The Mandalorian : retrouver l’essence sans la plomber

Que faire de plus emblématique dans la communauté geek que Star Wars ? Il est presque impossible d’arriver à la cheville de ce monstre sacré de la culture alternative devenue populaire, tant il aura su présenter au grand public et rendre naturel les valeurs d’une sous-culture jusque là impopulaire. Il aura même créé le blockbuster qui apparaît comme commun aujourd’hui, tout comme le merchandising incessant autour des plus grandes licences.

Mais Star Wars n’a jamais été limité à cela. Derrière les strass et paillettes, le simple amour de voir des vaisseaux dans l’espace virevolter et exploser pour renverser Space Hitler, il y a aussi… une philosophie. Une mentalité. Une spiritualité toute aussi importante que tout le reste, mais plus indicible, en sous-texte. Le genre d’oeuvre qui crée des piliers pour les mentalités enfantines sans même que l’on s’en rende compte, influençant aussi bien les rêves que la morale des adultes en devenir.

« Que ferait Han Solo déjà ? »

La revanche des Siths

Pas étonnant donc que Star Wars soit devenu aussi gros qu’il est. Menraw vous a déjà narré sa relation avec la saga indémodable, et celle-ci est partagée par chacun des membres de l’équipe Le Grand Pop. Face à la prélogie et ses faiblesses, cette opportunité un peu manquée mais pas tout à fait détestable, le même trouble nous a saisi. Et suite à la vente de Star Wars au profit de Disney, les mêmes craintes pour les mêmes déceptions face à un épisode VII frileux et un épisode VIII au mieux insultant. Après l’excellent Rogue One a suivi l’oubliable — et déjà oublié — Solo, et la pensée de voir l’univers s’étendre comme il le faisait sous l’ère Lucas ne paraissait plus qu’un rêve.

Écoutez, ou plutôt lisez : je travaille dans le journalisme tech. Aussi, à l’horizon de Disney+, et observant depuis maintes années la guerre des plateformes de VOD s’organiser, je ne pouvais que voir la souris étendre ses oreilles plus encore, d’un rire qui auparavant enchanteur prenait de plus en plus des sonorités démoniaques. Capitalisme, mon amour. Une série exclusive pour Disney+ dans l’univers Star Wars ? Qu’importe. Mon cœur n’a que trop tenté de pardonner ces nouveautés qui ne me parlent plus.

+ tes photos de vacances dans le Gers, on possède tout fiston.

L’attaque des clones

C’est facile. Facile pour Disney de tout racheter, lancer son service des années plus tard, et ne plus chercher qu’à contenter la nostalgie qui impreigne nos communautés devenues toujours plus en demande de “la même chose en différent s’il vous plaît”… quitte à oublier que ces univers qu’ils aiment tant sont nés d’une simple idée, et de personnes assez folles pour y croire. Le manque de courage d’une industrie toute entière qui dépense sans compter pour ne pas perdre le moindre sou. Des produits, encore et encore, que j’apprécie mais qui ne m’enchantent pas comme a pu le faire la trilogie originale et la magie qui en transparaît. La folie, aussi.

“Don’t hate the player, hate the game” diront certains, mais le ‘game’ existe uniquement parce qu’il a des ‘players ‘. Alors va donc faire tes sous Disney, pensais-je alors, tu le fais si bien. Je jetterai un œil, toujours, par curiosité, mais tu n’as plus mon engouement. La larme de joie née en voyant le Millenium Falcon décoller une nouvelle fois dans The Force Awakens a roulé sur ma joue pour atteindre mes lèvres, ne laissant dans ma bouche qu’une amertume glanée sur The Last Jedi et face à toutes tes tentatives ratées de comprendre ce qui m’avait épris moi, assis enfant sur le canapé en compagnie de mon père, à consacrer une nouvelle fois notre samedi à la trilogie originale sans pouvoir jamais m’en lasser.

La menace fantôme

Mais c’est Star Wars. Putain… c’est Star Wars. Une oeuvre aussi importante de la fondation de ma psyché a forcément un effet aimant contre lequel il est difficile de lutter. Mon flux Twitter s’est animé tout à coup, les réseaux sociaux ont déjà commencé à me gâcher le visionnage d’une série que je voulais complète avant d’y jeter un œil. Alors allons donc, je vais me la faire ta série Disney, au moins pour voir jusqu’où tu tenteras de corrompre une oeuvre si chère à mon cœur.

Ah, Star Wars a un générique façon Marvel maintenant, super. D’ordinaire optimiste et bon public, me voilà déjà aigri, cynique. Pour toute l’ouverture d’esprit dont je prétends faire preuve, me voilà fermé à toute idée d’être transporté par cette série ; je me prépare à la détester. À la critiquer. La violenter presque, belliqueux, ma raison aux oubliettes face aux attaques répétées des dernières années sur mon imaginaire.

