sexy”. Aurait-elle eu un rôle plus profond à jouer qu’être un simple divertissement ? C’est avec cette question en tête que j’ai enchaîné les saisons de la sitcom américaine.

Les traditions ma bonne dame

Avant même de parler de la série, il faut tout d’abord souligner sa nature : celle de sitcom. La “sitcom”, pour “situational comedy”, est un genre de comédie qui se veut mettre en scène un nombre limité de personnages et les faire évoluer au sein de multiples environnements. Tout repose sur l’idée d’en connaître les personnalités, et de trouver l’humour en les propulsant dans des situations variées pour voir leurs réactions. Et tout le sel vient du fait que les spectateurs seront attachés à ces derniers, qui feront partie intégrante de leurs vies en étant un rendez-vous immanquable de leur quotidien. Et bien sûr, la sitcom peut grâce à cela exercer une très grande influence sur un large groupe de personnes, et faire de ses épisodes des événements suivis par des millions de personnes à travers le monde.

L’Americana dans toute sa splendeur

Mais plus que tout, la sitcom est un art américain. Si d’origine, le format a d’abord été créé pour la radio, c’est grâce à l’expansion de la télévision au cours des années 40 qu’il a gagné sa véritable force. Quant à ses règles, il les a trouvées par le biais du réalisateur et producteur William Asher, reconnu comme “l’homme qui a inventé la sitcom” en étant le responsable de dizaines de créations importantes de l’époque (notamment I Love Lucy). Pourquoi ce rappel ? Pour que vous ne fassiez pas l’erreur de sous-estimer l’importance culturelle du format sur le grand public. Depuis de nombreuses années maintenant, les États-Unis sont les leaders de la culture dans le monde, leur influence se sentant dans toutes les créations artistiques à travers l’Asie et l’Europe. Ne me dites pas le contraire alors que la moitié des shows que vous avez regardés à la télévision en grandissant était des doublages de productions américaines.

Quoi, personne ne vous a dit que la vie serait ainsi ?

La sitcom jouit donc d’une position d’influence globale. Ce qui est montré dans une sitcom peut avoir un impact générationnel énorme. Aussi, quand une série comme The Big Bang Theory, produite par l’une des plus grosses chaînes américaines en la présence de CBS, se décide à mettre en avant un pan culturel oublié ou sous-estimé : c’est important. Très important. Cela garantit que le grand public — comprenant vos grand-parents, parents, oncles et tantes éloignés — va être empathique envers un profil type qui ne les intéressait pas jusqu’alors, et s’intéresser à une nouvelle strate culturelle qu’elle aurait jugé hâtivement auparavant. “Vu à la TV” a plus d’influence que vous ne le pensez, et les sitcoms sont centrales dans cette influence puisque représentant le produit à la plus large consommation.

La conquête des nerds

The Big Bang Theory ne se place pas uniquement sur un produit culturel très important. Il surfe aussi sur une tendance culturelle importante. À la fin des années 90 et au début des années 2000, les enfants nerds sont devenus les nouveaux créateurs, et ont pu commencer à pousser le cinéma de genre devant les yeux du grand public. En 1999 par exemple, les sœurs Wachowski nous ont offert Matrix, un film mêlant technologie et concepts philosophiques pour donner une œuvre récompensée de multiples fois et un carton plein au box-office. En 2000, Bryan Singer sort son film X-Men et montre aux yeux du grand public que les comics de leur enfance peuvent donner des films grand public intéressants. 2001 voit naître sur grand écran une nouvelle adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson. En 2002, Sam Raimi reprend le projet Spider-Man des mains de James Cameron et déclenche un carton planétaire qui justifiera la création d’une trilogie entière. En 2005, Christopher Nolan se penche sur une nouvelle adaptation de Batman au cinéma, dont l’impulsion donnée par Tim Burton en 89 a trop vite été freinée par le ridicule de Joel Schumacher. Même en France, bien qu’en retard bien sûr, Plus Belle la Vie a tenté d’insérer un petit morceau de culture geek devenu légendaire.

