Umbrella Academy – saison 2 : un grand pouvoir irresponsable

“Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.” Voilà la phrase choc de Ben Parker qui a animé l’adaptation en film de Spider-Man par Sam Raimi, et est devenue en quelques instants un symbole de la pop culture. Mais plus que tout, cette mentalité s’est infiltrée dans de nombreuses adaptations de comics, qui ont à cœur de nous montrer la grande responsabilité d’être un héros. Le poids moral d’être extraordinaire. L’exemple à suivre, qui peut fléchir mais jamais tomber. Eurgl. L’attrait premier des comics a toujours été ça : le super-héros, ou même héros d’ailleurs (big up Batsy), qui nous amène dans une folle aventure à grands renforts d’action et de suspense. Mais si ces récits ont réussi à perdurer et à captiver les lecteurs jusqu’à l’âge adulte et plus encore, c’est bien parce qu’ils ne se résument pas à ça : derrière les artifices se cache toujours l’humanité.

Après que Marvel ait abandonné ses diverses collaborations pour se concentrer sur la production in-house en direction de Disney+, Netflix s’est retrouvé sur le carreau. On ne peut le nier : les Daredevil et autres Jessica Jones de ce monde ont été un élément important dans l’attrait perçu de la plateforme. Mais plutôt que de baisser les bras, Netflix s’est tourné vers une autre licence : Umbrella Academy. Un comics édité par Dark Horse (Delcourt en France), l’indépendant qui est loin d’avoir des chevaux dans la course (lol) que se livrent Marvel et DC Comics, et est simplement bien heureux de continuer son bonhomme de chemin.

Under My Umbrella

Va-t-on seulement parler du comics ? Absolument pas. Je vais plutôt profiter de l’occasion pour vous parler plus globalement d’adaptation. Non, Umbrella Academy version Netflix n’est pas identique à sa version comics. C’est même loin d’être le cas, qu’il s’agisse du design des héros, des antagonistes mis en avant ou même des divers événements. Bien sûr, les lecteurs retrouveront les grandes lignes de certains arcs, mais une nouvelle vision est apposée à l’œuvre imaginée par Gerard Way et Gabriel Bá. Saviez-vous par exemple que Klaus était normalement blond et plutôt dans la tendance gothique germanique ? Robert Sheehan ne correspond pas tout à fait à cela.

Luther a normalement une tête humaine sur un corps de gorille. Littéralement.

Et on s’en fout. Par pitié, que les puristes se calment : on s’en fout, vraiment. Après ces dix dernières années, j’ose espérer que nous sommes tous au courant maintenant que chaque nouvelle adaptation apporte une nouvelle vision, une nouvelle fraîcheur, et que même une adaptation en film ratée n’annule absolument pas la grandeur du matériau original. Bien au contraire : elle met au devant d’un public souvent non-averti une nouvelle licence à creuser. Même les adaptations ratées ont le pouvoir de faire grandir un comics réussi. Rien ne remplace jamais rien. Détendez-vous : vous voulez que votre œuvre favorite soit lue par le plus grand nombre n’est-ce pas ? C’est un moyen comme un autre. Ici, Gerard Way reste un producteur sur la série, et a donc son mot à dire sur l’adaptation. Il y a donc fort à parier que toutes les modifications opérées par et pour Netflix ont été validées par l’homme lui-même.

Rize of the Fenix

Va-t-on parler de la saison 1 ? Succinctement. Voyez-vous, la saison 1 d’Umbrella Academy sur Netflix m’a laissé… une bonne impression. Et c’est à peu près tout. C’est au cours de celle-ci que l’on découvre les sept enfants spéciaux adoptés par l’excentrique milliardaire Sir Reginald Hargreeves. C’est aussi dans cette saison que l’on découvre leur enfance tragique, leurs liens difficiles et leurs pouvoirs. La force surhumaine, remonter dans le temps, communiquer avec les morts, influer sur les faits et gestes de n’importe qui à l’aide d’une simple phrase… Et puis l’excentricité : le robot maternel, le majordome singe parlant. Mais pour tout ce que cette saison 1 a réussi, il lui manquait à mon sens une chose : l’originalité. Si touchante soit l’histoire de Numéro 7, incarnée par la toujours excellente mais condamnée à se jouer elle-même Ellen Page, elle fait partie aujourd’hui des poncifs des histoires de super-héros. L’enfant maudit, dont le cadeau est le poison, a été surexploité dans cette idée qu’un “grand pouvoir implique de grandes responsabilités“. Le parallèle avec Jean Grey, l’habituelle Dark Phoenix de X-Men, est aussi simple à faire qu’encouragé.