« Où sont mes cookies ? »

Le réveil de la Force

Un bip. Des habitations aux toits arrondis. Un bar sombre. Un conglomérat de gueules qu’il est impossible d’imaginer être des enfants de chœur. Une langue imaginaire qui sonne comme ma langue maternelle à mes oreilles. Une porte s’ouvre avec un bruit de piston reconnaissable entre mille, et un homme portant une armure familière mais pas trop la traverse. L’atmosphère est pesante. Les dialogues prennent leur temps. Les plans, aussi. La figure reste mystérieuse, laissant l’armure parler pour elle. C’est quoi cette histoire de fer Beskar ? Le contexte me le fait comprendre, et je n’aurai rien de plus. La prime s’encaisse, l’ambiance reste pesante, l’histoire ne veut pas se démêler si aisément et se contente de me dire : “regarde”.

Une question naît dans mon esprit. Un western se déroule devant mes yeux en prenant son temps, laissant parler le “cool” sans me prendre par la main. “Pas besoin de te dire où on est, n’est-ce pas ?” semble me dire The Mandalorian. Non et oui à la fois, ai-je envie de répondre : je n’ai pas besoin de le savoir, mon imaginaire y est né, mais j’en veux plus. Une deuxième question naît. Après avoir entendu “Hey t’as vu, t’as vu, c’est ce truc que tu connais !” tant de fois sur les dernières œuvres Star Wars, me voilà à enfin entendre un son de cloche que je n’avais pas entendu depuis Rogue One : “Ce truc que tu connais déjà, on va l’utiliser d’une nouvelle manière”. Ça y est : des dizaines de questions sont déjà entassées dans ma tête.

Tout ce sable est irritant et s’insinue partout.

Le retour du Jedi

La satisfaction restera de les avoir. Ici, on ne joue pas à retirer le casque iconique du héros parce que le contrat juteux de l’acteur requiert que l’on voit sa ganache toutes les deux minutes ; le press tour est en jeu après tout. On a même rien spoilé avec des trailers à tout va qui se consomment et se partagent tout aussi facilement ; il faut bien que les influenceurs parlent encore et encore pour faire monter la sauce.

“J’ai un truc à dire que tu m’écoutes ou pas”, voilà le message. “C’est dans l’univers Star Wars”, voilà le concept. “Et je me contrefous de ce qu’il se passe à côté”, voilà le principe. Pas de volonté de tout raccrocher et relier malhabilement, pas d’idée saugrenue de réexpliquer un univers connu de tous, pas de prise par la main du spectateur. “Tais-toi, et regarde”. Oui monsieur Mandalorian.

Et ce que l’on regarde est gratifiant. Pas parce qu’il ne cesse de nous jeter aux yeux des tonnes de références, mais parce qu’il nous fait enfin nous balader dans cet univers qui résonne comme une seconde maison et dont on comprend instinctivement les règles. Une belle balade qui plus est, avec une photographie superbe digne des films et un grain particulier qui rappelle autant la trilogie originale que ce que cette dernière faisait, elle aussi : référencer des œuvres western et samurai, un plaisir simple emprunt d’une nerditude toute américaine.

L’un d’entre eux a parlé, devinez lequel.

Un nouvel espoir

Alors je m’y plonge. Je m’y plonge parce que c’est familier, parce que balader mon regard dans ces vallées tantôt désertiques, tantôt boisées, entendre cette langue gutturale et voir les éclats de lumière des blasters auront toujours cet effet hypnotique pour moi. Je m’y plonge parce que c’est neuf, parce que je ne connais pas les détails de cette culture guerrière et de sa religion, que le héros que The Mandalorian a choisi pour moi a assez de mystère pour que je sois à chaque épisode curieux de ce qu’il adviendra de lui, et que la série a su jouer de ma nostalgie pour me montrer des choses nouvelles sans en insulter la mémoire.

Je reste méfiant. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de The Mandalorian, et la série n’est pas sans ses propres défauts. L’ombre de Disney est ineffaçable de cette nouvelle création. Tout pourrait si vite prendre un tournant qui me déplairait. Mais je ne peux pas ignorer qu’elle refait naître en moi l’espoir de voir le Star Wars que j’aime, aussi plein d’action que de spiritualité, laissant le mystère être le mystère sans autre forme de procès.

Une chose est sûre en ce qui me concerne alors que le quatrième épisode est fraîchement sorti : s’il faut créer du neuf dans l’univers Star Wars… “this is the way”.

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