Le moment où le coolomètre a basculé dans le positif

Alors que la nouvelle vague d’adaptation de comics s’abat sur le cinéma, que le jeu vidéo devient de plus en plus populaire et que la culture nippone ne cesse de prendre de l’importance à la télévision… les bons observateurs ont rapidement compris que le vent était en train de tourner dans l’industrie du divertissement. Les nerds étaient en train de prendre leur revanche. Et là où le cinéma réadaptait des histoires connues de tous en les rendant plus facilement compréhensibles pour le grand public, la télévision se contentait encore d’adapter des œuvres connues du format littéraire en quelques dessins-animés pour enfants. Une place était encore vacante : une série grand public qui surferait sur cette vague. Chuck Lorre et Bill Prady l’ont probablement senti, ce qui a mené à la création de The Big Bang Theory en 2007. Mais ils n’étaient pas seuls pour autant : en Angleterre, The IT Crowd prenait le même créneau en 2006 sur la chaîne Channel 4. Cependant, je ne creuserai pas plus puisque… j’ai bien envie de vous parler de cette dernière sur Le Grand Pop à l’avenir.

Le meilleur de l’humour anglais dans le contexte geek

Aujourd’hui, lorsque l’on parle de l’influence de la culture geek sur la culture populaire grand public, on pense naturellement au Marvel Cinematic Universe. Et si l’on doit dater le début de celui-ci, on mettra naturellement en avant l’adaptation d’Iron Man par Jon Favreau, sortie en 2008. Cependant, cette adaptation n’aurait jamais été possible sans tous ces mouvements premiers. Le MCU n’a fait qu’entériner le verdict : les geeks sont une puissance de consommation culturelle colossale dont il faut absolument profiter.

Geeks next door

C’est dans ce contexte que Chuck Lorre et Bill Prady ont réfléchi à la création d’une nouvelle sitcom. L’idée est née de leurs discussions, alors que Bill racontait à Chuck les folies qu’il a pu observer au sein de la Silicon Valley. Mettre en scène des personnes extrêmement intelligentes a commencé à leur trotter dans la tête, mais ils voulaient se séparer du besoin de profit de ces organisations, ce qui a donné… les physiciens. Des chercheurs descendants des plus grands penseurs, mais dont le travail ne cherche pas à avoir pour conséquence directe le profit. Et pour jouer sur le contraste, une nouvelle voisine physiquement sublime et appartenant à un tout autre monde. Un monde… “normal”. Cependant, le premier pilot qui a été refusé par CBS ne mettait pas en scène “Penny”, l’aspirante actrice temporairement serveuse au Cheesecake Factory, mais Katie, jeune femme à la rue invitée à rejoindre la colocation. Sheldon n’était pas même asexuel, et y confessait son amour des grosses fesses… Fort heureusement, ce pilot a complètement foiré ses tests d’audience, et les créateurs ont revu leur copie pour tomber sur la dynamique que l’on connaît aujourd’hui.

Le concept de “girl next door” est très littéral

Cela n’empêche pas qu’en prime d’être une sitcom, The Big Bang Theory reprend aussi un mythe américain bien connu : celui de la “girl next door”. Il s’agit d’une sorte de fantasme culturel qui est censé représenter le fait que la “copine d’enfance”, celle qui est la plus proche de chez nous et avec laquelle on grandit, vaut mieux que toutes les autres. En somme, la plus naturelle, celle qui partage notre vie quotidienne plutôt que celle sur laquelle on base des espoirs infondés. Il faut le souligner : ce mythe a progressivement été renversé (comprenez : ne tapez pas ces trois mots sur Google sans SafeSearch) pour devenir le fait que cette fameuse fille soit extrêmement séduisante, et qu’en partager le quotidien l’incite à voir au-delà des apparences pour tomber amoureuse de son voisin. L’originalité de The Big Bang Theory tient dans le fait qu’il utilise ce mythe dans les deux sens : d’un côté, l’usage traditionnel. De l’autre, son renversement, où si l’on observe l’histoire du point de vue de Penny, il s’agit plus d’un “geeks next door”.

Pour moi l’un des meilleurs épisodes

C’était du moins le concept premier. Et sous le prisme d’une mise en lumière de la culture geek, certains moments dans le show sont absolument parfaits. Celui qui me vient en tête en premier est lorsque Penny devient addict au MMO Age of Conan, ce qui non seulement offre bien des rires, mais permet aussi au grand public de comprendre d’où vient d’ordre général l’addiction au jeu vidéo. Et surtout le fait que sa source ne vient pas du jeu lui-même, mais de l’état psychique de la personne. Ou encore lorsque les filles du show commencent elles-mêmes à débattre sur des sujets de pop culture, soulignant le fait que ces discussions sont tout simplement drôles à avoir et ne sont pas aussi bizarres qu’elles puissent paraître d’un point de vue extérieur.