Cette scène en particulier est si… Jean Grey

Il restait tout de même quelques éléments intéressants à mes yeux dans la saison 1. Bien sûr la relation du groupe en lui-même, dont les instants de vie relevaient l’ensemble pour moi. L’existence également au sein d’une même dynamique de plusieurs pouvoirs qui pourraient être qualifiés d’extravagants dans d’autres séries ; pouvoir parler et faire revivre les morts, ou voyager dans le temps, est généralement réservé à un personnage ultra-puissant dans un groupe de super-héros ; là où ils coexistent ici d’égal à égal dans le groupe. Et puis comment ne pas parler des acteurs ? Si Ellen Page a naturellement le droit au top-billing, retrouver Robert Sheehan (Misfits) est toujours un plaisir pour moi. Mais la véritable claque de l’excellent casting de la série vient pour moi d’Aidan Gallagher, l’acteur de seulement 16 ans (à l’écriture de cet article) qui à lui seul arrive à porter le show. Il faut dire qu’il incarne Five, le personnage sur lequel se repose une grande partie de l’intrigue, mais aussi un homme de 58 ans piégé dans un corps de 13 ans. Aidan Gallagher a réussi à rendre le tout crédible, car même du haut de ses trois pommes, il arrive à avoir une présence impossible à ignorer. Vous m’avez compris : il ne restait à la série que le potentiel d’être excellente… pour peu qu’elle réussisse sa saison 2.

The End Has No End

Celle-ci démarre directement à la suite de la première, et nous montre l’arrivée de la famille dans les années 60. Cependant, chaque membre de cette dernière est éparpillé, certains arrivant plus tôt que d’autres, jusqu’à l’arrivée de Five. Et qui dit Five dit évidemment apocalypse : il arrive à l’exact moment où le monde touche à sa perte sous les bombes nucléaires, et retourne quelques jours dans le passé pour tenter de l’arrêter. Une nouvelle fois donc, la famille Hargreeves doit tenter de sauver le monde. Un premier aperçu qui m’a rendu… suspicieux. Voyez-vous, dans un show de super héros, une première saison réussie pousse parfois les créateurs à réaliser une copie carbone sur la seconde, ne changeant que certains éléments pour rafraîchir quelque peu la formule. Et cette “astuce” est très rarement efficace. Alors lorsqu’il s’agit d’un show qui met en avant le voyage dans le temps comme Umbrella Academy ? C’est plus que dangereux.

Je suis donc bien heureux de vous dire qu’il ne s’agit que d’une première impression. Dès le premier épisode, la saison 2 nous montre qu’elle veut se jouer de cette familiarité. Elle n’est en vérité utilisée que pour mettre plus en avant le changement de mentalité de chacun des personnages. Luther, écrasé sous le poids des responsabilités dans la saison 1, se glisse dans le rôle du molosse au grand cœur. Le complexe du héros de Diego est vite moqué alors qu’il devient le conspirationniste déjanté du lot. Allison a presque abandonné ses pouvoirs, et par la même retrouvé confiance en ses propres capacités. Tous ont bien évolué, et ont trouvé ou finissent par trouver une sorte de paix intérieure qui nous permet de mieux les appréhender en tant que personnages complexes, multi-facettes.

Leur pouvoir est lié à leur personnalité, leur personnalité évolue devant nos yeux, donc leur pouvoir également”

C’est exactement ce sur quoi joue toute cette saison 2. Si l’on pourrait croire que le message principal d’Umbrella Academy est le fait de pouvoir toujours compter sur sa famille, il n’en est rien. Au-delà de tout, il s’agit d’assumer ses défauts et les épreuves subies pour aller de l’avant, avec des alliés qui nous comprennent sans nous juger. Et chacun des personnages mis en scène a bien besoin de ça, puisqu’étant bien moins un parangon de vertus qu’un exemple typique d’une affliction particulière. Pour être honnête, tout le sel de cette saison tient dans le fait de voir évoluer les sept membres de la famille, et malgré leurs tribulations de les voir toujours garder à cœur de s’entraider. J’apprécie particulièrement que lorsque leurs pouvoirs évoluent, le show n’en fait pas grand cas puisque c’est naturel : leur pouvoir est lié à leur personnalité, leur personnalité évolue devant nos yeux, donc leur pouvoir également. Nul besoin d’artifices, ni de le souligner au travers d’un dialogue ; on sait tous pourquoi.