Des hommes avant tout

Hélas, ce n’est pas ce qui est le plus représenté dans The Big Bang Theory. La nature première du pilot de la série en dit plus sur le problème fondamental de TBBT qu’on pourrait le croire. Car parfois, très souvent même, on ne rigole pas avec les personnages… mais des personnages. Toutes les vannes sont basées sur l’idée que les geeks ne correspondent pas à l’idée de “normalité” que suggère le script, mais tombent trop souvent dans la facilité de pointer du doigt les différences plutôt que de souligner une normalité alternative. Cela se voit particulièrement dans le fait que The Big Bang Theory glisse saison après saison vers la romcom, et que cette romcom est terriblement basée sur une masculinité assez… viriliste. Parfois borderline toxique. Pour le dire clairement : les nerds sont présentés comme normaux sur la base d’avoir envie de baiser. Qu’ils le disent avec des références geek ne change rien au fait qu’ils sont des chauds-lapins. Et lorsqu’ils montrent une plus grande sensibilité, ils sont souvent immédiatement moqués. À deux doigts de balancer du “fais pas ta femmelette” à tort et à travers.

Les personnages féminins en souffrent eux-mêmes. L’exemple que l’on citera le plus souvent vient du fait que Penny, le personnage féminin principal, est la seule à ne pas avoir eu le droit à un nom de famille. Si fort heureusement cela ne l’a pas empêché de connaître une évolution touchante au fil de l’aventure, lui permettant de dépasser le rôle très bas du front de “la jolie voisine de palier”, il faut reconnaître que ce fait souligne un problème majeur dans l’écriture de la série. Les autres femmes du groupe principal, Bernadette et Amy, qui ont été rajoutées après trois saisons, en souffrent d’autant plus. La grande majorité des scénarios les mettant en scène, particulièrement Bernadette, ne sont que sous le prisme de leur relation avec leur homme. Et lorsque les épisodes tentent de se concentrer sur les relations entre les femmes de la série, elles sont souvent remplies de “trucs de nana” comme seul un homme peut le concevoir.

Un épisode en particulier voit Amy et Bernadette sortir ensemble dans une sorte de boîte branchée, et le dialogue commence avec Amy disant à Bernadette qu’il est bon de se retrouver entre femmes de science, que lorsqu’elles sont trois avec Penny, elles finissent généralement par ne parler que de leurs couples… avant que deux hommes au bar leur offrent un verre, et que toute perspective de les voir partager un dialogue intelligent soit jeté à la poubelle au profit d’un pinaillage sur l’attention que deux inconnus leur porte. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un aveu des scénaristes sur leur incapacité à donner plus de dimension à ces personnages. Le rôle de Raj, l’éternel célibataire de la série, peut aussi être vu comme l’opportunité pour les scénaristes de garder l’humour macho des premières saisons. Et ce au détriment de l’évolution profonde du personnage, qui comparativement à ses camarades paraît constamment sous-exploité. Parfois même de manière gênante, les blagues amicales du début sur ses origines et son accent finissant par avoir un goût amer à la fin.

It all started with a big bang

Cependant… il est difficile d’être totalement négatif en regardant The Big Bang Theory. Déjà parce que sa perle rare, Sheldon Cooper, incarné par Jim Parsons, est véritablement un personnage à part qui donne une fraîcheur inédite à la série. Aussi parce que malgré tout, la sitcom a réussi sa mission de faire de la culture geek une culture parmi tant d’autres, qui ne méritait pas les quolibets qu’elle se prenait jusque-là. Et au-delà même de cette culture populaire, elle a su aussi mettre en avant des concepts scientifiques importants et actuels qui ont poussé de nombreuses personnes à s’intéresser à la science. Ce point, on le doit au travail de David Saltzberg, physicien et professeur au UCLA devenu consultant pour The Big Bang Theory, qui a rempli sa mission avec brio. On doit aussi reconnaître une certaine mise en avant de figures importantes du milieu, comme Neil DeGrasse Tyson ou encore Stephen Hawking, au même titre que des acteurs comme George Takei ou Summer Glau. Dommage que côté science, seuls deux noms féminins extérieurs au groupe remontent : la véritable prix Nobel Frances H. Arnold, qui n’est apparue que dans la dernière saison, et la factice Dr. Elizabeth Plimpton dont le seul trait est de… chercher à coucher avec tout le monde. Ok les mecs.