The Times They Are A-Changin’

Au-delà du groupe qui crée le fil rouge, l’intrigue de cette saison reste excellente. Centrée autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, à la source de toutes les modifications d’espace-temps, elle en profite pour aborder des sujets plus que sensibles comme l’homophobie ou encore la ségrégation raciale ayant toutes deux déjà cours à l’époque. Mais plus que de chercher à avoir une vision globale, presque documentariste des choses, Umbrella Academy trouve sa place en y racontant des histoires humaines poignantes grâce à des personnages secondaires intéressants (et là encore excellemment joués). Sissy ou Raymond sont loin d’être de vagues love interests, mais ont des personnalités bien ancrées qui complimentent superbement leurs partenaires de jeu.

Ce nouveau personnage, Lila, est génial de bout en bout

Ne pensez pas pour autant que l’excentricité d’Umbrella Academy s’efface sur cette saison 2. Bien au contraire : elle est amplifiée. Le showrunner et les scénaristes ont trouvé leur ton dans la saison 1 ; ils le maîtrisent dans la saison 2. S’en suivent des dialogues parfois perturbants de violence, mais toujours avec ce brin de légèreté qui les rendent humoristiques. Les dialogues touchants sont toujours comblés de vannes qui fusent, mais qui ne sont jamais totalement gratuites ; de ces plaisanteries que seules les familles soudées peuvent se permettre. Du même temps, sa seconde intrigue basée sur The Handler et sa fille “adoptive” Lila permet de creuser la trame de l’univers de La Commission, des voyages temporels, en y ajoutant du même temps de la couleur, du “comic book”, par le biais du poisson rouge ultra intelligent AJ Carmichael ou de la grande bataille finale. Umbrella Academy se permet même quelques références à la pop culture qui tombent à pic (Captain America ou encore Terminator), car elles sont moins utilisées pour faire un clin d’œil au spectateur que pour faire comprendre la scène en quelques secondes. Une sorte de “eh oui, c’est ça l’inspi !” qu’on apprécie bien plus qu’un “vous voyez nous aussi on est des geeks lololo”.

What Difference Does It Make ?

Et que dire de la réalisation ? Ce passage aux années 60 permet à la série de trouver des environnements plus chatoyants, qui sortent de la direction plus lugubre et gothique de la saison 1. Et ces nouveaux décors complètent parfaitement la réalisation, qui vient chercher de nouveaux plans de caméra dynamiques pour des scènes qui fourmillent de détails. Pour tout vous dire : si l’on y prête attention, le grand twist de cette fin de saison est en vérité disséminé tout le long des épisodes. Même l’évolution de chaque personnage est visible par leurs actions dans les scènes mineures tout autant que sur leurs costumes, comme l’appétit de Luther ou l’araignée présente sur les robes de The Handler. Rien n’est laissé au hasard, tout est maîtrisé. Son seul péché peut-être ? Une chorégraphie quelque peu convenue sur les scènes d’action, mais qui est contrebalancée par un usage minutieux de la bande-son qui vient souligner le cœur du sujet avec des paroles liées, quitte à utiliser pour cela des reprises plus lentes de titres connus. Mention spéciale à Dancing with myself placé sur une scène sublime.

Mais au-delà de tout ça, ce qui fait qu’Umbrella Academy réussit sa transformation sur cette saison 2 est sa capacité à mettre en scène avec tendresse et sarcasme ses personnages bariolés. Si l’on suit le listing des psychoses et névroses en présence, on serait plus que tentés de croire à une série dramatique. Mais il n’en est vraiment rien : Umbrella Academy n’est ni humoristique, ni dramatique. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait une série de super-héros, ni de gens banals. Au bout du compte, c’est une série qui nous invite à faire partie d’un groupe de parias, d’irresponsables jetés dans une destinée trop importante pour eux, mais dont le cœur pur les pousse à essayer de faire le bien. Autant que leurs propres défaillances ne le permettent. Que l’on ait des super-pouvoirs ou non, n’est-ce pas là notre lot à tous ?

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2 commentaires

Cedric19 11 août 2020 - 22 h 15 min

Excellente série. La saison 1 avait mis du temps à tout mettre en place. Il fallait bien résister aux 5-6 premiers épisodes pour être enfin accro. Et la saison 2 elle démarre directement. Numéro 5 toujours au top.
Ça change vraiment des séries où les gentils sont toujours parfaits. Un peu dans le même esprit que the boys. D’ailleurs 2 des grosses claques séries de l’année passée.

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OtaXou 12 août 2020 - 15 h 02 min

Et deux grosses claques que l’on a couverte sur Le Grand Pop d’ailleurs, puisque Menraw y est allé de sa plume sur The Boys héhé

Complètement d’accord avec toi : dans le contexte des séries “super héroïques”, voir des héros multi-dimensionnels fait vraiment du bien !

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