La dernière apparition médiatique d’un grand homme

Et si les nerds de la série sont tournés en dérision parfois injustement, il n’empêche que The Big Bang Theory invitait malgré tout à la compassion, et que la moquerie restait majoritairement dans le cadre de leur cercle privé. Qui ne se moque pas d’un ami proche après tout ? Sous ce prisme, on peut pardonner quelques égarements. Quant au machisme ambiant, il peut s’expliquer par la période. 2007 est une ère bien différente de 2020, et le public avait bien moins à cœur l’ouverture. Si l’on prend The Big Bang Theory pour ce qu’il est, un produit de son temps et de la société dans laquelle il se propage, son machisme n’est qu’un reflet des valeurs les plus répandues. Difficile d’argumenter que cette vision machiste des relations hommes/femmes n’avait pas court à l’époque, et n’a pas encore court aujourd’hui. Puisqu’une sitcom se doit d’utiliser des archétypes pour parler au plus grand nombre, elle nous offre aussi une simplification de la pensée dominante qui peut parfois être difficile à voir… mais tout de même importante à considérer.

The Big Bang Theory a tout de même un bon fond

Ce qui importe est le message final. The Big Bang Theory a petit à petit évolué pour passer d’une sitcom à une romcom, sans sacrifier pour cela la nature première de ses personnages, et a de ce fait quelque peu perdu en cours de route son aspect de représentation de la culture geek. Mais ce faisant, il a donné au grand public la pensée que des profils type de personnes qui leur étaient jusque là inconnus voire effrayants avaient à cœur les mêmes valeurs qu’eux : l’amour, la famille, le travail… Et grâce à cela, je suis convaincu que le succès de The Big Bang Theory a mené à cette vague extraordinaire d’intégration de la culture geek par le plus grand nombre.

Pour cela, j’ai envie de la remercier d’avoir su représenter ma culture auprès du grand public. Mais tristement, je refuserai toujours catégoriquement qu’elle me représente.

Vous pourriez aussi aimer

4 commentaires

Bibousiq 31 août 2020 - 23 h 01 min

Excellent article sur une série que j’ai vu du premier au dernier épisode et que je continue à revoir sans me lasser (comme Friends d’ailleurs). Il est vrai que les rôles de Bernadette et Amy sont un peu trop souvent liés à leurs alter ego, un peu comme si elles ne pouvaient exister par et pour elles-mêmes. Toutefois, dans leurs relations, elles ne sont jamais dominées par leurs hommes, du moins pas Bernadette, dès le début, suivie par Amy au bout de quelques saisons. Bien au contraire, même si elles semblent céder le pas parfois à leurs compagnons, c’est plus en raison de contraintes sociales (le rôle que la “société” assigne aux femmes, du moins au moment de la création de la série), qu’en raison de la dynamique propre à leur couple.
S’agissant du couple Penny et Léonard, pendant longtemps, c’est surtout Léonard qui était prêt à tout pour Amy, reniant même son envie de devenir père par amour pour elle, avant qu’un équilibre ne s’établisse…malheureusement trop tardivement et trop brusquement et ponctué par une grossesse qui ne pouvait apparemment s’expliquer que par une beuverie…
Enfin, en ce qui concerne Raj, je trouve que les scénaristes ont totalement raté l’évolution du personnage. Certes, sur un plan purement humain, il est louable qu’il ait réussi à sortir du rôle d’enfant gâté pour enfin s’assumer en tant qu’adulte responsable; mais du point de vue sentimental, quel gâchis. Il semble que pour les scénaristes, bien que n’ayant eu que des relations avec des femmes blanches durant toute la série, il ne pouvait envisager un mariage qu’avec une femme indienne, cédant ainsi aux injonctions de la tradition de son pays d’origine (mariage arrangé) alors même qu’il semblait justement se débarrasser de ce carcan. Et au final, une dernière pirouette scénaristique l’empêche d’aller au bout de son projet et l’ancre définitivement comme le seul célibataire du groupe, comme si l’étranger ne pouvait totalement se fixer sur sa terre d’adoption.
Malgré ces quelques critiques, je répète adorer la série, d’autant plus qu’elle use à merveille de concepts et de théories scientifiques fort à propos.

Répondre
OtaXou 31 août 2020 - 23 h 24 min

Merci beaucoup pour ce grand commentaire ! On se retrouve beaucoup dans nos avis héhé

Là où j’ai du mal à voir le dirigisme des femmes sur leurs hommes comme une force féminine dans le show, c’est à cause de l’alliance entre le ton très mascu du reste et le fait qu’ils soient moqués à la fois. Aussi, l’ascendant des femmes de la série sur les hommes peut aussi bien être vu comme une preuve de leur force… que comme un des accessoires permettant d’envoyer une vanne aussi crasse que “tu t’es fait battre par une fille”, si tu vois ce que je veux dire. Et vu la tendance générale de la série, j’aurais tendance à penser qu’il s’agit du second ; l’extrait avec l’appli fouet tend à aller en ce sens.

M’enfin, ça ne reste que du ressenti très personnel. Et puis dans l’absolu, je ne pense pas que les créateurs avaient à cœur de faire ça. C’est simplement… un reflet de l’époque ma foi. Après tout, même Friends a ce côté doucement homophobe de sa période, et ça ne l’empêche pas d’être célébré aujourd’hui. Fort heureusement, on évolue au fil des ans !

Répondre
IronB 1 septembre 2020 - 15 h 36 min

Très bon article sur une série à laquelle on accroche ou non.
Personnellement, j’avais été emballé durant les 4-5 premières saisons et ce que vous décrivez a fini par me faire décrocher. Notamment en cause, tout le personnage de Léonard dont le seul objectif durant ces saisons doit être simplement de “chopper” Penny comme un fantasme inachevé des pom-pom girls qui l’ont toujours rejeté. Autant je trouve l’évolution de Penny très agréable surtout dans ses interactions avec Sheldon, autant le couple qu’elle forme avec Léonard me semble malsain au possible. Penny se rabat sur lui parce qu’il est “un nice guy” et Léonard est avec elle, car elle est jolie.

La réussite de nos personnages (dans la série, du moins) semble se limiter à savoir s’ils réussiront à “choper” et s’ils chopent, s’ils réussiront à la garder. Et c’est le cas de tous les personnages, aucun n’a de souhait autre que celui de finalement pouvoir se caser ou de pouvoir coucher. Je trouve que cela renvoie une image vraiment déplorable de la culture geek comme une culture où la seule préoccupation de ses membres serait de devenir socialement accepté pour pouvoir coucher. Encore, j’aurais accepté si les “geeks” avaient été des adolescents dont les hormones travaillent, mais là ceux sont des adultes, des membres actifs de la société qui se conduisent comme des adolescents en rut. Et le problème, c’est qu’aucun personnage ne vient contrebalancer cette image. Aucun geek qui a une vie normale, qui parle occasionnellement de Star Wars ou de comics tout en s’habillant et parlant normalement et dont le seul objectif ou problème dans la vie semble être de coucher.

Rajouter à cela qu’on ne rit pas avec les personnages, mais on se moque d’eux. On se moque de leur façon de jouer a des jeux de plateaux, de la fascination de Sheldon pour les trains, des problèmes de Raj avec les femmes, de la relation entre Howard et sa mère etc. Le problème, c’est que le rire ne vient pas seulement des répliques entre les personnages, mais des situations dans lesquels les personnages se retrouvent, car ils sont geeks.

Selon moi, c’est juste une série que l’univers geek pourrait être un bon filon et qui ont décidé de l’exploiter. Rien qu’à voir le pilot que vous décrivez avec un Sheldon aimant les fesses (le cul encore une fois.) et une Penny en situation de faiblesse, ça me donne une bonne idée de ce que pensent les créateurs des geeks. (Ou des hommes en général, dans les deux cas, c’est un peu effrayant.) Je trouve ça dommage que cette série soit devenu le vecteur de popularisation ou “d’acceptation” de la culture geek quand on voit les tares qu’elle porte.

Enfin, pour le sexisme, je trouve qu’au contraire il est un peu gentil de l”‘excuser” par le contexte de l’époque. Buffy était déjà passé par là depuis quelques années. D’ailleurs, c’est dans cette série qu’on retrouve une meilleure représentation des geeks (dans le sens qui montre autant les bons que les mauvais côtés) que dans l’intégralité de Big Bang Theory.

Whedon avait d’ailleurs eu le nez de déceler dès le début des années 2000 une misogynie latente dans certaines communautés geeks, une impression que la sexualité ou la richesse leur ait du sous-prétexte de leur supériorité, des caractéristiques qu’on retrouve chez Warren, principal antagoniste de la saison 6 (Autrement dit, Whedon avait défini le futur des incels avant même leur radicalisation au cours des dernières années). Pour contrebalancer cette image d’un geek purement négatif, la série a tout simplement fait de Xander un geek, pas besoin d’être chercheur en physique pour en être un apparemment.

Répondre
OtaXou 1 septembre 2020 - 15 h 40 min

Merci pour ce commentaire ! Et dans les grandes lignes, on est bien d’accord 🙂
Je tiens juste à bien repréciser : expliquer ne veut pas dire excuser bien sûr. J’essayais surtout de dire que plus que de lutter contre The Big Bang Theory, ce qui n’aurait plus grand sens à notre époque, il fallait se concentrer sur la racine du problème qui reste sociétal et actuel 🙂

Répondre

Laisser un commentaire